Double explosion à Beyrouth : le Premier ministre libanais inculpé

par Audrey PARMENTIER
Publié le 10 décembre 2020 à 18h09
Le Premier ministre démissionnaire, Hassan Diab, a été inculpé ce jeudi 10 décembre.
Le Premier ministre démissionnaire, Hassan Diab, a été inculpé ce jeudi 10 décembre. - Source : AFP / DALATI AND NOHRA

JUSTICE - Le chef du gouvernement libanais démissionnaire, Hassan Diab et trois ex-ministres ont été inculpés, jeudi 10 décembre. Une décision qui survient quatre mois après la double explosion à Beyrouth, le 4 août.

Fait inédit, un Premier ministre libanais en exercice est dans le viseur de la justice. Ce jeudi 10 décembre, le juge chargé de l'enquête sur la double explosion du port de Beyrouth a inculpé, le chef du gouvernement libanais, Hassan Diab, de négligence ainsi que trois de ses anciens ministres.

Il s'agit des premières inculpations d'hommes politiques, quatre mois après le drame qui avait fait plus de 200 morts et 6500 blessés dans le port de Beyrouth. L'incendie avait été déclenché dans un entrepôt abritant depuis des années des tonnes de nitrate d'ammonium.

La décision du juge Fadi Sawan a été prise après que l'enquête "a confirmé que (les accusés) avaient reçu plusieurs rapports écrits les mettant en garde contre tout atermoiement pour se débarrasser du nitrate d'ammonium", a précisé la source judiciaire." Ils n'ont pas pris les mesures nécessaires pour éviter l'explosion dévastatrice et les dégâts énormes", a-t-elle ajouté. En d'autres termes, de hauts responsables avaient été prévenus du danger que représentait la présence du nitrate d'ammonium mais ils n'ont pris aucune mesure.

De son côté, le bureau d'Hassan Diab a immédiatement réagi, affirmant que ce dernier avait "la conscience tranquille". Le Premier ministre a accusé le juge Sawan d'avoir "violé la Constitution et contourné le Parlement", ajoutant que le chef du gouvernement avait "fourni toutes les informations dont il disposait concernant ce dossier". Le juge libanais commencera à interroger Hassan Diab ce lundi et les ex-ministres les jours suivants.

Les élites pointées du doigt

L'explosion à Beyrouth continue de provoquer un séisme dans la sphère politique libanaise. Pour une partie de la société civile, ce drame a révélé au grand jour la mauvaise gestion du pays par l'élite au pouvoir. Rapidement pointé du doigt, le Premier ministre, Hassan Diab, avait dénoncé - quelques heures après le drame - les conditions de stockage de la cargaison de nitrate d'ammonium. "Il est inadmissible qu'une cargaison de nitrate d'ammonium soit présente depuis six ans dans un entrepôt, sans mesures de précaution", avait-il dit.

Le Liban sans gouvernement depuis trois mois

Mais cette déclaration n'a pas suffi à apaiser la colère de la société civile. Pendant plusieurs semaines, la population est descendue dans les rues pour réclamer le changement des hommes politiques. Quasi inchangés depuis des décennies, ces caciques du régime sont accusés de corruption et d'incompétence par leurs détracteurs. 

Sous la pression de la rue, le Premier ministre Hassan Diab avait décidé de démissionner le 10 août. Aujourd'hui, il continue de gérer les affaires courantes en attendant la formation d'un nouveau gouvernement par Saad Hariri, nommé le 22 octobre. Celui qui a déjà été trois fois Premier ministre  avait promis de former "rapidement" un "gouvernement d'experts", non issus de partis politiques afin de lancer une série de réformes.

Mais presque deux mois plus tard, le Liban reste toujours sans gouvernement. Le fils de Rafiq Hariri semble toujours englué dans ses tractations avec les partis politiques traditionnels pour la formation de son quatrième gouvernement. À la crise politique, s'ajoute un véritable problème économique qui ronge le pays et ses habitants. En effet, la monnaie nationale face au dollar s'est effondrée et plus de la moitié de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté. 

Alors que le Liban plongeait dans le chaos, le président français, Emmanuel Macron avait promis de venir au chevet de son ami. Le 6 novembre, le chef de l'État français avait insisté lors d'un entretien téléphonique avec le président libanais Michel Aoun sur le "besoin urgent" que le pays du Cèdre s'engage sur la voie des réformes avec la "formation rapide" d'un gouvernement. Un discours qu'il a répété  le 2 décembre lorsqu"il a renouvelé sa volonté d'aider le Liban tout en constatant le défaut des conditions d'une aide massive et structurelle, dont la création d'un gouvernement.


Audrey PARMENTIER

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