Dissuasion ou provocation ? Pékin renforce ses positions en mer de Chine

Alexandre DECROIX
Publié le 15 décembre 2016 à 15h08
Dissuasion ou provocation ? Pékin renforce ses positions en mer de Chine

Source : XINHUA/SIPA

MANŒUVRES – Des images satellites révélées mercredi tendent à montrer une augmentation significative des moyens militaires de Pékin en mer de Chine méridionale. Une zone stratégique et âprement disputée que l’Empire du Milieu cherche à défendre à tout prix. À moins que le pays ne veuille se l’accaparer définitivement ?

Velléités expansionnistes offensives ou stratégie de défense préventive ? Alors que des images satellites révélées mercredi par l'Asia Maritime Transparency Initiative (AMTI), un centre de réflexion sur l’Asie basé à Washington, semblent montrer un renforcement significatif de ses moyens militaires en mer de Chine méridionale, le flou demeure quant aux réelles intentions de Pékin. Selon l’AMTI, le gouvernement chinois pourrait bien avoir installé plusieurs batteries antiaériennes et systèmes de défense rapprochée (CIWS) sur au moins sept îlots artificiels de l'archipel de Spratley. 

Si le pays s’est justifié ce jeudi en invoquant son droit à disposer de "son propre territoire", l’organisme américain souligne que la mise en place de ces outils de défense montre "que Pékin tient sérieusement à défendre ses îlots artificiels en cas d'escalade armée en mer de Chine méridionale". Problème : le développement de ces installations pourrait justement contribuer à une surenchère militaire. 

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Une zone commerciale stratégique et réputée riche en hydrocarbures

De nombreux pays frontaliers de la mer de Chine méridionale – également appelée mer de Chine du Sud – revendiquent eux aussi des droits sur cette vaste étendue de quelque 3,5 millions de kilomètres carrés, hautement stratégique pour le commerce et réputée riche en hydrocarbures. Les Philippines, le Vietnam, la Malaisie, Brunei ou encore Taïwan (actuellement au cœur d’une autre "bataille" entre Pékin et Donald Trump cette fois) considèrent en effet que leur souveraineté sur la zone doit pouvoir s’exercer. À l’instar de la Chine, chacune de ces nations contrôle d’ailleurs plusieurs îlots dans le secteur. 

Tous ces pays ou presque mènent ainsi des travaux de "remblaiement" afin d’agrandir leurs îlots et autres récifs – plusieurs milliers au total. Des agrandissements de territoire visant notamment à essayer d’étendre leur zone économique exclusive (ZEE), espace maritime sur lequel les Etats sont, d’après le droit de la mer, susceptibles d’exercer leur autorité. 

Une problématique dont s’est déjà saisie la justice internationale

Preuve du côté sensible de la question, la marine américaine a maintes fois fait croiser ses bateaux de guerre dans la zone, au nom de la défense de la "liberté de navigation". Ce que la Chine déplore : "Si vous considérez comme inadéquate la construction et le déploiement par la Chine sur son propre territoire d'équipements de défense, que dire de l'envoi de navires en mer de Chine méridionale ?", s’est interrogé le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. Une objection qui montre que Pékin ne se laissera pas faire, mais qui semble aussi illustrer son isolement dans ce dossier. 

Un isolement qui a pu se vérifier l’été dernier. Et de fait : au mois de juillet, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye – institution reconnue et soutenue par l’ONU – a statué contre la Chine en considérant que les revendications du pays sur la zone maritime n’avaient "aucun fondement juridique" et qu’il n’existait "aucune preuve que la Chine a historiquement exercé un contrôle exclusif sur les eaux et leurs ressources". L’installation de nouveaux moyens militaires serait-elle dès lors une volonté de Pékin de (re)passer à l’offensive ? Rien n’est moins sûr. Pour l’heure, le flou demeure. 

Inquiétudes sur la politique de Donald Trump envers la ChineSource : Sujet JT LCI
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