Élections américaines : la guerre à Gaza pourrait-elle faire perdre l'État du Michigan à Joe Biden ?

Publié le 19 février 2024 à 17h45, mis à jour le 19 février 2024 à 17h56

Source : TF1 Info

Dans le camp démocrate, le conflit à Gaza a généré une crise potentiellement fratricide.
Joe Biden est accusé par son aile gauche de soutenir l'offensive israélienne.
Dans le Michigan, qui comprend une forte minorité arabo-américaine, des Démocrates locaux ont appelé à voter contre lui lors des primaires.

C'est un État qui semble acquis à la cause démocrate. La gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, est une des stars montantes du parti, au point que certains la verraient bien un jour à la Maison-Blanche. La secrétaire d'État et la procureure ont également été confortablement élues. Pourtant, les électeurs de cet État industriel, qui s'annonce décisif dans un éventuel affrontement contre Donald Trump en novembre prochain, sont loin de plébisciter Joe Biden pour un second mandat à la présidence.

Le score dans le Michigan avait déjà été plus serré qu'attendu lors du scrutin de 2020, et la plupart des derniers sondages donnent Donald Trump gagnant en novembre prochain. Et cette fois, Joe Biden doit faire face à une fronde au sein même des Démocrates de l'État, qui lui reprochent son positionnement sur la guerre à Gaza.

S'il est certain d'emporter les primaires démocrates, où il ne fait plus face qu'au représentant du Minnesota Dean Phillips, dans le Michigan comme ailleurs, le président américain sortant est fortement contesté par l'aile gauche du parti, qui l'accuse de soutenir les bombardements menés par Israël sur Gaza. Régulièrement, le quolibet de "Genocide Joe" fuse, lors de ses apparitions publiques. 

Dans le Michigan, cette contestation est plus radicale encore, puisqu'un courant a appelé à voter "uncommitted" ("non-engagé", en français) lors des primaires démocrates, qui se tiendront le 27 février prochain dans l'État. Il s'agit de l'équivalent du vote blanc en France, pour la plupart des États. Mais selon la loi électorale du Michigan, ce vote peut permettre d'envoyer à la convention démocrate des délégués qui ne sont liés à aucun des candidats, s'il atteint un nombre suffisant. 

Nous nous sentons complètement invisibles et négligés par notre gouvernement
Rashida Tlaib

Cet appel à sanctionner est encore symbolique, tant la mainmise de Joe Biden sur le parti est hégémonique. Mais il vient d'enregistrer un soutien de poids : Rashida Tlaib, élue du Michigan à la chambre, a elle-même demandé aux électeurs d'opter pour le vote "uncommitted". Dans une vidéo la mettant en scène devant un bureau de vote par anticipation, postée ce samedi sur le réseau social X, elle affirme que "nous nous sentons complètement invisibles et négligés par notre gouvernement", et appelle à le faire savoir en votant "non-engagé".

Ce n'est pas la première fois que l'élue démocrate du Michigan critique ouvertement la position de Joe Biden sur le Proche-Orient. Elle l'avait déjà prévenu dans une vidéo diffusée en novembre dernier : "Nous nous souviendrons en 2024". Née à Détroit, principale ville de l'État, aînée d'une fratrie de 14 enfants, Rashida Tlaib est la fille d'un couple d'exilés palestiniens. Son père était ouvrier dans l'usine Ford, un des géants de l'automobile qui ont jadis fait la prospérité de la ville, la plus grande de l'État. La communauté arabo-américaine est proportionnellement trois fois plus importante (2,1% de la population de ce bastion industriel) que dans le reste du pays, et a un poids significatif au sein du parti Démocrate local. 

Le groupe de responsables Démocrates à l'origine de l'appel s'est formé autour de Layla Elabed, une sœur cadette de Rashida Tlaib, qui vit à Dearborn. Dans cette banlieue ouvrière de Detroit, la communauté arabe et musulmane, venue tout au long du siècle dernier pour travailler dans l'industrie automobile, représente environ la moitié de ses quelque 100.000 habitants. 

Ici, une campagne "Abandonnez Biden" a été lancée assez vite après le début de l'offensive israélienne sur Gaza, par des figures de la communauté, sans étiquette de parti. S'ils ne soutiennent pas davantage Donald Trump, ils appellent explicitement à battre le président sortant en novembre, pas seulement à s'abstenir. De nombreux habitants de Dearborn, d'origine palestinienne, libanaise ou yéménite, ont très mal vécu le très grand nombre de victimes civiles à Gaza, ainsi que les frappes sur la guérilla houthi, qui s'était invitée dans le conflit.

Depuis le début du conflit entre Israël et le Hamas, déclenché par le raid meurtrier de l'organisation islamiste le 7 octobre 2023, cette communauté traditionnellement démocrate à près de 80% critique la Maison-Blanche pour le manque de condamnation, à ses yeux, des bombardements israéliens. Une rencontre récente entre des émissaires de la Maison-Blanche et des représentants de la communauté arabo-américaine du Michigan, semble n'avoir produit aucun effet. 

Particulièrement exacerbé dans le Michigan, le rejet de l'offensive israélienne, et du soutien présumé du gouvernement Biden, pourraient laisser des traces dans les urnes en novembre prochain. Dans un scrutin qui s'annonce serré, le vote de la minorité arabo-américaine pourrait s'avérer décisif. À la peine face à Trump dans les sondages, le président américain vient d'essuyer une salve de critiques sur son âge, et sur les défaillances supposées de sa mémoire. État-clé dans la conquête de la Maison-Blanche, avec ses 16 grands électeurs, le Michigan semble désormais être une terre à reconquérir pour Joe Biden, qui ne peut pas se permettre de l'abandonner à Donald Trump. 


Frédéric SENNEVILLE

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