Annexions, mobilisation... Poutine choisit l'escalade

Crise ukrainienne : et maintenant, quels scénarios ?

Aurélie Loek
Publié le 22 février 2022 à 19h11
JT Perso

Source : JT 13h Semaine

Contre toute attente, Vladimir Poutine a reconnu lundi l'indépendance des républiques séparatistes de Donetsk et de Lougansk.
Cette décision unilatérale rompt avec le format des accords de Minsk, laissant craindre une potentielle escalade militaire.
Différents scénarios peuvent désormais se dessiner.

La guerre va-t-elle être déclarée ? Alors que le bruit des bottes se faisait de plus en plus entendre à l'est de l'Ukraine, la reconnaissance du président Vladimir Poutine des républiques séparatistes prorusses de Donestk et de Lougansk pourrait laisser craindre une nouvelle escalade, cette fois-ci militaire. Suivant la réaction des Occidentaux, différents scénarios pourraient se dessiner.

La poursuite de la voie diplomatique

Si le président russe Vladimir Poutine a reconnu lundi l'indépendance des régions séparatistes ukrainiennes prorusses, ce qui a été vivement dénoncée par Kiev et ses alliés américains et européens, le Kremlin s'est malgré tout dit "ouvert" mardi à la diplomatie avec l'Occident. "La Russie reste ouverte à tous les niveaux aux contacts diplomatiques, la partie russe y a intérêt", a même reconnu son porte-parole, Dmitri Peskov.

Un retour à de tels échanges est également appelé du côté occidental. En France, plusieurs candidats à la présidentielle l'ont ainsi appelé de leurs vœux. De même pour le chancelier allemand Olaf Scholz, qui a souhaité mardi que des efforts diplomatiques entre Occidentaux et Russes soient faits "pour éviter une catastrophe". Cette position est rejointe par l'Otan ou encore les États-Unis, qui ont cependant souligné qu'elle était impossible en l'état.

La décision russe contredit "l'engagement de la Russie envers la diplomatie", a ainsi dénoncé le secrétaire d'État américain Antony Blinken. "Vladimir Poutine a claqué la porte de la solution diplomatique et il sera difficile pour les Occidentaux de la rouvrir tout de suite, sauf à perdre toute crédibilité", envisage de son côté le géopolitologue Pascal Boniface, qui assure que pour un retour à un tel scénario, le président russe devra le signifier via un geste fort. "Si Vladimir Poutine veut rouvrir la voie diplomatique, il doit le signifier, mais autrement que de dire qu'avec la main droite, il est prêt à la diplomatie et qu'avec la main gauche, il la ferme", souligne le directeur et fondateur de l'Institut de relations internationales et stratégiques.

Une guerre frontale entre l'Ukraine et la Russie

Pour certains observateurs, la reconnaissance de la part de la Russie de l'indépendance des territoires séparatistes ukrainiens marque les prémices d'une potentielle invasion de l'Ukraine. Pour Johanna Möhring, chargée de recherche au Center for Advanced Security, Strategic and Integration Studies (CASSIS) de l'Université de Bonn, cette "nouvelle enfreinte au droit international dans la série de violations de l’intégrité territoriale de l’Ukraine depuis 2014 semble pointer la voie d’une escalade militaire"

Et en effet, lors de son discours, Vladimir Poutine s'est réservé le droit d'envoyer des troupes afin de "maintenir la paix" dans les territoires séparatistes. Une demande renouvelée par le président russe auprès du Sénat ce mardi, tout en précisant que l'éventuelle entrée de son armée en territoire ukrainien en soutien aux séparatistes dépendra de la situation "sur le terrain".

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Pour autant, ces manœuvres ont été qualifiées de "début d'invasion" de la part des États-Unis. De même pour la chercheuse Johanna Mörhing, qui s'attend à des "des combats lourds et des pertes militaires et civiles massives" afin que les deux territoires passent sous contrôle russe. D'autant que reste posée la question de la frontière des républiques reconnues par la Russie. Celle-ci reconnaît la souveraineté des séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine sur l'ensemble des régions de Lougansk et Donetsk, et pas seulement sur les zones sous leur contrôle, a indiqué ce mardi Vladimir Poutine, tout en précisant que les frontières exactes devraient être tracées lors de pourparlers entre les deux républiques séparatistes et l'Ukraine.

Cette dernière, de son côté, a déjà demandé davantage d'armes pour pouvoir riposter. Pour autant, cet affrontement peut-il conduire à l'entraînement dans la guerre de forces militaires occidentales ? "Tout laisse croire que la Russie prévoit une attaque massive en Ukraine", a déclaré mardi Jens Stoltenberg après une réunion extraordinaire de la commission Otan-Ukraine au siège de l'Alliance à Bruxelles. Par conséquent, le secrétaire général annoncé que l'alliance transatlantique mettait sa force de réaction rapide en alerte afin de défendre les alliés.

Mais pour Pascal Boniface, la reconnaissance des républiques séparatistes ne pourrait pas forcément mener à une invasion plus large de l'Ukraine de la part de la Russie. "On peut même penser que la reconnaissance de ces républiques est une façon de n'avoir pas à faire la guerre, dans la mesure où Vladimir Poutine peut dire qu'il a obtenu un succès auprès de son opinion publique, sans faire la guerre. Ce dont son opinion publique peut être reconnaissante", explique-t-il. "Il peut peut-être y avoir des combats dans le Donbass, mais je ne vois pas Vladimir Poutine aller jusqu'à Kiev".

Des représailles essentiellement économiques

Comme lors de l'annexion de la Crimée en 2014, lorsque Moscou avait mis la communauté internationale devant le fait accompli et de facto pris le contrôle de la région, ce sont pour l'instant essentiellement des sanctions économiques qui ont été annoncées à l'encontre de la Russie. Le chancelier allemand Olaf Scholz a ainsi annoncé la "suspension" du processus d'autorisation du gazoduc Nord Stream II dont la mise en service apparaît désormais très hypothétique. 

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a décidé de sanctions visant trois oligarques proches du Kremlin et cinq banques russes. La Maison Blanche, qui a interdit toute transaction par des personnes américaines avec les régions séparatistes, s'apprête aussi à prendre des sanctions économiques, tout comme l'Union européenne, qui a assuré qu'elles "feront très mal".

"Il n'y a pas d'autres solutions", assure Pascal Boniface, affirmant que les Occidentaux ne vont pas "faire la guerre pour reconquérir les provinces sécessionnistes de l'Est. Il n'y a donc que les mesures économiques qui peuvent être prises". "Les Occidentaux sont un peu coincés", reconnait le géopolitologue, "en même temps, ils ne peuvent pas faire comme si de rien n'était. Donc ils prennent des sanctions économiques, même si elles n'auront pas d'impact sur la volonté de Vladimir Poutine et sur la décision qu'il a prise".

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Si les premières annonces de sanctions restent pour l'instant modestes, les Occidents semblent attendre de voir comment la situation va évoluer pour prendre d'éventuelles mesures de plus grande ampleur. Dans tous les cas, Vladimir Poutine parait encore être celui qui dicte le tempo de cette crise.


Aurélie Loek

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