Le parti d'extrême droite Chega est arrivé troisième des élections législatives au Portugal, dimanche.
Son chef de file, André Ventura, joue la carte du populisme pour séduire un électorat toujours plus large, notamment auprès des jeunes.
Aucun mouvement nationaliste n'était réellement parvenu à rassembler des voix depuis la dictature de Salazar.

Une poussée soudaine dans les urnes. Chega ("Assez !", traduit en français) a connu des résultats électoraux historiques pour un parti d'extrême droite, dimanche au Portugal, à l'occasion des législatives qui se déroulaient dans le pays. Appelés aux urnes après la démission à l'automne du Premier ministre socialiste António Costa, en fonction depuis 2015, les Portugais ont massivement voté pour le mouvement dirigé par le professeur de droit André Ventura. Arrivé troisième du scrutin avec un peu plus de 18% des voix, il talonne l'Alliance démocratique (droite, 29,49% des suffrages) et le Parti socialiste (gauche, 28,66%).

Que sait-on sur ce parti à la trajectoire électorale fulgurante ? TF1info fait le point. 

Un parti à l'histoire récente

La création de Chega ne date que de 2019. Après s'être lancé en politique deux ans plus tôt, André Ventura, son chef de file, entreprend alors de lancer son propre parti aux élections législatives. Il se fait alors élire à ce scrutin en tant qu'unique député de son parti, avant d'augmenter ses troupes au Parlement en 2022, lors des suivantes élections. Douze membres du parti sont alors élus, avant la percée de ce début d'année 2024 et 48 sièges récupérés à l'issue des résultats. "Hier, le Portugal s'est réveillé et a changé, a commenté ce lundi sur X le leader de Chega, André Ventura. Nous avons désormais beaucoup de travail et beaucoup de responsabilités."

Un chef de file au parcours surprenant

Le dirigeant et fondateur de Chega, André Ventura, détient un parcours atypique. Il s'est fait connaître... grâce à ses commentaires de match de football, lui est un fan du Benfica Lisbonne, le grand club de la capitale. Âgé de 41 ans, ce professeur de droit, qui fut tour à tour inspecteur du fisc et romancier, a tenté sa chance en politique lors d'un scrutin local, en 2017. "En politique, il faut être différent, affiche le député. Et je voulais être différent." Fervent catholique, il pense être guidé par une "mission divine" pour agir pour ses compatriotes. Fan de Donald Trump ou de l'ancien président brésilien Jair Bolsonaro, André Ventura a façonné un parti "ultra-personnalisé" autour de son incarnation, selon la politologue Marina Costa Lobo, interrogée par l'AFP.

Une idéologie populiste et xénophobe

Depuis la création du parti, Chega cultive un véritable populisme de droite, semblable à celui persistant dans plusieurs pays européens, comme avec le mouvement Vox en Espagne, par exemple. Se revendiquant comme une structure antisystème, le parti avait fait une promesse de campagne, affiché durant les meetings d'André Ventura : "Limpar Portugal" – pour "nettoyer le Portugal", en français. 

Autrement dit, le parti véhicule depuis plusieurs années une idéologie xénophobe, anti-corruption et défiant les élites, alimentée par les déclarations retentissantes de son leader. Ce dernier s'était d'ailleurs fait remarquer il y a quelques années pour une interview où il s'attaquait frontalement à la communauté gitane du pays, toujours ciblée par le parti depuis. En 2020, une de ses saillies racistes avait aussi fait polémique, alors qu'il avait demandé qu'une députée noire soit "rendue à son pays d'origine". 

Un allié du Rassemblement national

La triple candidate RN à la présidentielle Marine Le Pen s'est rendue plusieurs fois au Portugal pour rendre visite à André Ventura, qu'elle considère comme un partenaire au niveau européen. "Nous attendons avec impatience l'arrivée des députés européens de Chega pour appuyer la force que nous représentons au Parlement européen", exhortait-elle lors de sa dernière venue à Lisbonne, en novembre dernier. L'élection de nouveaux eurodéputés portugais serait une prise stratégique pour venir grossir les troupes du groupe Identité et démocratie, auquel appartient le RN. Ce lundi, sur le réseau social X, elle a félicité son "ami" André Ventura "pour ce beau résultat".

Un parti destiné à peser au sein du gouvernement ?

Les résultats serrés des élections portugaises font craindre des jeux d'alliance perpétuels à la tête du gouvernement portugais. "Compte tenu de la répartition des sièges, il ne faut pas s'attendre à une grande stabilité", a ainsi confirmé à l'AFP Filipa Raimundo, professeure de Sciences politiques à l’Institut universitaire de Lisbonne ISCTE. Chega compte profiter de cette situation politique éclatée pour s'imposer au sein d'un gouvernement, même si la proposition a été rejetée par la droite, arrivée en tête, pour le moment. André Ventura s'est dit, lui, "disponible" pour "donner un gouvernement stable au Portugal" au sein d'"une majorité forte à droite".


Theodore AZOUZE

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