Finlande, Suède : vers un élargissement de l'Otan

Danemark, Finlande, Suède... 100 jours de guerre en Ukraine ont profondément transformé la Défense européenne

Frédéric Senneville
Publié le 3 juin 2022 à 11h44
JT Perso

Source : JT 20h WE

Le Danemark vient de voter "oui" pour se rapprocher de la politique de Défense européenne.
L'événement s'ajoute aux candidatures de la Finlande et de la Suède à l'Otan, et à la forte hausse des dépenses militaires allemandes.
Trois mois de guerre en Ukraine semblent avoir entraîné un profond bouleversement de la politique de Défense européenne.

En moins de trois mois, le paysage de la Défense européenne a été profondément bouleversé. Après l'Allemagne, qui avait augmenté fortement le budget alloué à sa Défense, la Finlande et la Suède ont choisi de demander leur adhésion à l'Otan, et le Danemark vient d'abandonner son statut à part dans l'Union européenne, en votant massivement pour un alignement sur sa politique de Défense. 

Si l'issue de la guerre est incertaine, après plus de trois mois de conflit, l'invasion russe de l'Ukraine a déjà eu des conséquences majeures sur le paysage européen de la Défense, particulièrement sur le pourtour de la mer Baltique. Retour sur les principaux bouleversements engendrés par l'offensive décidée par Moscou.

Allemagne : doctrine militaire révolutionnée

En Allemagne, le gouvernement et l'opposition conservatrice ont trouvé un accord qui va permettre de faire une entorse aux règles budgétaires de la constitution nationale, afin de débloquer 100 milliards d'euros pour moderniser l'armée face à la menace russe. "L'Allemagne disposera bientôt en Europe de la plus grande armée conventionnelle dans le cadre de l'Otan", s'est réjoui le chancelier Olaf Scholz, qui avait promis ce nouveau budget pharaonique dès le mois de février. Avec le déblocage de ce fonds exceptionnel, Berlin va pouvoir atteindre l'objectif fixé par l'Otan de consacrer 2% du PIB national par an à la défense. 

C'est un changement de doctrine radical pour le pays, profondément pacifiste depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et qui avait limité ses engagements militaires depuis la fin de la Guerre froide. De 500.000 membres lors de la réunification du pays, en 1990, l'armée allemande est passée à tout juste 200.000 aujourd'hui. L'Allemagne vient également de livrer des armes à un pays en guerre, l'Ukraine, ce qu'elle s'était toujours refusée à faire. 

Suède et Finlande : fin de la neutralité

Le début de l'offensive russe en Ukraine a réveillé les préoccupations autour du fameux article 5 de l'Alliance atlantique. À ce stade du conflit, ce mécanisme d'assistance militaire à tout pays membre, avait défini la ligne occidentale à l'égard de l'Ukraine, qui justement n'est pas membre de l'Otan. La vulnérabilité ukrainienne a rappelé la leur à tous les pays limitrophes d'une Russie devenue menaçante. Les avertissements répétés par Moscou à la Suède et à la Finlande de représailles politiques ou militaires si ces deux pays venaient à rejoindre l'Otan, les a, au contraire, précipités dans les bras de l'Alliance

Le 18 mai dernier, la Suède et la Finlande ont donc formellement soumis leur demande d'adhésion à l'Otan, mettant fin à des décennies de non-alignement militaire, dans l'espoir de s'abriter sous le parapluie de l'Alliance. Le chancelier allemand a aussitôt fait part de son "soutien total" à ces deux pays voisins de l'Allemagne, également limitrophes de la Russie du côté de la mer Baltique. Voisin de l'une et des autres, le Danemark allait lui aussi faire évoluer rapidement sa doctrine militaire.

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Ce mercredi, les Danois ont en effet voté "oui" à près de 67%, lors d'un référendum qui posait la question de l'alignement sur la politique militaire européenne. Un revirement majeur pour ce pays jaloux de son indépendance dans le domaine de la Défense. Le discours d'Olaf Scholz, le 27 février dernier, qui annonçait une enveloppe de 100 milliards d'euros pour l'armée allemande, aurait notamment influencé les dirigeants et l'opinion du voisin danois, inquiet de rester dans la passivité. Déjà membre de l'Otan, le Danemark opte donc aussi pour un renforcement militaire de l'Europe, un choix impensable il y a seulement trois mois.


Frédéric Senneville

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