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En Iran, une femme non voilée a-t-elle été condamnée à de la prison après avoir été repérée par une caméra dans la rue ?

Publié le 12 juillet 2023 à 18h53, mis à jour le 13 juillet 2023 à 9h09

Source : TF1 Info

Selon une publication, une Iranienne a été jugée par un tribunal de Téhéran après avoir été filmée sans voile par une caméra "intelligente".
Au printemps, la police a annoncé qu’elle utiliserait ces appareils dans l’espace public pour vérifier le code vestimentaire des passantes.

Dans la société iranienne, la répression contre les femmes se durcit toujours plus après la mort de Masha Amini, il y a près d’un an. D’après une publication sur Twitter, provenant du compte "Les Lettres de Téhéran", une citoyenne de la République islamique aurait écopé d’une peine de prison ferme après avoir été repérée dans la rue sans voile… par une caméra dite "intelligente".

Le tweet publié le 10 juillet fait référence à deux autres sanctions, une consultation médicale obligatoire de six mois et une interdiction de sortie du pays pendant deux ans. Un document, présenté comme le jugement rendu par le tribunal de Téhéran, est joint au post. Et celui-ci est authentique, nous confirment les spécialistes interrogés : le collectif Femme Azadi, qui cherche à sensibiliser l’opinion française face aux violations des droits en Iran, l’avocat iranien Sanabargh Zahedi, mais aussi l'agence de presse militante Hrana. Cette dernière l'assure, "cette peine a été imposée sur la base des preuves fournies par la caméra, telles qu'elles sont décrites dans le document du tribunal."

Le document renvoyant à la condamnation de la jeune femme, filmée par des "caméras intelligentes" de Téhéran
Le document renvoyant à la condamnation de la jeune femme, filmée par des "caméras intelligentes" de Téhéran - DR

D’après sa traduction, réalisée par le collectif Femme Azadi et par nos soins, cette jeune femme a été condamnée au pénal par contumace, c’est-à-dire en son absence, par un juge de Téhéran dénommé Ali Omidi. Ce dernier est par ailleurs fiché par l’ONG United4Iran, qui recense l’ensemble des prisonniers politiques en Iran. L’infraction de cette Iranienne a bel et bien été repérée par des caméras installées dans l’espace public puisque le jugement indique que "compte tenu des documents obtenus des caméras de surveillance de la ville et des systèmes intelligents qui y sont connectés (…) il est clair que l'accusé a commis un crime et mérite d'être puni". 

En substance, le juge considère le non-port du hijab en public comme un "comportement antisocial", voire un trouble mental exposant l’accusée à suivre un traitement. La jeune femme a désormais 20 jours pour se présenter à la justice et effectuer sa peine ou bien payer une lourde somme pour échapper à l'incarcération.

La décision de justice a été reprise par l’opposition iranienne, telle que l'agence Hrana.  Dans un pays où les exécutions et les condamnations d’opposants politiques sont devenues monnaie courante, un jugement obtenu grâce au système de vidéosurveillance est encore rare. Comme le souligne le collectif Femme Azadi, "des repérages caméra pour donner des amendes en Iran sont fréquents, mais davantage dans les infractions de la route".

En avril dernier, la police des mœurs a pourtant annoncé son intention de recourir à ce procédé pour pouvoir surveiller les femmes, et leur bonne tenue vestimentaire, dans l’espace public. Depuis, certaines ont été convoquées au commissariat après avoir été identifiées par cette technologie, mais aucune ne semblait encore avoir été sanctionnée judiciairement.

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Caroline QUEVRAIN

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