"Ils vivaient dans des sociétés urbaines complexes" : une immense cité antique découverte dans la forêt en Équateur

par A. LG
Publié le 12 janvier 2024 à 13h22

Source : JT 20h WE

Une étude internationale publiée ce jeudi met en évidence un étonnant réseau de cités caché depuis des milliers d’années en Amazonie.
Cet ensemble de villes perdues se situe le long de la rivière Upano, en Équateur.
Il avait été remarqué pour la première fois il y a plus de vingt ans par un archéologue, l'un des auteurs de l'étude.

C'est une découverte qui, selon ses auteurs, remet en question ce que nous pensions savoir de l'histoire des peuples vivant en Amazonie. Des archéologues ont mis en évidence l'existence d'un vaste réseau de cités antiques caché depuis des milliers d’années dans la végétation luxuriante amazonienne. Remontant à 500 avant notre ère, cet ensemble de cités-jardins reliées par des routes et des canaux mis au jour, se situe le long de la rivière Upano, à l’ombre d’un volcan, en Équateur, révèle une étude internationale, publiée ce jeudi, dans la revue Science. On y apprend notamment qu'au moins 10.000 agriculteurs y vivaient, voire 100.000, il y a environ 2500 ans, et ce, durant près de 1000 ans.

"C'est plus ancien que tout autre site que nous connaissons en Amazonie. Nous avons une vision eurocentrique de la civilisation, mais cette découverte montre que nous devons changer notre idée de ce qu'est la culture et la civilisation", estime l'archéologue Stephen Rostain, directeur d'enquête au Centre National de Recherche Scientifique en France, qui a dirigé la recherche.

"Des sociétés urbaines complexes"

C'est ce dernier qui, il y a plus de vingt ans, avait remarqué pour la première fois une série de monticules de terre et de routes enfouies en Équateur, à l'origine de la découverte inattendue, révélée jeudi. Le chercheur explique qu'on avait tenté de le dissuader au début de sa carrière d'entamer ces recherches qu'il a finalement menées durant 25 ans, la communauté scientifique étant à l'époque convaincue qu'aucune civilisation ancestrale n'avait vécue dans cette région. "Mais je suis très têtu, alors je l'ai quand même fait. Maintenant, je dois admettre que je suis assez heureux d'avoir fait une si grande découverte", se réjouit-il.

"Cela change notre façon de voir les cultures amazoniennes. La plupart des gens imaginent de petits groupes, probablement nus, vivant dans des huttes et des défrichements - cela montre que les peuples anciens vivaient dans des sociétés urbaines complexes", abonde à son tour le co-auteur de l'étude, Antoine Dorison.

Un étonnant réseau de routes et de canaux

Pour parvenir à cette découverte, l'équipe d'archéologues a combiné des fouilles au sol avec la cartographie récente d'une zone de 300 km² réalisée à l’aide de capteurs laser capables d'identifier les vestiges de la ville sous la végétation des plus denses de la région. Verdict : cette technologie a mis au jour 6000 bâtiments octogonales et rectangulaires mesurant environ 20 mètres sur dix mètres pour deux à trois mètres de haut. Plus en détail, ces derniers étaient répartis par groupes composés de de trois à six unités disposés autour d'une bâtiment central, détaille encore l'étude.

Si les scientifiques pensent que la plupart de ces bâtiments étaient des habitations, certains étaient vraisemblablement construits à des fins cérémonielles. C'est notamment le cas d'un ensemble comprenant une unité de 140 mètres de long sur 40 mètres de large, illustrent-ils. Or, ces cités étaient reliées entre elle par un étonnant réseau de routes droites et de canaux de drainage, l'un des sentiers s'étendant sur 25 kilomètres pour dix mètres de large. Selon le Dr Antoine Dorison, ces voies de communication constituent la partie la plus marquante de la recherche.

"Le réseau routier est très sophistiqué. Il s'étend sur une vaste distance, tout est connecté. Et il y a des angles droits, ce qui est très impressionnant", détaille ce dernier, expliquant qu'il est beaucoup plus difficile de construire une route droite qu'une route qui s'intègre dans le paysage. 

Après la découverte de cette société possiblement encore plus vaste et complexe que les sociétés mayas bien connues du Mexique et d’Amérique centrale, la prochaine étape pour les scientifiques consistera à s'intéresser à une zone adjacente de 300 km² jamais encore explorée.


A. LG

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