Disparition de dizaines d'étudiants au Mexique : l'ex-procureur général arrêté

A.B. avec AFP
Publié le 20 août 2022 à 8h44
DOCUMENT –  Drogues et intimidation des populations, notre équipe a pu suivre une des factions du cartel de Sinaloa après de longues négociations.
DOCUMENT – Drogues et intimidation des populations, notre équipe a pu suivre une des factions du cartel de Sinaloa après de longues négociations.

La justice mexicaine a ordonné, vendredi, l'arrestation de l'ancien procureur général du pays et de 64 policiers et militaires.
Tous sont soupçonnés d'être liés à la disparition de 43 étudiants de l'école normale d'Ayotzinapa (sud).
Des interpellations qui interviennent après la publication d'un rapport qualifiant cette affaire de "crime d'État".

L'affaire suscite toujours une vive émotion au Mexique. Vendredi, la justice du pays a ordonné l'arrestation de l'ancien procureur général pour la disparition, en 2014, de 43 étudiants de l'école normale d'Ayotzinapa (sud). Jesus Murillo Karam a été appréhendé à son domicile de Mexico, vendredi soir, pour "disparition forcée, torture et délits contre l'administration de la justice", et n'a pas opposé de résistance, a indiqué le parquet dans un communiqué.

La justice a également annoncé que des mandats d'arrêt avaient été lancés contre 20 responsables de l'armée, 44 policiers et cinq fonctionnaires pour leur implication présumée dans cette affaire, qui avait profondément choqué au Mexique et à l'étranger. Ces 64 policiers et militaires sont recherchés pour "crime organisé, disparition forcée, tortures, homicide et délits contre l'administration de la justice", a précisé le parquet. Les identités et le rang des personnes recherchées n'ont pas été précisés. Le parquet a aussi lancé des mandats d'arrêt contre 14 membres du cartel de narcotrafiquants Guerreros Unidos.

"Crime d'État"

Ces décisions interviennent au lendemain de la publication d'un rapport qui a qualifié l'affaire de "crime d'État". Le document officiel publié par la "Commission pour la vérité Ayotzinapa" - mise en place par le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador - avait estimé que des militaires mexicains avaient une part de responsabilité dans ce crime. "Leurs actions, omissions ou participation ont permis la disparition et l'exécution des étudiants, ainsi que le meurtre de six autres personnes", avait déclaré le sous-secrétaire à l'Intérieur Alejandro Encinas, lors de la présentation publique du rapport.

Jesus Murillo Karam est la plus importante personnalité arrêtée jusqu'à présent dans le cadre des investigations qui ont été reprises de zéro en 2019, après l'arrivée au pouvoir du président de gauche Lopez Obrador. L'ex-procureur, qui avait exercé ses fonctions sous le président Enrique Peña Nieto (2012-2018) et avait dirigé une première enquête controversée sur ces disparitions, est un ancien poids lourd du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) qui a gouverné le Mexique pendant 71 dans sans interruption jusqu'en 2000.

Dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014, un groupe d'étudiants de l'école de formation des maîtres d'Ayotzinapa, dans l'État méridional de Guerrero, s'était rendu jusqu'à la ville proche d'Iguala pour "réquisitionner" des autobus afin d'aller à Mexico pour une manifestation. Selon l'enquête, 43 jeunes ont été arrêtés par la police locale en collusion avec Guerreros Unidos, puis tués par balles et brûlés dans une décharge pour des raisons qui restent obscures. Seuls les restes de trois d'entre eux ont pu être identifiés.

La première enquête officielle, dirigée par Jesus Murillo Karam et dont les conclusions ont été rejetées par les familles des victimes et par des experts indépendants, n'attribuait pour sa part aucune responsabilité aux militaires. Cette version accusait un cartel de narcotrafiquants d'avoir fait tuer les étudiants en les prenant pour les membres d'une bande rivale.


A.B. avec AFP

Tout
TF1 Info