En difficulté en Ukraine, Poutine choisit l'escalade

Un équipage russe rejoint l'ISS, station sous tensions sur fond de guerre en Ukraine

M.L
Publié le 18 mars 2022 à 22h25
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Un trio d'astronautes russes s'est élancé vers la Station spatiale internationale, ce vendredi.
Si la station maintient ses missions, l'agence spatiale russe menace de la faire chuter.
Cette dernière affirme que les sanctions occidentales l'empêcheront de remplir sa part du contrat dans cette collaboration internationale.

C'est l'une des rares collaborations internationales qui survit encore à l'onde de choc de la guerre en Ukraine. Trois cosmonautes russes ont décollé, vendredi 18 mars, à bord d'une fusée Soyouz pour la Station spatiale internationale (ISS), dont l'équipage est encore relativement préservé des tensions qui atteignent dorénavant leur paroxysme entre la Russie et les pays occidentaux. 

Le trio, dirigé par le cosmonaute expérimenté Oleg Artemiev, a décollé dans l'après-midi pour un vol de trois heures jusqu'à l'ISS, où ils seront accueillis par une équipe de deux Russes, quatre Américains et un Allemand, selon des images retransmises par la Nasa.

Jusqu'alors, les cosmonautes déjà à bord - parmi lesquels figurait, il y a quelques mois, le Français Thomas Pesquet - ont évité d'amener le sujet de la guerre en Ukraine dans la station, un conflit qui a déjà fait des milliers de morts et provoqué une des plus importantes crises de réfugiés en Europe depuis la Seconde guerre mondiale. Amorcée à la chute du bloc soviétique, la coopération spatiale entre Russes et Occidentaux était déjà l'un des rares domaines à être plutôt épargné des sanctions décrétées contre Moscou après l'annexion, en 2014, de la péninsule ukrainienne de Crimée. Mais l'avenir de l'ISS pourrait cette fois être sérieusement mis en péril. 

L'agence spatiale russe brandit le spectre de la chute de l'ISS

Le nationaliste Dmitri Rogozine, nommé en 2018 à la tête de l'agence spatiale russe Roscosmos - ce qui avait alors entraîné quelques tensions -, avait affirmé, le week-end passé, que les sanctions occidentales décrétées contre Moscou suite à l'invasion russe pourraient provoquer la chute de la station. Ce dernier affiche d'ailleurs régulièrement son soutien à ce que la Russie appelle "une opération militaire spéciale" en Ukraine.

Selon lui, le fonctionnement des vaisseaux russes ravitaillant l'ISS sera perturbé par ces pénalités, affectant donc le segment russe de la station. En conséquence, cela pourrait provoquer "l'amerrissage ou l'atterrissage de l'ISS pesant 500 tonnes", avait-il mis en garde. Les propulseurs des vaisseaux russes amarrés à la station servent en effet à corriger l'orbite de la structure spatiale. Une procédure réalisée une dizaine de fois par an pour la maintenir à la bonne altitude, ou encore éviter des débris spatiaux sur sa trajectoire. 

La Nasa tempère la menace

"Il est vrai que la station descend de 500 m par jour et qu'il faut la remonter régulièrement. La manœuvre se fait par l'arrière de la station, là où sont arrimés les vaisseaux russes", a expliqué, samedi 12 mars sur LCI, l'astronaute Michel Ange Tognini. "Si jamais le segment russe ne fonctionne plus, il faudrait effectivement trouver une solution de secours", poursuit le spécialiste, jugeant toutefois l'hypothèse d'une chute "extrêmement faible". Dans le pire cas de figure, "il faudrait attendre 300 à 400 jours avant que la station ne touche le sol", a-t-il indiqué.

Les Américains seuls n'ont pas cette capacité, a confirmé, lundi, Joel Montalbano, le directeur du programme de la station pour la Nasa. "La Station spatiale a été conçue sur le principe de l'interdépendance (...) il ne s'agit pas d'un processus dans lequel un groupe peut se séparer de l'autre." Avant de se montrer rassurant : "À l'heure actuelle, il n'y a aucune indication que nos partenaires russes veuillent faire les choses différemment. Donc nous prévoyons de continuer les opérations comme nous le faisons aujourd'hui."

Les accrocs se multiplient entre équipes spatiales russes et occidentales

D'autres tensions commencent à ébranler l'équipage. L'astronaute Mark Vande Hei a fait les frais de la guerre des mots entre la Russie et l'Occident, quand Roscosmos a publié une vidéo dans laquelle il était dit, en plaisantant, qu'il pourrait rester dans l'ISS au lieu de revenir sur terre à bord d'une fusée Soyouz le 30 mars. Scott Kelly, un autre astronaute de la Nasa, a répondu à cette plaisanterie en refusant une médaille que lui décernait le gouvernement russe.

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Dernier accroc en date dans la coopération spatiale, l'Agence spatiale européenne (ESA) a annoncé, jeudi, avoir acté la suspension de la mission russo-européenne ExoMars après avoir rompu sa collaboration avec Roscosmos et la recherche d'alternatives pour le lancement de quatre autres missions. Dmitri Rogozine a critiqué "un événement très amer" et affirmé que la Russie pourrait effectuer toute seule cette mission, "dans quelques années".

Cette décision fait suite à un choix radical de la Russie. À l'annonce des sanctions européennes contre Moscou, l'agence russe avait riposté le 26 février dernier par une suspension des activités de son lanceur Soyouz depuis le port spatial européen de Kourou, en Guyane française. Ce lanceur était utilisé pour les lancements de nombreuses missions de l'ESA. Roscosmos a aussi rappelé la petite centaine d'ingénieurs et techniciens qui y était installée.


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