Crise politique au Sénégal : le report de l'élection présidentielle provoque un tollé dans le pays

par A. LG avec AFP
Publié le 4 février 2024 à 12h40, mis à jour le 5 février 2024 à 8h48
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Source : TF1 Info

Le chef de l'État sénégalais Macky Sall a annoncé samedi avoir abrogé son décret fixant au 25 février la date de la prochaine présidentielle.
Cette décision-choc est une première dans l'histoire du Sénégal depuis l'indépendance.
L'opposition appelle à manifester ce dimanche à Dakar et prévoit de lancer la campagne électorale comme prévu.

C'est la première fois depuis 1963 qu'une élection présidentielle au suffrage universel direct est reportée au Sénégal. Le chef de l'État sénégalais Macky Sall a annoncé samedi avoir abrogé son décret fixant au 25 février la date de la présidentielle, après la mise en place d'une commission parlementaire enquêtant sur deux juges du Conseil constitutionnel, dont l'intégrité dans le processus électoral est contestée. 

"J'ai signé le décret du 3 février 2024 abrogeant le décret" du 26 novembre 2023, fixant la présidentielle au 25 février 2024, a-t-il expliqué dans son discours à la Nation, à quelques heures de l'ouverture de la campagne électorale pour le scrutin présidentiel pour lequel devaient concourir vingt candidats, sans deux ténors de l'opposition. "J'engagerai un dialogue national ouvert, afin de réunir les conditions d'une élection libre, transparente et inclusive", a-t-il ajouté, sans donner de date. 

Contexte de grave crise politique

Le président Sall avait promis fin décembre de remettre début avril le pouvoir au président élu à l'issue du scrutin et l'a réitéré plusieurs fois. Élu en 2012 pour sept ans et réélu en 2019 pour cinq ans, il avait annoncé en juillet 2023 ne pas être candidat à un nouveau mandat.

Il a alors désigné comme dauphin, en septembre, le Premier ministre Amadou Bâ, un responsable du parti présidentiel. Le Conseil constitutionnel a exclu du scrutin des dizaines de prétendants. Parmi eux, deux ténors de l'opposition : le candidat antisystème Ousmane Sonko, en prison depuis juillet 2023 notamment pour appel à l'insurrection, disqualifié par le Conseil à la suite d'une condamnation pour diffamation dans un dossier distinct ; et Karim Wade, ministre et fils de l'ex-président Abdoulaye Wade (2000-2012).

L'opposition se mobilise

Rejetant la décision-choc du président Macky Sall, l'opposition au Sénégal appelle à manifester ce dimanche à Dakar et prévoit de lancer la campagne électorale comme prévu. L'opposant sénégalais Khalifa Sall, un des principaux candidats à la présidentielle, a notamment appelé samedi tout le pays à "se lever" contre le report du scrutin. 

"Nous rejetons systématiquement le décret (reportant la présidentielle). Nous donnons rendez-vous ce dimanche à tous les Sénégalais pour une marche" à Dakar, a de son côté déclaré Cheikh Tidiane Youm, un porte-parole du camp de l'opposition sur la radio privée RFM. "Nous nous sommes réunis et entendus pour nous rassembler à partir de 15h pour démarrer notre campagne (électorale) de façon collective", a déclaré, sur la même radio, Habib Sy, un des 20 candidats qui devaient concourir au scrutin reporté. "Toutes les forces vives de la nation doivent s'organiser, agir et obtenir la restauration du calendrier républicain", a écrit l'intellectuel Felwine Sarr dans une tribune.

Inquiétude à l'étranger

L'annonce faite samedi dans un contexte de grave crise politique a aussi provoqué l'inquiétude à l'étranger. Elle plonge à nouveau dans l'inconnu ce pays réputé comme un îlot de stabilité en Afrique, mais qui a connu depuis 2021 différents épisodes de troubles meurtriers. La France a appelé dimanche le Sénégal à lever les "incertitudes" créées par ce report afin que les élections puissent se tenir "dans le meilleur délai possible" et "dans le respect des règles de la démocratie sénégalaise".

Les États-Unis sont "profondément préoccupés" par l'annonce du président Sall, a fait savoir samedi le département d'État sur le réseau social X. "Nous exhortons tous les participants au processus électoral sénégalais à s'engager pacifiquement dans l'effort important visant à fixer rapidement une nouvelle date et les conditions d'une élection libre et équitable", a-t-il écrit. La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest a également exprimé son "inquiétude" et demandé dans un communiqué aux autorités d'œuvrer à fixer rapidement une nouvelle date.

Selon le code électoral, un décret fixant la date d'une nouvelle présidentielle doit être publié au plus tard 80 jours avant le scrutin, ce qui mènerait à fin avril dans le meilleur des cas. Une situation quasiment impossible. Le président Sall risque ainsi d'être encore à son poste au-delà de l'échéance de son mandat, le 2 avril.


A. LG avec AFP

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