VIDÉO - Crise migratoire : on vous explique ce qu'il se passe à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie

Publié le 9 novembre 2021 à 16h58, mis à jour le 17 novembre 2021 à 16h42

Source : Sujet TF1 Info

DÉCRYPTAGE - La situation se tend entre la Pologne et la Biélorussie au sujet des migrants massés à la frontière. Une crise qui menace la "stabilité et la sécurité" de toute l'Union européenne, a prévenu Varsovie.

Une partie du destin de l'Union Européenne se joue-t-il à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie ? La tension dans la région ne cesse, en effet, d'augmenter depuis le mois d'août, face à la pression d'une nouvelle vague migratoire. Le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, est soupçonné par son homologue polonais d'orchestrer, délibérément, l'arrivée de milliers de migrants. Une manière aussi pour le président biélorusse de répondre aux sanctions européennes à l'encontre de son pays, consécutives à la répression brutale de l'opposition après sa réélection controversée et à l'atterrissage forcé à Minsk d'un vol Athènes-Vilnius - avec à la clé l'arrestation de Roman Protassevitch. LCI fait le point sur la situation. 

Que se passe-t-il à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne ?

Des milliers de personnes en provenance d'Afghanistan, de Syrie et d'Irak sont arrivées en Biélorussie à partir du mois de mai 2021. Un accord voté en 2020 garantissait, jusqu'il y a peu, que la Biélorussie garde les migrants sur son sol, sans les renvoyer vers les pays de l'Union Européenne. Un engagement qu'a malheureusement fait annuler Loukachenko en septembre dernier, souligne Carole Grimaud Potter, professeure de géopolitique de la Russie à l'Université de Montpellier. "Jusqu’à présent, nous stoppions les migrants et les drogues, à vous maintenant de les arrêter", a notamment déclare le président biélorusse. 

Depuis cette date, le régime de l'autocrate n'interfère plus dans le mouvement des migrants vers les frontières lituaniennes, lettoniennes et polonaises. Conséquence directe, des milliers de personnes cherchant à se frayer un chemin vers l'Union européenne se massent à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, notamment dans les alentours du village de Kuznica (en Podlachie). Cette zone été bloquée aux journalistes mais des images diffusées par les autorités des deux pays montrent des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants dans des tentes ou à même le sol, allumant des feux pour se réchauffer sous des températures approchant zéro degré.

Quelles réactions des Européens ?

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a prévenu ce mardi que ce flux important de populations menaçait la "stabilité et la sécurité" de toute l'Union européenne. "Sceller la frontière polonaise relève de notre intérêt national. Mais aujourd'hui, c'est la stabilité et la sécurité de l'UE tout entière qui est en jeu", a affirmé le dirigeant, fustigeant une "attaque hybride du régime Loukachenko". Dans la foulée, le régime biélorusse a mis en garde la Pologne contre toute "provocation" à la frontière entre les deux pays. "Le ministère polonais de la Défense ne cherche pas une résolution constructive de la question et porte délibérément la situation conflictuelle actuelle à un niveau politique", a encore critiqué Minsk. 

Quelques heures plus tard, la France a, à son tour, dénoncé les manœuvres du régime Biélorussie. "Ce régime alimente un trafic de migrants visant à déstabiliser l'Union européenne", pointe la porte-parole de la diplomatie française, Anne-Claire Legendre. "Nous réitérons notre solidarité à l'égard de la Pologne, comme de la Lituanie et de la Lettonie plus tôt, face à cette instrumentalisation inacceptable des flux migratoires par le régime biélorusse", martèle-t-elle, n'écartant pas un "renforcement des mesures" contre toutes  "les personnes et les entités impliquées dans ce trafic d'êtres humains"

Pourquoi une telle surenchère, et pourquoi maintenant ?

"Tout s'accélère parce que la Pologne a durci sa réaction, envoyant des troupes aux frontières. Varsovie veut empêcher les migrants de franchir la frontière illégalement", explique Carole Grimaud Potter. Une démonstration de force qui a suscité la colère du ministère de la Défense biélorusse qui y voit une "violation des accords bilatéraux". De l'autre côté, Varsovie accuse Minsk d'avoir "déployé des forces pour pousser les migrants vers la frontière polonaise", ajoute l'experte en sciences politiques. 

Tout cela s'inscrit dans un contexte de plus en plus difficile avec la tombée soudaine des températures, laquelle exacerbe le sentiment d'urgence des migrants. Concrètement, les migrants se retrouvent coincés entre deux fronts, mettant inévitablement sous pression les différents États impliqués. 

Vers de nouvelles sanctions européennes ?

En laissant passer les migrants vers ses frontières, voire à les y inciter, la Biélorussie "actionne un levier dangereux, puissant", note Carole Grimaud Potter. "Cette pratique peut causer de nombreux dégâts dans l’UE, d'autant plus en période préélectorale", souligne-t-elle. Pour autant, l'Union Européenne n'a qu'un nombre limité d'options, de nombreuses sanctions étant déjà en application vis-à-vis de la Biélorussie. Selon la chercheuse, les 27 pourraient tout de même déployer de nouvelles mesures pour "sanctionner les compagnies aériennes qui continuent, régulièrement, à faire venir des migrants sur le sol biélorusse".


Maxence GEVIN

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