Face à l'avancée russe, qui paraissait à l'époque inexorable, quelques centaines de soldats et civils ukrainiens ont résisté près de trois mois dans l'usine métallurgique Azovstal, à Marioupol.
Un combat devenu véritable symbole de la résilience des forces de Kiev face à celles de Moscou.
Notre équipe de LCI a retracé la difficile captivité de deux membres du régiment Azov impliqués dans ce fait d'arme.

Leur résistance reste dans toutes les mémoires. Lors du siège de Marioupol, de février à mai 2022, l'usine métallurgique Azovstal est devenue un lieu central de la lutte contre l'armée russe. Une poche tenue par quelques centaines de soldats des forces ukrainiennes pendant 84 jours, offrant ainsi un sursis à Kiev pour préparer la défense du reste du pays et échafauder une contre-offensive. 

Encerclés, épuisés et privés de munitions, les survivants du régiment Azov enfermés dans le complexe reçoivent finalement l'ordre de se rendre. "On a quitté l’usine et on s’est retrouvés face à ceux contre qui on se battait. Et ils pointaient leurs armes sur nous. Ils nous ont intégralement fouillés", témoigne Olesa Melnichenko, l'une des militaires, interrogée par LCI. 

Une tuerie lors de la captivité

Dans la foulée, les prisonniers sont transférés à Olenivka, au sud de Donetsk. La militaire partage sa petite cellule avec 27 autres femmes et dort à même le sol. Scénario identique pour Andrii, encore hanté par ces souvenirs. "Ils mettaient la radio russe, qui déformait l’information. Elle disait Zaporijia, Karkhiv, Odessa… sont déjà sous contrôle russe", assure-t-il. 

Les semaines passant, le jeune homme et ses camarades sont forcés d’intégrer un nouveau bâtiment. Et le 28 juillet au matin, "on a reçu l’ordre de l’administration de déplacer le poste des gardiens à 400 mètres du baraquement", explique le soldat. C'est à cet endroit qu'une déflagration est survenue au milieu de la nuit suivante. "On a entendu une explosion sourde, il y a eu un flash. Le baraquement où je dormais n’était pas très loin, on a entendu les gars crier", décrit Andrii. 

Ukraine et Russie se rejettent la responsabilité

Plusieurs dizaines de prisonniers meurent dans cette explosion, de laquelle s'accusent mutuellement Ukraine et Russie. Si le Kremlin évoque une frappe de missiles HIMARS, l'un des armements fournis par les Américains dans ce conflit, Volodymyr Zelensky, lui, dénonce une mise en scène et un énième crime de guerre russe. Une théorie à laquelle semble adhérer Olesa et Andrii. "On pouvait voir que nos geôliers étaient contents de ce qui s’était passé. Je suis sûre que les Ukrainiens n’auraient jamais tiré (sur un lieu) où les leurs étaient en captivité. Tout le monde savait que l’on était là", martèle la première. 

Nous avons récupéré les corps de 56 personnes. Tous étaient complètement brûlés.
Andrii

Quelques heures après le drame, Andrii et ses compagnons sont forcés de ramasser les corps calcinés. "Nous avons récupéré les corps de 56 personnes. Tous étaient complètement brûlés. Ils étaient dans la position qu’ils avaient pendant leur sommeil. Il n’y avait aucun membre arraché. Ils sont tous morts sur le coup", détaille le soldat. 

En parallèle, il assiste à une scène qui l'interpelle. "Quand on est venus nettoyer l’entrée, il n’y avait aucune trace d’éclat. Ensuite, on nous a amenés dans un atelier voisin, placés contre un mur. Parfois, on arrivait à tourner la tête pour voir ce qu’il se passait. Du coin de l’œil, on a vu des soldats russes apporter des caisses visiblement pleines", raconte-t-il. "C’est ensuite, en voyant les images tournées par les journalistes russes, qu’on en a déduit qu’ils avaient dispersé des éclats d’HIMARS sur les lieux", ajoute-t-il. 

Miraculés, Odesa et Andrii feront partie des détenus libérés, quelques mois plus tard, lors d’un échange de prisonniers. S'ils tentent, aujourd'hui, de reconstruire leur vie, ces multiples traumatismes resteront gravés en eux. "J’ai survécu, mais malheureusement, cette empreinte ne disparaitra jamais", confirme sombrement Odesa. 


M.G | Reportage vidéo : Charline Hurel, Morgane Bona, Arkady Davidenko

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