Droit à l'avortement aux États-Unis : la "Bible Belt", ces États qui le restreignent déjà

Publié le 3 mai 2022 à 19h12, mis à jour le 4 mai 2022 à 8h16

Source : TF1 Info

Si le droit à l'avortement est toujours garanti sur l'ensemble du territoire américain, des États ont instauré des mesures limitant fortement son accès.
La plupart sont situés dans la "Bible Belt", où la religion est très prégnante et utilisée comme justification pour s'opposer à ce droit des femmes.

Certains États avaient pris de l'avance. Alors qu'un document a révélé qu'une partie des magistrats de la Cour suprême travaillait à l'annulation de la décision Roe v. Wade qui protège le droit à l'avortement aux États-Unis, son accès est déjà largement limité dans plus de 26 États, dont la majorité est située dans la "Bible Belt"

Le terme aurait été utilisé pour la première fois par le journaliste H. L. Mencken en 1924 dans un de ses articles dans le Chicago Daily Tribune. Comprenant un gros quart Sud-Est du pays, la "ceinture de la Bible" désigne ces États conservateurs où le protestantisme rigoriste et la religion chrétienne sont omniprésents.

Des États religieux opposés à l'avortement

En Alabama par exemple, 82% de ses 4,8 millions d'habitants disent croire en Dieu "avec une certitude absolue", selon une étude du Pew Research Center en 2016. Toujours selon le même institut, parmi les trois millions d'habitants du Mississippi, 82% n'ont aucun doute sur l'existence de Dieu et trois quarts prient au moins une fois par jour. Des chiffres similaires sont retrouvés en Floride, en Géorgie, en Caroline du Sud et du Nord, bien que partiellement, mais aussi en Louisiane, au Texas, en Oklahoma, en Arkansas ou encore au Tennessee. 

Or, les "pro-vie" justifient généralement leur opposition à l'avortement en donnant des arguments religieux. Les Protestants évangéliques blancs sont ainsi le groupe religieux le moins susceptible de soutenir l'avortement légal, selon le Pew Research Center. Rien que dans l'état du Mississippi, 59% des habitants jugent que l'avortement devrait être illégal dans la plupart des cas. A contrario, à l'échelle nationale, 59% des adultes américains jugent que l'avortement devrait être légal dans la plupart des cas. 

Si la décision Roe v. Wade rendue en 1973 rend ce droit possible dans tous les États, une décision passée le même jour, la Doe v. Bolton, en limite la portée et permet également aux gouvernements fédéraux de prendre des restrictions au droit à l'avortement lorsque la grossesse est avancée. Les États de la "Bible Belt" en ont largement profité, d'autant plus depuis que la Cour suprême a basculé dans le camp conservateur avec la nomination par Donald Trump de trois juges opposés à l'avortement.

Un accès déjà "sévèrement restreint"

Ainsi, l'accès à l'avortement dans l'ensemble des États de cette région est classé par la puissante organisation de planning parental, Planned Parenthood, comme "sévèrement restreint". Rien que dans les derniers mois, les mesures se sont multipliées. En mars, la Floride a décidé d'interdire l'avortement au-delà de quinze semaines de grossesse pour la plupart des cas à partir du 1er juillet. 

Un mois plus tard, les législateurs en Oklahoma ont décidé de réduire son accès sauf lorsque la vie de la femme enceinte est mise en danger. Dans le cas contraire, l'avortement est puni de 10 ans de prison et d'une amende de 100.000 dollars, soit un peu plus de 95.000 euros. Le Texas avait ouvert la danse en septembre dernier en interdisant l'immense majorité des avortements, un texte que la Cour suprême des États-Unis avait par ailleurs refusé de suspendre, renonçant de faire respecter l’arrêt Roe v. Wade pourtant encore en vigueur.

Si la décision de la Cour suprême rentre effectivement en vigueur et que Roe v. Wade est renversé en juin, ces États auront la liberté et la possibilité de supprimer tout accès à l'avortement. Une décision qui devrait arriver dans tous les États de la "Bible Belt", selon les projections de l'institut Guttmacher. 


Aurélie LOEK

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