Émeutes au Kazakhstan : la révolte gronde, un lourd bilan humain, des troupes russes sur place

La rédaction de LCI
Publié le 6 janvier 2022 à 23h36, mis à jour le 7 janvier 2022 à 16h55
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Source : Sujet TF1 Info

VIOLENCES - Depuis le 2 janvier, le Kazakhstan est en proie à une insurrection populaire. Ce jeudi, les autorités ont dénombré des dizaines de morts et des milliers de blessés suite à des heurts avec la police. La communauté internationale ne cache pas son inquiétude. LCI fait le point sur la situation.

Pour l'opposant kazakh Moukhtar Abliazo, il ne fait aucun doute qu'une "révolution" est en marche dans son pays. "Le changement de régime n'a pas encore eu lieu, mais la révolution a déjà eu lieu dans les esprits", considère l'ex-banquier et ex-ministre de 58 ans tombé en disgrâce dans son pays à la fin des années 1990. "Je considère que c'est la fin du régime, la question, c'est seulement combien de temps cela va prendre", dit-il. "Il peut tenir un an, mais tout peut aussi basculer en deux semaines", esquisse-t-il.

L'ex-république soviétique, longtemps considéré comme le pays le plus stable d'Asie centrale, est ébranlée par une contestation qui a éclaté dimanche dans l'ouest avant de gagner Almaty, la capitale économique, où les manifestations ont viré à l'émeute contre le pouvoir. Ce jeudi, des protestataires ont attaqué et incendié des bâtiments officiels, notamment la mairie et la résidence présidentielle. Les forces de sécurité ont répliqué en tirant à balles réelles. Les autorités ont fait état de "dizaines" de manifestants tués et plus d'un millier de personnes blessées dont 62 grièvement. Dix-huit membres des forces de sécurité ont aussi été tués et 748 blessés, ont par ailleurs rapporté les agences de presse, citant les autorités.

La forte inflation, source de la colère du peuple kazakh

Le mouvement de colère a débuté dimanche, après une hausse des prix du gaz naturel liquéfié (GNL), dans la ville de Janaozen, dans l'ouest de ce pays riche en ressources naturelles, avant de s'étendre à la grande ville régionale d'Aktau, sur les bords de la mer Caspienne. Le Kazakhstan, habitué par le passé à des taux de croissance à deux chiffres, souffre de la baisse des prix du pétrole et de la crise économique en Russie, qui a mené à la dévaluation du tenge kazakh et une forte inflation.

Mardi soir, les autorités avaient tenté de calmer la situation en concédant une réduction du prix du GNL, le fixant à 50 tenges (0,1 euro) le litre dans la région, contre 120 au début de l'année. Cette promesse n'a pas pour autant entraîné la dispersion des manifestants, qui exigeaient de parler au président.

S'est ensuivi une manifestation rassemblant plusieurs milliers de personnes mardi à Almaty. Dans ce pays autoritaire où ce type de rassemblement est rare, la police a utilisé des grenades assourdissantes et du gaz lacrymogène pour disperser les manifestants, qui scandaient à l'adresse du président de 68 ans : "le vieil homme dehors !" et "démission du gouvernement !". Deux journalistes de l'AFP, qui ont vu les tirs de la police pour disperser la foule, ont comptabilisé au moins 5000 participants à cette manifestation. Depuis lors, les mouvements de protestations se sont multipliés jusqu'à ce jeudi, où le pays, en "état d'urgence", est proche de l'implosion.

Ce jeudi, la cheffe de l'ONU aux droits de l'homme a appelé toutes les parties en conflit au Kazakhstan à "s'abstenir de toute violence" et a réclamé une "résolution pacifique".

La Russie en renfort, la communauté internationale inquiète

Face à cette situation, la Russie et ses alliés ont annoncé ce jeudi matin l'envoi du premier contingent de forces de maintien de la paix au Kazakhstan. "Une force collective de maintien de la paix de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) a été envoyée au Kazakhstan pour une période limitée afin de stabiliser et de normaliser la situation", a indiqué cette alliance militaire dans un communiqué diffusée sur Telegram par la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova.

Inquiets, les États-Unis ont immédiatement mis en garde les troupes russes contre toute violation des droits humains ou velléité de "prise de contrôle" des institutions du pays. "Les États-Unis, et franchement le monde entier, surveillent toute éventuelle violation des droits humains. Et nous surveillons aussi tout acte qui puisse jeter les bases pour une prise de contrôle des institutions du Kazakhstan", a déclaré le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price. "Nous espérons que le gouvernement du Kazakhstan sera en mesure de répondre aux problèmes qui sont fondamentalement de nature économique et politique", a-t-il ajouté. 

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L'Union européenne s'est, elle aussi, dite "très préoccupée" par la situation. "Grande inquiétude quant à l'évolution de la situation au Kazakhstan. L'aide militaire extérieure rappelle des situations à éviter", a déclaré sur son compte Twitter le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.


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