Une bataille intense entre Russes et Ukrainiens est en cours dans la forêt de Serebryansky, sur le front de Kreminna, dans l'oblast de Louhansk.
L'armée russe brûle cette forêt pour mettre les positions ukrainiennes à découvert.
LCI a pu rencontrer des soldats ukrainiens qui tentent de préserver cette forêt et de contrer l'action ennemie.

Les soldats ukrainiens l'appellent "la Forêt noire". En octobre dernier, après avoir libéré la ville de Lyman, dans l'oblast de Donetsk, les forces ukrainiennes ont progressé dans la forêt de Serebryansky, dans la région de Kreminna, dans l'oblast de Louhansk, pour espérer reprendre cette dernière, occupée depuis avril 2022. Mais les Russes sont aujourd'hui à l'offensive et ont Sloviansk, au sud de Lyman, en ligne de mire. Kreminna est désormais l’une des batailles les plus violentes du front est. 

Sur cette partie du front, les Russes n’ont progressé que de 500 mètres en deux mois, mais ils maintiennent une pression constante. Cette position a pour le moment été épargnée par le feu russe, mais les soldats ukrainiens, qui tirent des mortiers pour atteindre ses adversaires, ont vu les incendies dévorer des centaines d’arbres depuis des mois. "Plus la forêt brûle, plus c'est difficile pour nous de respirer. À cause du feu, on ne peut pas atteindre nos positions", explique Serioha, membre de l'unité de mortier de la 63e brigade motorisée au micro de LCI, dans le reportage visible en tête de cet article.

Des bombes incendiaires lancées par les Russes

"S'ils ne peuvent pas obtenir un truc, ils brûlent la terre (...). C'est des barbares", souffle un soldat de la brigade. Cette politique de destruction systématique de la forêt a été initiée par les Russes afin de découvrir les positions ennemies. Dans des vidéos tournées et transmises à LCI par Lutyi ("furieux" en ukrainien), un soldat qui a depuis été grièvement blessé, on peut notamment voir le sol encore fumant de la forêt après que les Russes ont frappé les positions ukrainiennes. "On a essayé d'éteindre les incendies, mais on est trop peu", peut-on entendre dire Lutyi.

Hors caméra, les soldats ont affirmé à LCI que ce front était un véritable enfer sur terre. Pour en parler, ils utilisent le mot ukrainien "peklo", qui signifie "chaleur écrasante". Si les feux sont induits par l’artillerie conventionnelle, les Russes utilisent aussi des bombes incendiaires à même de projeter jusqu’à 180 sous-munitions, qui peuvent être chargées de phosphore ou de magnésium notamment. 

"Je n'ai jamais eu à affronter un truc pareil"

Rencontré par LCI, Oleh, commandant adjoint de la 63e brigade, tente de monitorer le travail de son unité d'artillerie depuis son poste de commandement avancé. Il essaie également de déceler les mouvements adverses. "Dans la forêt, c’est dur de travailler avec les drones parce que l’ennemi a des abris naturels : des arbres, des buissons", affirme-t-il, précisant que les Russes sont "très actifs sur le volet de la guerre radio électronique", ce qui complique le travail des drones. 

Nazar, commandant du bataillon qui dirige ses hommes depuis plus de quatre mois sur ce front, le sait : ils font face à des repris de justice russes, comme les Storm Z, mais aussi à des brigades bien plus expérimentées. "Si je vous disais qu’on n’avait que des guignols à la tâche en face et qu’ils n’étaient pas efficaces, je mentirais", admet-il. Au-delà de l’adversaire, l’environnement lui-même se transforme parfois en casse-tête. "Si on devait comparer à une ville comme Bakhmout, où on s’est battus : on avait des bâtiments, des abris en béton, et ça nous permettait de nous protéger de l’artillerie adverse notamment", souligne-t-il, avant de concéder n'avoir "jamais eu à affronter un truc pareil". "Quatre mois ici, c'est vraiment dur", lâche Nazar.

Si pour certains soldats, "la forêt n'est pas une menace", mais "un abri" qui les dissimule, cet allié précieux peut très vite se transformer en piège lorsque tout s'embrase. "Ça met à nu notre position, ils peuvent nous voir avec leurs drones", précise Coach, capitaine de la 100e brigade de Défense territoriale. En avril 2023, la direction du parc national auquel appartient une partie de la forêt de Serebryansky, a conduit une étude aux conclusions alarmantes : environ 80% des arbres ont été détruits ou leur écorce a tellement brûlé qu’ils ne passeront pas l’hiver. 


N.K avec LCI | Mélina Huet, Morgane Bona

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