Débat sur les armes à feu : la jeunesse américaine marche sur Washington

Thomas Guien
Publié le 24 mars 2018 à 8h00
Débat sur les armes à feu : la jeunesse américaine marche sur Washington

Source : SAUL LOEB / AFP

ETATS UNIS - Environ un demi-million de manifestants vont déferler samedi sur Washington pour le plus grand rassemblement contre les armes à feu de l'histoire du pays. Un rassemblement composé majoritairement d'adolescents, qui incarnent cette riposte depuis la fusillade de février en Floride.

"Marchons pour nos vies." C'est derrière ce slogan qu'un demi-million de jeunes Américains s'apprête à battre le pavé, samedi, à Washington et plusieurs villes. Dans leur ligne de mire : les armes à feu, qu'ils considèrent comme un fléau au sein de la société américaine. En particulier depuis le massacre du 14 février au lycée Parkland, point de départ d'un mouvement qui ne cesse de s'amplifier.

C'est dans cet établissement de Floride que 17 personnes sont mortes, majoritairement des adolescents. Pour honorer leur mémoire, ceux qui s'estiment être des "survivants" ont orchestré la riposte. A la manœuvre, Emma Gonzalez : lors d'un rassemblement contre les armes quelques jours après le drame, cette jeune femme de 18 ans aux cheveux rasés a marqué les esprits en scandant "Honte à vous", qu'il s'agisse de Donald Trump ou la NRA. Dans la foulée, elle annonce la tenue de ce rassemblement à Washington, qu'elle organise avec ses amis du lycée. Parmi eux, il y a David Hogg, qui était caché dans un placard durant la tuerie. Là, muni de son smartphone, cet aspirant journaliste a défié sa peur pour recueillir des témoignages d'élèves. Sa vidéo a fait le tour d'internet, tout comme le slogan #NeverAGain, publié par Cameron Kasky, 17 ans, lui aussi rescapé.

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"La façon dont ils s'organisent est frappante"

Vidéo, slogan, témoignage… Pour s'exprimer, les "survivants" de la fusillade de Parkland ont tous utilisé les réseaux sociaux. Sans ces derniers, le mouvement n'aurait pas pris une telle ampleur, nous explique Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l'université de Paris II Assas. "La façon dont ils s'organisent est frappante. Certes, des voix vont s'élever pour dire qu'ils sont manipulés par les démocrates ou les républicains... Mais en réalité, ils organisent eux-mêmes leur mouvement sur Internet. C'est le signe à mon sens d'une maturité de la part de ces jeunes motivés, ayant un but précis."

Un but précis partagé par des centaines d'autres adolescents, biberonnés aux "mass shooting".  Ils sont souvent appelés la "génération Columbine", du nom d'une école secondaire du Colorado où deux élèves ont tué 12 de leurs camarades de classe et un professeur en 1999. Selon une analyse du Washington Post cette semaine, plus de 187.000 élèves américains de primaire et de secondaire ont été témoins d'une fusillade à l'heure des cours depuis 1999.

830 marches organisées dans le pays

Dans ce contexte, la fusillade de Parkland a servi de déclic : des mouvements de soutien ont surgi à travers le pays, des élèves quittant les cours pour aller manifester, en se coordonnant notamment avec le compte Twitter @studentswalkout. "Tout le monde veut agir et faire changer les choses dans ce pays", a expliqué la créatrice de ce compte, une élève de 19 ans. "Ceux qui ne veulent rien faire, c'est parce qu'ils n'ont pas vu les vidéos" d'élèves pendant la tuerie, leur silence terrifié brisé par les hurlements de leurs camarades abattus et les rafales de balles." "Il s'agit d'une cause commune, que ces jeunes soient du nord ou du sud, qu'ils soient blancs, noirs ou hispaniques. Ils se retrouvent dans leur rejet des armes", abonde Jean-Eric Branaa.

Aussi populaire soit-il, ce mouvement étudiant n'est cependant pas une première, selon le chercheur. "Il y a des précédents, par exemple durant les années 1960 durant lesquelles les jeunes ont montré qu'ils savaient se bouger. Une contestation seulement contre les armes ? Il y en a eu une en mai 2000, avec la "marche des mères", qui demandait un renforcement de législation, et qui avait suscité beaucoup d'émotions. Plus récemment, en février 2017, les gens étaient descendus dans la rue après le "muslim ban" de Donald Trump".

Le mouvement #NeverAgain aura-t-il un impact comparable aux Etats-Unis à la vague #MeToo ? Difficile à savoir, tant l'histoire du pays est parsemée d'échecs en la matière. Après la tuerie de Sandy Hook, cette école du Connecticut où 20 bambins avaient été fauchés en 2012, l'ancien président Barack Obama avait connu un échec cuisant. Pour Jean-Eric Branaa, aussi louable soit-elle, cette "Marche pour nos vies" a peu de chances d'aboutir : "Ces adolescents ne vont pas réussir. La preuve, c'est qu'il n'y a aucune loi fondamentale n'a été déposée au Congrès depuis la fusillade en février. Rien n'a changé, au contraire : le droit de porter une arme a été étendu ces derniers jours aux professeurs, donc dans des écoles qui étaient jusqu'à présent de sanctuaires !" Seule une forte mobilisation ce weekend-end permettrait, peut-être, d'inverser la tendance. Les élèves de Parkland, eux, sont optimistes. Selon leur site internet, plus de 830 "marches jumelles" se tiendront sur tout le territoire américain, où les armes font plus de 30.000 morts par an. 


Thomas Guien

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