L'Allemagne débranche ce samedi 15 avril ses trois dernières centrales nucléaires en fonctionnement.
Une fois les sites arrêtés, le processus de démantèlement des sites devrait durer une quinzaine d'années.
Face aux critiques, Berlin assure que la sécurité énergétique de l'Allemagne est "assurée".

La première économie européenne tourne définitivement la page du nucléaire. Alors que de nombreux pays occidentaux dépendent de l'énergie atomique, l'Allemagne débranche ce samedi 15 avril ses trois dernières centrales nucléaires en fonctionnement. Le pays a fait le pari de réussir sa transition verte sans nucléaire, initiée en 2002 et accélérée en 2011 par Angela Markel, après la catastrophe de Fukushima.

La fermeture définitive de ces sites, produisant 6% de l'électricité consommée outre-Rhin - contre 33% d'énergie produite par le charbon - était initialement prévue fin 2022. Elle avait déjà été reportée, au terme de débats houleux au sein de la coalition gouvernementale, sur fond de guerre en Ukraine et de crise énergétique, faisant craindre des pénuries de chauffage pendant l'hiver.

Un démantèlement sur plusieurs années

Samedi, à 22h, la centrale nucléaire du Bade-Wurtemberg (sud), celle d'Isar 2 (à l'est) et celle d'Emsland (nord), vont donc progressivement ralentir leurs activités, jusqu'au démantèlement complet des installations. Un processus qui va s'étaler sur une quinzaine d'années. Dans les jours qui suivront l'arrêt des centrales, la réaction atomique en chaîne qui provient des barres de combustible va être "complètement stoppée" pour permettre "le refroidissement du cycle atomique de la centrale", prélude à son démontage, a expliqué à l'AFP Jörg Michels, responsable de la division nucléaire chez l'énergéticien EnBW, exploitant du site d'Emsland. 

L'Allemagne a opté pour le démantèlement immédiat des centrales après leur arrêt sans passer par une phase de mise sous cocon. Rendus inactifs, les 193 éléments combustibles au cœur du réacteur encore hautement radioactifs seront transférés dans une piscine de stockage d'un bâtiment adjacent. Ils y resteront immergés pendant 3 à 5 ans jusqu'à ce qu'ils soient emballés dans des conteneurs "Castor" pour être transportés le moment venu vers un lieu d'enfouissement. 

La sécurité énergétique "assurée", promet Berlin

Seize réacteurs ont été fermés en Allemagne depuis 2003, alors que le nucléaire représentait 30,8% de la production d'électricité du pays. Entretemps, la part des renouvelables dans le mix de production a atteint 46% en 2022, contre moins de 25% dix ans plus tôt. "La grande disponibilité de l'approvisionnement énergétique en Allemagne reste assurée", a rassuré Berlin dans un communiqué, jeudi. Pour garantir la sécurité énergétique, Berlin met en avant "le niveau de remplissage élevé des réservoirs de gaz du pays" (64,5%), grâce à l'importation massive de gaz naturel liquéfié (LNG) visant à remplacer le gaz russe dont la première économie européenne était très dépendante. 

Avant l'échéance de samedi, plusieurs figures politiques ont dit craindre pour les objectifs climatiques de l'Allemagne et l'indépendance énergétique du pays privé de l'énergie atomique. "C'est un jour noir pour la protection du climat", a déclaré mardi Jens Spahn, chef de file des conservateurs de la CDU au Parlement. Des critiques qui résonnent à l'international et en France notamment. Paris a critiqué jeudi l'idée d'une éventuelle "relance de l'énergie fossile" comme le charbon en Allemagne


S.M avec AFP

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