Geert Wilders et son parti d'extrême-droite ont remporté, selon les sondages, une victoire nette aux élections législatives néerlandaises de mercredi.
Une succès pour celui qui a construit sa carrière politique sur fond de xénophobie assumée.

"Nous ne pouvons plus être ignorés". Après cinq campagnes infructueuses, Geert Wilders a enfin réussi son pari, en hissant sa formation xénophobe au rang de première force politique aux Pays-Bas. Le fruit d'une longue carrière politique pour celui qui, après avoir fait croisade contre "l'invasion islamique" de l'Occident, a finalement lissé son discours pour mieux séduire les électeurs.

Terminés les concours de caricatures du prophète Mahomet ou l'usage du mot "racailles" pour parler des maroco-néerlandais, ce qui lui a valu d'être reconnu coupable d'insultes par la justice. Depuis plusieurs semaines, celui qu'on compare à Donald Trump, pour sa véhémence, sa xénophobie et ses cheveux peroxydés, s'est focalisé sur d'autres thématiques. Il y a "des problèmes plus importants que la lutte contre le flot de demandeurs d'asile et d'immigrants", a-t-il déclaré lors de l'un des derniers débats électoraux, ajoutant qu'il était prêt à mettre de côté ses opinions sur l'islam pour gouverner. Il a notamment promis de se concentrer davantage sur "la sécurité et les soins de santé" que sur son opposition à l’islam.

La xénophobie chevillée au corps

Si la forme a changé, le fond du discours reste, lui, le même. Le manifeste de son PVV (Parti de la Liberté) a conservé son ton xénophobe."Les demandeurs d'asile se régalent de délicieux buffets gratuits à bord des bateaux de croisière tandis que les familles néerlandaises doivent réduire leurs courses", est-il écrit noir sur blanc. Geert Wilders, 60 ans, veut rétablir le contrôle aux frontières néerlandaises. Autres mesures : la détention et l'expulsion des immigrants illégaux, le retour des demandeurs d'asile syriens et la réintroduction des permis de travail pour les travailleurs intra-UE. 

Sur l'islam, le manifeste du PVV assume : "Les Pays-Bas ne sont pas un pays islamique. Pas d'écoles, de Corans et de mosquées islamiques". Il propose d'interdire le port du foulard dans les bâtiments gouvernementaux. En matière de politique étrangère, et une approche "les Pays-Bas d'abord" qui comprend la fermeture de sa représentation à Ramallah et le renforcement des liens avec Israël, notamment le déplacement de son ambassade à Jérusalem. 

"Il était fasciné par le jeu politique, la lutte pour le pouvoir et l'influence"

Cette rhétorique d'extrême droite, Geert Wilders a mis des années à l'élaborer. Né en 1963, à Venlo, d'une mère à moitié indonésienne, fait qu'il mentionne rarement, Wilders a grandi dans une famille catholique avec son frère et ses deux sœurs. Il a développé un intérêt pour la politique dans les années 1980, a déclaré son frère aîné au magazine allemand Der Spiegel. "Il n'était ni clairement de gauche ni de droite à l'époque, ni xénophobe. Mais il était fasciné par le jeu politique, la lutte pour le pouvoir et l'influence", confiait-il.

Après son service militaire, il a passé du temps en Israël dans un kibboutz, témoin direct des tensions avec les Palestiniens. À son retour au pays, il est entré en politique en 1998 au sein du parti libéral VVD, qu'il quitte en 2006 pour fonder son PVV. Sa plus grande victoire électorale jusqu'à aujourd'hui remontait à 2010, lorsqu'il avait remporté 24 sièges. En 2017, il devient le deuxième parti au Parlement, puis le troisième en 2021. Avant de triompher, deux ans plus tard. 

Professionnel dans l'art d'utiliser les médias en les accusant de partialité, comme le fait très souvent Donald Trump, Geert Wilders divise depuis des années un pays à la longue tradition de tolérance multiculturelle. Certains observateurs voient cependant Wilders comme une figure isolée. Marié à une Hongroise, il n'a pas d’enfants, et la protection policière, dont il bénéficie depuis 2004 à cause des menaces de mort à son encontre, limite ses contacts avec le monde extérieur. Malgré cet isolement supposé, il a réussi en reportant les législatives à surfer sur les désamours des Néerlandais pour la classe politique actuelle et à pousser encore plus à droite le discours politique de son pays.

D'ailleurs, mercredi soir, son discours de victoire a donné lieu à un retour aux fondements du PVV. "Les Néerlandais espèrent que le peuple pourra récupérer leur pays et que nous veillerons à ce que le tsunami des demandeurs d'asile et de l'immigration soit réduit"

Pour autant, le plus dur reste à faire pour Geert Wilders. Il va devoir s'atteler à attirer suffisamment de soutien de la part des autres partis politiques pour former une coalition viable en tant que Premier ministre. 


T.G.

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