On compte déjà quatre morts dans les manifestations contre la nouvelle présidente, Dina Boluarte.
Intronisée après la destitution du président Castillo, celle-ci a promis des élections en 2024.
En moins d'une semaine, le pays s'est embrasé. On vous résume le film des évènements.

La crise couvait depuis l'élection de Pedro Castillo, en juillet 2021. Cet instituteur de profession, âgé de 53 ans, une figure syndicale rurale sans attache dans la capitale Lima, avait été élu à la surprise générale, et de très peu, face à la candidate de droite Keiko Fujimori. Il s'était affilié quelques mois avant au parti Pérou Libre, d'obédience marxiste-léniniste, auquel appartient aussi sa vice-présidente, Dina Boluarte.

C'est elle pourtant qui vient d'être intronisée comme nouvelle présidente du pays, après la destitution de Castillo, et elle aussi que conspuent les milliers de manifestants, qui protestent dans tout le pays contre l'éviction du président depuis plusieurs jours. Des manifestations qui paralysent de grands axes du Pérou, et jusqu'à l'aéroport de sa seconde plus grande ville, Arequipa, et au cours desquelles au moins quatre personnes ont été tuées. Que s'est-il passé pour provoquer de tels coups de théâtre et un tel embrasement du pays en moins d'une semaine ?

Élu de justesse, et à la surprise générale

L'arrivée au pouvoir de ce marxiste issu du milieu rural avait sidéré toute la capitale, et effrayé les milieux politiques comme économiques. Pedro Castillo était l'élu surprise des régions déshéritées, et on mit six semaines à recompter les voix, 44.000 seulement le séparant de la candidate de la droite, sur 19 millions d'électeurs. Le nouveau président commençait son mandat avec des projets de réforme constitutionnelle, de redistribution agraire, et de nationalisation des ressources gazières. Incapable de stabiliser un gouvernement (quatre cabinets se sont succédé en à peine plus d'un an), l'ancien instituteur avait déjà été menacé deux fois par une procédure de destitution.

C'est à quelques heures de l'examen par le Parlement d'une troisième, le matin du 7 décembre dernier, que Pedro Castillo choisit de dissoudre le Congrès, annonçant en même temps la création d'un gouvernement d'urgence, et d'une assemblée constituante. Or, récemment restreints par le Congrès, les pouvoirs présidentiels ne lui permettent pas de le dissoudre, sauf dans des cas de blocage politique très spécifiques. C'est donc une forme "d'auto-coup d'État" que dénoncent ses adversaires. Dans l'heure qui suit, l'essentiel de son gouvernement démissionne. En tout début d'après-midi, le Congrès ignore le décret présidentiel, et vote massivement la destitution de Castillo, pour "incapacité morale", faisant automatiquement de sa vice-présidente, Dina Boluarte, la nouvelle présidente du Pérou.

Destitué et arrêté

Si Pedro Castillo avait été élu sous la bannière de Pérou Libre, le même parti que sa vice-présidente, qu'il n'avait rejoint que quelques mois plus tôt, il l'avait aussi quitté dès juin dernier, à la suite de dissensions. Dans la foulée de sa destitution, Castillo est arrêté par son propre garde du corps, et la justice ordonne contre lui sept jours de détention provisoire, alors qu'un total de huit enquêtes le visent (pour rébellion, conspiration, corruption et trafic d'influence, notamment). L'ancien président effectue une demande d'asile politique au Mexique, restée sans effet pour l'heure. Le lendemain, 8 décembre, les États-Unis saluent "la stabilité démocratique" péruvienne, et s'engagent à travailler avec la nouvelle présidente.

"Castillo, tu n'es pas seul, le peuple te soutient !"

Le même jour, des manifestations éclatent dans la capitale et dans plusieurs autres localités du Pérou, notamment dans les régions andines où ce président issu des classes laborieuses était très populaire. Dina Boluarte appelle au calme dès le 9 décembre, mais les actions se multiplient dans tout le pays. Le 10 décembre, elle nomme son nouveau gouvernement, le 11 des violences font deux morts dans le sud du pays. À Lima, entre 1000 et 2000 personnes manifestent devant le Parlement aux cris de "Castillo, tu n'es pas seul, le peuple te soutient !". Le 12 décembre, Dina Boluarte annonce des élections pour 2024, sans réussir à ramener la calme, alors que les violences font deux morts supplémentaires. L'un d'entre eux a été tué à Arequipa, la deuxième ville du Pérou, lorsque la police est intervenue pour chasser de l'aéroport des centaines de manifestants qui avaient installé des barricades en feu sur la piste.

Des syndicats agraires et organisations sociales paysannes et indigènes ont appelé à une grève illimitée à partir de ce mardi, réclamant la "libération immédiate" du président déchu. L'ampleur de la contestation semble aussi être alimentée par un rejet massif du Parlement (qu'on trouve chez 86% de la population, selon un sondage du mois dernier), qui rend fragile la légitimité de la nouvelle présidente péruvienne.


La rédaction de TF1info

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