Les 27 pays de l'UE ont trouvé un accord lundi pour réduire de 90% leurs importations de pétrole russe d'ici à la fin de l'année.
Une exemption temporaire a été prévue pour le pétrole acheminé par oléoduc, afin de lever le veto de la Hongrie.
Viktor Orban souhaite continuer à acheter du pétrole russe bon marché, indispensable à sa pratique du pouvoir.

"Les familles peuvent dormir paisiblement, nous avons écarté l'idée la plus farfelue qui soit". Dans un message vidéo diffusé sur sa page Facebook, Viktor Orban s'est félicité lundi après avoir remporté son bras de fer face à Bruxelles. Si les 27 vont se sevrer de 90% de leurs importations de pétrole russe, le Premier ministre hongrois va, lui, continuer à faire cavalier seul. Il a obtenu une exemption pour du brut russe bon marché, acheminé par oléoduc. Et ainsi poursuivre sa pratique du pouvoir, entre mesures populistes et arrangements avec le secteur privé. 

Certes, comme l'a affirmé Viktor Orban à maintes reprises, son pays d'Europe centrale de 9,8 millions d'habitants est enclavé. Sans accès à la mer, il dépend des acheminements du pétrole russe via l'oléoduc Droujba. Ce dernier traverse l'Ukraine et fournit 65% de l'or noir consommé par la Hongrie, tout en approvisionnant également la République tchèque et la Slovaquie.

La surenchère de Viktor Orban

Quand le projet d'embargo a été mis sur la table par Bruxelles pour empêcher la Russie de s'enrichir sur leur dos et ainsi financer la guerre en Ukraine, le Premier ministre hongrois a très vite évoqué une "bombe atomique" lancée sur son économie. Et exigé non pas une dérogation de deux ans - comme les Tchèques et les Slovaques étaient prêts à l'accepter – mais le double, ainsi que près de 800 millions d'euros en financements européens pour adapter les installations. Des années et de l'argent de Bruxelles indispensables, selon lui, pour transformer son unique raffinerie dans les environs de Budapest et doper la capacité de l'oléoduc Adria qui part de Croatie.

Sans surprise, la doléance de Budapest a fait bondir les Européens. Cette surenchère a fait dire au ministre allemand de l'Économie, Robert Habeck, qu'il serait moins coûteux pour l'UE de faire l'embargo sans la Hongrie. Pour autant, la tentative du dirigeant hongrois n'est guère surprenante. Depuis son retour au pouvoir il y a douze ans, ce proche de Vladimir Poutine avant la guerre joue régulièrement les trouble-fête. Surtout quand il s'agit de protéger ses propres intérêts.

Du pétrole acheté peu cher pour être revendu à un bon prix

Selon plusieurs experts, il faudrait non pas plusieurs années, mais seulement entre six et 18 mois pour effectuer les changements nécessaires au sein de la raffinerie exploitée par le conglomérat MOL. Or cette dernière engrange des bénéfices considérables, achetant du pétrole russe peu cher puis revendu à un bon prix.

Concrètement, le conglomérat, dirigé par Zsolt Hernadi, un proche du Premier ministre, serait le grand gagnant de la crise traversée actuellement par l'Ukraine. Des spécialistes estiment à 9,4 millions d'euros par jour la manne supplémentaire pour MOL comparé la situation d'avant la guerre. En contrepartie, le groupe accepte de contribuer aux mesures prises déjà depuis l'automne par le gouvernement pour lutter contre l'inflation. Viktor Orban a annoncé une taxe exceptionnelle sur les entreprises - dont MOL - qui devrait rapporter au total plus de 2 milliards d'euros et ainsi soutenir la stratégie de plafonnement des prix de l'énergie. Autre exemple : le gouvernement a décidé de réserver ses tarifs doux sur l'essence, fixés à environ 1,2 euro le litre dans les stations-service, aux seules voitures immatriculées dans le pays.


Thomas GUIEN

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