200 ans après la bataille de Waterloo, un Belge a donné des ossements de soldats prussiens qu'il avait dans son grenier.
Ils vont offrir une matière de travail aux scientifiques et experts belges passionnés par cet épisode de l'Histoire.

"Il m'a dit : "Mr Wilkin, j'ai des Prussiens dans mon grenier". Plus de 200 ans après Waterloo, des ossements de soldats morts sur le champ de bataille continuent de refaire surface. Notamment grâce à l'aide de particuliers qui, au fil des ans, ont conservé ces traces du passé.

L'historien Bernard Wilkin a ainsi raconté à l'AFP comment il a retrouvé deux crânes, trois fémurs et des os coxaux ayant vraisemblablement appartenu à quatre combattants. C'est lors d'une conférence sur Waterloo donnée fin 2022 qu'un homme a confié son secret à cet historien travaillant pour les Archives de l'État belge. Un homme "d'un certain âge m'a montré des photos sur son smartphone, m'a expliqué qu'on lui avait donné ces ossements pour qu'il les expose (...), ce qu'il avait refusé pour des raisons éthiques". Les restes humains sont donc restés cachés.

Une des pires confrontations armées de l'Histoire

"Il s'est dit que j'étais peut-être la bonne personne pour leur trouver une sépulture décente, les analyser, en tout cas faire quelque chose de cohérent", a estimé Bernard Wilkin. Pièce maîtresse de la collection : un pied droit doté de presque toutes ses phalanges, et attribué à "un soldat prussien" par le donateur. Cependant, les spécialistes préfèrent rester prudents : difficile d'affirmer que ce pied est "prussien", cette ancienne région couvrant en partie le Nord de l'Allemagne actuelle.

Le lieu de découverte, à savoir le village de Plancenoit où les troupes prussiennes et napoléoniennes se sont âprement combattues ce jour-là, fait dire à Bernard Wilkin que ces restes pourraient tout aussi bien être français. Certes les morceaux de bottines et autres boucles d'uniformes présents dans cette collection seraient plutôt issus du camp germanique.

L'énigme sera peut-être résolue par le médecin légiste Philippe Boxho qui se donne deux mois pour mener à bien des analyses. Il explique que les os recèlent encore des traces d'ADN exploitables. "Tant que la matière est sèche, on peut faire quelque chose, notre plus grand ennemi c'est l'humidité qui désintègre tout". Le défi est de taille : une demi-douzaine de nationalités européennes ont pris part à cette bataille qui a fait quelque 20.000 morts le 18 juin 1815, à 20 km au sud de Bruxelles. Il s'agit de l'une des pires confrontations armées de l'Histoire, qui a mis fin aux rêves de grand empire de Napoléon Bonaparte.

Dans "un scénario idéal", Bernard Wilkin aimerait qu'on compte des Français et des Allemands parmi ces "trois à cinq" soldats dont il subsiste des restes. Les deux pays, qui furent aussi ennemis lors des guerres mondiales du XXe siècle, pourraient ainsi être réunis un jour autour des sépultures à Lasne, la commune dont dépend Plancenoit. "J'espère que ça va aboutir, ça serait un beau message", lâche l'historien.


T.G. avec AFP

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