Taïwan : vif regain de tension entre la Chine et les États-Unis

Visite de Nancy Pelosi : derrière l'incident diplomatique, le statut controversé de Taïwan

Frédéric Senneville
Publié le 3 août 2022 à 17h55, mis à jour le 3 août 2022 à 18h01
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Source : JT 20h Semaine

La visite officielle de la cheffe des députés américains à Taïwan a mis Pékin en rage.
En retour, l'armée chinoise a annoncé des exercices militaires très proches de l'île.
La visite de Nancy Pelosi, comme les incursions chinoises, se réfèrent à une même pierre d'achoppement : le statut de Taïwan.

Pékin avait prévenu, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, alors que le projet de visite de Nancy Pelosi à Taïwan n'était même pas encore confirmé officiellement : "Il n'arrivera rien de bon à ceux qui jouent avec le feu". La présidente de la Chambre des représentants américains a choisi de passer outre, en dépit des réticences de la Maison Blanche, et les autorités chinoises annoncent en retour des exercices militaires à grande échelle autour de Taïwan. 

La cause de cette fureur et la réplique choisie puisent en fait dans le même cœur de discorde : le statut de Taïwan. En se rendant sur l'île, Nancy Pelosi la légitime, tandis qu'en déployant son armée autour de ses côtes, Pékin entend démontrer qu'elle n'a ni territoire maritime, ni espace aérien propre.

Pour comprendre ce qui se joue à Taïwan aujourd'hui, il faut remonter à 1949. Lors de la proclamation de la République populaire de Chine, le 1er octobre cette année-là, les opposants nationalistes à Mao, mis en déroute et regroupés autour de Tchang Kaï-Chek, se replient sur Taïwan. Taipei devient de facto la capitale de la "République de Chine", à laquelle ils sont restés fidèles en dépit de la victoire des troupes communistes. Ce sont donc "deux Chine" qui se font face, de part et d'autre de plus de 130 km de mer, une situation qui théoriquement perdure jusqu'à présent. 

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Car entretemps, les rapports de force ont largement évolué. Si Pékin n'a jamais cessé de revendiquer Taïwan comme étant sa 23ᵉ province, ses tentatives de réappropriation militaires ont jusqu'ici échoué. En 1958, le président américain Dwight Eisenhower avait dû intervenir pour freiner la tentative d'annexion par les forces de Mao, en envoyant des troupes pour escorter et ravitailler son allié taïwanais.

Le statu quo dure 37 ans, pendant lesquels les deux régimes vont considérablement évoluer. En 1971, retournement géopolitique majeur : le siège de la Chine à l'ONU est attribué à Pékin, au détriment de Taïwan. En 1995, nouvelle provocation chinoise, avec des tirs de missiles dans les eaux entourant Taïwan, qui justement se prépare à ses premières élections démocratiques. Les États-Unis dépêchent deux groupes de porte-avions, forçant les troupes chinoises à faire marche arrière.

Ambiguïté stratégique de Washington

Les États-Unis ne reconnaissent pourtant pas officiellement Taïwan comme un État indépendant, mais continuent de le soutenir militairement et économiquement. Une "ambiguïté stratégique" cultivée et même théorisée par Washington. Joe Biden avait récemment donné l'impression de lever "l'ambiguïté", en confirmant être prêt à soutenir militairement Taïwan en cas de tentative d'invasion chinoise. 

Par rapport à la situation qui a prévalu pendant des décennies, les rapports de force ne sont cependant plus les mêmes. La Chine a largement refait son retard économique, technologique et militaire, au point d'être désormais considérée comme l'adversaire naturel des États-Unis pour le leadership mondial. 

Taïwan a-t-elle un "espace aérien" ?

Pékin a d'ailleurs multiplié les déclarations et les comportements belliqueux à l'égard de Taïwan, notamment depuis la réélection en 2020 à sa tête de Tsai Ing Wen, une dirigeante favorable à l'Indépendance - que Taipei s'est jusqu'ici gardée de proclamer. La nature des provocations, des incursions d'avions ou de navires militaires au plus près de l'île, vaut en elle-même déclaration. Taïwan n'étant reconnue comme un État indépendant que par 14 des 192 membres de l'ONU, elle ne peut donc pas prétendre en droit à un espace aérien en propre, ni à un territoire maritime. Auto-administrée et démocratique, Taïwan entretient pourtant des liens diplomatiques et commerciaux avec de nombreux pays, qui en font une entité indépendante de facto.

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La limite abstraite de l'espace aérien et maritime, située par une convention des Nations-Unies à 12 miles nautiques (22,2 km) autour des côtes ou des frontières d'un pays, est toutefois considérée par Taïwan comme sa "zone de défense aérienne". C'est précisément celle que vient de frôler Pékin en envoyant 27 avions militaires à ses abords, pour en contester la légitimité, quelques heures seulement après le départ de Nancy Pelosi.


Frédéric Senneville

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