Émeutes en Suède : qui est Rasmus Paludan, ce militant d'extrême-droite qui brûle des Corans ?

Felicia Sideris
Publié le 18 avril 2022 à 16h39
Rasmus Paludan, leader du parti d'extrême droite "Ligne dure", lors des élections législatives du 5 juin 2019, à Copenhague

Rasmus Paludan, leader du parti d'extrême droite "Ligne dure", lors des élections législatives du 5 juin 2019, à Copenhague

Source : Henning Bagger / Ritzau Scanpix / AFP

Les récents agissements du chef du groupuscule anti-islam "Ligne dure" ont entrainé de violents affrontements en Suède.
Les émeutes ont éclaté jeudi à Malmö, après que Rasmus Paludan a voulu mettre le feu au Coran.
Ce n'est pas la première fois que ce militant d'extrême droite attise la haine avec ses actions.

Le pays d'ABBA est peu habitué à de telles scènes. Pour la quatrième nuit d'affilée, de violentes émeutes ont secoué la Suède, ce dimanche 17 avril. À l'origine de ces violences, des protestations contre le groupuscule d'extrême droite Ligne dure, dirigé par un certain Rasmus Paludan. Portrait de ce Dano-Suédois qui attise la haine en mettant le feu au Coran.

À l'origine de la colère, un adepte de la provocation

Cela fait plusieurs semaines que l'homme aux cheveux blonds et aux yeux bleus a entamé sa "tournée" pour "brûler le Coran". Depuis le début de l'année, il sillonne les quartiers les plus populaires du pays, provoquant parfois quelques réactions dans la population locale, comme le 26 février, à Rinkeby. Mais ce n'est qu'une fois à Malmö, dans le sud du pays, que Rasmus Paludan a réellement récolté le fruit de la colère. Outrés que les forces de l'ordre laissent faire l'individu, des habitants ont fini par dénoncer l'action du fondateur d'un groupuscule anti-immigration, dont le nom signifie "Ligne dure" en danois. 

Des protestations qui n'ont pas fait flancher le militant d'extrême droite. Ce samedi, il a averti les quelque 18.000 personnes qui le suivent sur Facebook de sa volonté de "brûler beaucoup de Corans". "Nous apporterons probablement du sang de porc aussi, que nous verserons sur le Coran", précisait-il dans une publication.

Un appel à brûler le Coran à Skärholmen, en Suède, publié le 19 novembre 2021 sur Instagram - Rasmus Paludan

Une promesse qui n'a jamais abouti. Cette annonce a provoqué l'ire des habitants de plusieurs villes, dont Norrköping, à 460 kilomètres au nord. Face aux manifestants, la police, peu habituée à ces échauffourées, a tiré des coups de semonce qui ont, par ricochet, blessés trois personnes. Un incident dont Rasmus Paludan s'est réjoui. Sur Facebook, il s'est félicité que les forces de l'ordre "tirent sur les voyous quand c'est nécessaire". 

Une réaction peu surprenante tant l'activiste attise les colères depuis plus de cinq ans. En Suède comme au Danemark, dont il détient les deux nationalités depuis octobre 2020, le militant de 40 ans est connu pour ses vidéos anti-islam. Avant d'être suspendu, il publiait régulièrement des autodafés du Coran sur YouTube. De temps en temps, pour ajouter à la provocation, il enduit ce texte sacré de l'islam de sang de cochon. Ou l'emballe dans du bacon.

Un "prédicateur de la haine" qui se tourne vers la politique

Des actions agressives qu'il réalise aussi sur la place publique. En 2019, cet avocat de formation a entraîné des affrontements au Danemark après avoir multiplié les incendies coraniques. La même année, le quadragénaire a été condamné pour ses propos racistes. À l'automne 2020, il a même voulu s'exporter hors de Scandinavie. En commençant par la France, où il est fiché S. Dans une publication sur Facebook, il avait fait part de son intention de "brûler le Coran à l'Arc de Triomphe à Paris", le 11 novembre. Une action en pleine commémoration de l'Armistice qui avait été déjouée par les autorités

Ce sont aussi des militants de ce "prédicateur de la haine", pour reprendre les termes des autorités belges, qui ont été arrêtés et interdits de séjour en Belgique, le 12 novembre, après avoir voulu faire un autodafé coranique dans la capitale. Avant de réussir à enclencher des émeutes, jeudi, Rasmus Paludan a réalisé pendant plusieurs semaines une "tournée" en Suède, visant des quartiers à forte population musulmane. Il avait également tenté le coup en 2020, en vain. 

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Mais cet agitateur ne se contente pas d'exalter les divisions dans ses pays d'origine. Il vise aussi le pouvoir. Après s'être présenté aux législatives dans son pays natal, où il avait rassemblé à peine 10.000 voix, l'avocat de formation vise le Riksdag suédois. Dans un entretien accordé à la presse, il a déclaré dès février avoir l'intention de se présenter aux élections législatives suédoises qui se tiendront cet automne. Seule façon, d'après lui, de lutter contre "l'islamisation de la Suède". S'il n'a pas encore récolté assez de signatures pour entrer officiellement dans la course, le ton de sa campagne est donné.


Felicia Sideris

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