Documents secrets retrouvés chez Biden : "Il vient de tomber de haut", selon Jean-Eric Branaa

Propos recueillis par Julien Moreau
Publié le 13 janvier 2023 à 20h13
Ces documents que Bident cachait dans son garage
Ces documents que Bident cachait dans son garage

Des documents confidentiels ont été retrouvés dans la résidence privée de Joe Biden
Trois jours auparavant, des dossiers classifiés avaient été découverts dans l’un de ses anciens bureaux à Washington.
Pour Jean-Eric Branaa, maître de conférences en société et politique américaine, cette affaire fragilise le président américain, et pas seulement sur le flanc où sont postés les républicains.

Joe Biden fragilisé. Des documents confidentiels ont été découverts dans ses bureaux et à son domicile du Delaware, remontant à la période où il était le vice-président de Barack Obama (2009-2017). Pour Jean-Eric Branaa, maître de conférences en société et politique américaine et chercheur en relations internationales, Joe Biden s’est mis des bâtons dans les roues avec cette affaire, alors qu’il aurait pu surfer sur la scission des républicains lors de l’élection du président de la Chambre des représentants.

Que risque le président américain avec ces révélations ? 

Jusqu'à la fin de son mandat, il ne risque rien du tout puisqu'il dispose de son immunité présidentielle. C'est à la fin de l'enquête du procureur spécial, que Joe Biden pourrait être redevable devant les Américains et devant la justice. Il peut y avoir un procès, il peut être accusé exactement comme Trump. Il y a des peines de prison prévues, des amendes, des périodes d'inéligibilité. Mais il n'y a pas que l'aspect judiciaire dans cette affaire, c'est à la Chambre des représentants que ça va se jouer. Le président de la Chambre des représentants, Kevin McCarthy déjà dit qu'il allait demander la mise en place d'une commission d'enquête très rapidement. Joe Biden va perdre en crédibilité parce qu'on va en parler matin, midi et soir. Il y a déjà des demandes d'impeachment (destitution) qui se font entendre. 

Comment peut réagir l'opinion publique américaine  ?

On peut penser que dans le climat électrique dans lequel le pays se trouve actuellement, il est évident que les républicains, enfin les 50% qui pensent que l'élection leur a été volée, se disent que le Président n'est pas tout blanc dans ses affaires. Selon eux, ce qui a été reproché à Donald Trump, Biden le fait aussi. Beaucoup estiment  désormais que Joe Biden n'est ni sénile, ni vieux et qu'il n'a pas Alzheimer mais qu'il est pleinement responsable de tout ce qu'il fait. C'est tout le contraire de ce qu'ils ont pu dire depuis trois ans. Ça montre, en tout cas, qu'ils ont l'intention de durcir leurs attaques face à Joe Biden à propos de cette affaire, en insistant sur la gravité de celle-ci. 

Une polémique de la même nature que celle qu'il reprochait à Donald Trump.
Jean-Eric Branaa

En est-il déjà fragilisé ?

Oui, parce qu'il a fait sa campagne en s'appuyant sur son côté éthique. La morale et l'éthique étaient des éléments essentiels de son programme. C'est pour ça que les Américains l'ont élu, en particulier les plus jeunes. Ces derniers ont une forte sensibilité à l'éthique et à la morale aujourd'hui. Ses adversaires politiques font comprendre que cette valeur qu'il prônait, il ne la pratique peut-être pas. Elle met en difficulté Joe Biden. Suite aux difficultés des républicains lors de l'élection de McCarthy, une élection qui a mis à jour leur division, on a vu que Joe Biden pouvait en tirer profit. Il faisait le vieux sage qui distribuait les bons et les mauvais points. Là, il vient de tomber de haut. Ça va être très difficile de reprendre de la hauteur quand lui-même est au centre d'une polémique de la même nature que celle qu'il reprochait à Donald Trump.

Le nom de Bernie Sanders s'invite

Est-ce que cela pourrait aussi diviser jusque dans son propre camp ?

On a le camp progressiste des démocrates, avec Bernie Sanders (le sénateur américain, âgé de 81 ans, ndlr), qui se dresse très fort. On entend beaucoup de réactions depuis jeudi, rappelant qu'en 2024, il faudra qu'il y ait un représentant du camp progressiste pour ramener justement de la morale, de l'éthique et toujours plus d'exigences dans la politique. Selon eux, aujourd'hui, Biden ne peut pas se représenter, en tout cas pas être tout seul à se représenter. Il y a déjà des appels pour que revoir Bernie Sanders représenter encore une fois le camp progressiste (après 2016 et 2020). 

Cette situation est-elle comparable à celle de Trump et l'affaire de Mar-a-Lago ?

D'un côté, on avait un vice-président (Joe Biden, de 2009 à 2017, ndlr) qui travaillait à Washington dans un bureau dans lequel il aurait laissé des documents sans plus s'en préoccuper. De l'autre côté, on a un président qui a amené des documents à son domicile dans des caisses. Dans ce qui est similaire, c'est qu'il s'agit de documents secrets. On a affaire à un problème de sécurité nationale et une loi de 1978 oblige les présidents et vice-présidents américains à transmettre l'ensemble de leurs emails, lettres et autres documents de travail aux Archives nationales. Un civil n'a pas le droit de posséder des documents présidentiels. Quand ils quittent la présidence, ils redeviennent civils. Ce qui différencie Biden et Trump, c'est évidemment la façon d'aborder le problème. 


Propos recueillis par Julien Moreau

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