Nouveau séisme meurtrier à Haïti

"Des hôpitaux sont toujours débordés" : comment Haïti essaie de se relever après le séisme

Propos recueillis par Caroline Quevrain
Publié le 18 août 2021 à 18h22
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

ENTRETIEN - L’État des Caraïbes a été touché par un séisme de magnitude 7,2 samedi 14 août, tuant au moins 1900 personnes et en blessant 9900 autres. Pour LCI, le rédacteur en chef du quotidien haïtien Le Nouvelliste, revient sur l’état du pays, quatre jours après la catastrophe.

Dix ans après avoir connu le plus grave séisme de son histoire, Haïti a vu la terre trembler à nouveau fortement samedi 14 août, au petit matin. D’une magnitude de 7,2, la secousse a été ressentie dans tout le pays et a été suivie de nombreuses répliques. À mesure que les recherches de survivants se poursuivent dans les décombres, le bilan s’alourdit. Au moins 1942 personnes ont été tuées et 9900 autres ont été blessées dans la catastrophe, a indiqué la protection civile mardi soir, tandis qu’une tempête tropicale venait à peine de quitter le territoire. Frantz Duval, rédacteur en chef du Nouvelliste, quotidien basé à Port-au-Prince, nous apporte les derniers éléments dont il dispose sur l’étendue des dégâts, après le passage de la tempête Grace. 

Le bilan communiqué mardi soir peut-il s’alourdir davantage ?

Je ne pense pas. Les morts sont quasiment tous enterrés puisque qu’on ne peut pas garder les corps dans ces villes de province. Peut-être que le bilan va s’alourdir de quelques centaines de décès mais pas plus. La majorité des blessés n’ont pas leur pronostic vital engagé, sauf par manque de soins. C’est un autre problème que l’on a rencontré en 2010 (lors du séisme qui a coûté la vie à plus de 220.000 personnes). Par manque de soins, une blessure qui n’est pas mortelle peut finir par dégénérer. Hier par exemple, on s’est retrouvés face au dilemme d’un parent qui ne voulait pas que l’on ampute sa fille. Les gens ne sont pas habitués à ce type de blessure et ne savent pas comment réagir.

Quels dégâts ont causé la tempête Grace ? 

Heureusement, la tempête tropicale n’a pas été très forte et le soleil est enfin revenu ce matin. Les gens ont été très affectés car ils se sont retrouvés sous la pluie mais jusqu’à présent, nous n’avons pas de bilan particulier de dégâts causés par la tempête. Officiellement, je n’ai pas reçu de bilan, ni de la protection civile, ni de mes journalistes sur le terrain, d’inondations ou de personnes emportées par les eaux.

Des sinistrés près de Cayes mardi 17 août, après le séisme de magnitude 7,2 survenu samedi
Des sinistrés près de Cayes mardi 17 août, après le séisme de magnitude 7,2 survenu samedi - REGINALD LOUISSAINT JR / AFP

Dans les heures qui ont suivi le séisme, des images d’hôpitaux surchargés ont beaucoup circulé sur les réseaux sociaux. La prise en charge des blessés est-elle facilitée aujourd’hui ? 

Au contraire, c’est pire. Samedi et dimanche, on a vu arriver à l’hôpital les blessés les plus proches. Maintenant, les blessés plus lointains sont pris en charge. C’est d’ailleurs pour ça que le bilan a augmenté si rapidement, en passant de quelques milliers à près de 10.000 blessés. Les gens se rapprochent de plus en plus des hôpitaux qui sont, eux, toujours débordés. Je pense en particulier à l’hôpital général des Cayes (l’une des villes les plus touchées par le tremblement de terre, ndlr). Les médecins sont là mais l’architecture du bâtiment ne permet pas d’accueillir beaucoup de personnes. Depuis samedi, des blessés sont aussi transférés à Port-au-Prince. Mais le pont aérien ne fonctionne pas très vite car un hélicoptère ne prend que quatre à cinq blessés par vol. 

Comment se passent les recherches ? 

Des secouristes venus avec des chiens continuent à rechercher des survivants. Ils récupèrent plus de cadavres que de personnes vivantes mais ça continue. Il reste toutefois des zones que l’on n’a pas encore visitées. Pour le moment, on est allés dans les villes les plus importantes des trois départements où le séisme s’est produit mais les dégâts ont aussi eu lieu dans les petites agglomérations. Haïti est un pays très montagneux, où se trouvent des petites agglomérations d’une dizaine de maisons et où personne ne s’est encore rendu. L’accès n’est pas impossible mais la surface à fouiller est grande. Dès que l’on quitte les grandes villes, c’est un habitat très dispersé. Ce sont ces zones-là pour lesquelles il n’y a pas encore de bilan définitif mais elles ne sont pas réputées pour avoir beaucoup d’habitations ou alors des habitations légères qui font moins de morts lorsqu’elles s’effondrent. 

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L’aide internationale est-elle à la hauteur de la catastrophe ?

L’aide américaine est toujours la première à arriver car les Américains sont tout près. Ils ont mis à la disposition d’Haïti une dizaine d’hélicoptères grâce auxquels on peut aller n’importe où, surtout dans les terrains compliqués d’accès. L'aide est en train de se mettre en place. Mais la catastrophe est arrivée à un moment où il y avait un retrait des institutions à cause de la Covid et une insécurité, en particulier au sud du pays, qui avait réduit le trafic routier et le flux des marchandises. 

Quelles sont vos principales inquiétudes aujourd’hui ?

En ayant vécu le séisme en 2010, par expérience, l’inquiétude est que l’aide internationale pousse pour qu’il y ait des villages de tente. L’idée est de regrouper les sinistrés pour faire les distributions au même endroit. C’est comme ça que l’aide fonctionne. Mais c’est un désastre. La dernière fois, cela avait donné lieu à des catastrophes, si bien qu’il reste des tentes datant de 2010 à Port-au-Prince. Cela encourage l’assistanat, les gens veulent rester sur place. 


Propos recueillis par Caroline Quevrain

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