Assaut du Capitole : Donald Trump au centre du "complot"

Auditions sur l'assaut du Capitole : "Il s'est passé quelque chose, c'est une vraie bombe à fragmentation"

Propos recueillis par Maëlane Loaëc
Publié le 29 juin 2022 à 18h49
JT Perso

Source : TF1 Info

Une ex-collaboratrice de l'ancien président américain a affirmé mardi que ce dernier avait appelé ses partisans à déferler sur le Capitole, tentant même de les rejoindre.
Cette "bombe à fragmentation" pourrait bien déclencher des poursuites judiciaires contre lui, estime Jean-Eric Branaa, spécialiste des États-Unis.

"J'en ai rien à foutre qu'ils soient armés, ils ne sont pas là pour me faire du mal" : Donald Trump aurait appelé ses partisans à marcher sur le Capitole le 6 janvier 2021, avant de tenter de les rejoindre en voiture, sachant pertinemment qu'ils étaient armés. Tel est le récit accablant livré mardi par Cassidy Hutchinson, une ancienne collaboratrice de la Maison Blanche, devant une commission parlementaire dédiée à enquêter sur les manœuvres de l'ancien président américain pour faire invalider l'élection de son rival Joe Biden en 2020. 

Lancée il y a près d'un an, cette commission accuse l'ex-dirigeant et son entourage d'avoir été au cœur d'une "tentative de coup d'État", avec pour point d'orgue la violente invasion du Congrès américain ce 6 janvier. Ce dernier témoignage, malgré les vifs démentis du principal concerné, vient renforcer leur thèse, déjà appuyée sur l'étude de 140.000 documents et plus de 1000 auditions. Ce revirement décisif entrainera très certainement des poursuites judiciaires contre Donald Trump, sans grande chance toutefois de le voir atterrir derrière les barreaux, analyse Jean-Eric Branaa maître de conférences en sciences politiques à Paris II-Assas et spécialiste des États-Unis.

Quelles seront les conséquences de la prise de parole choc de Cassidy Hutchinson sur le cours de l'enquête ?

La commission avait déjà prouvé qu'un "complot" et une "tentative de coup d'État" avaient été préparés, Donald Trump ayant fait pression sur son entourage, les juges, l'administration et des officiels de différents États pour infléchir le résultat du scrutin. Mais il fallait encore démontrer qu'il avait la compréhension complète de ce qui se déroulait au Capitole. 

Or il se retranchait derrière la parole de ses conseillers, et la commission manquait de preuves sur ses intentions. Cassidy Hutchinson révèle désormais qu'il était au courant de tout, même que des protestataires avaient à la main des armes semi-automatiques, et qu'il aurait voulu lui-même participer aux émeutes, en sachant pertinemment qu'aucune fraude n'avait été commise. C'est un récit désastreux, d'autant que celle qui l'accuse était elle-même une républicaine trumpiste, première collaboratrice de son cabinet. Il a beau dire qu'elle ment, le faisceau de témoignages est tel qu'il devient très difficile d'affirmer qu'il n'était pas impliqué. 

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Donald Trump pourrait-il dès lors être poursuivi en justice ? 

La commission ne juge pas, elle rend seulement compte et informe le peuple. Tous les regards sont désormais tournés vers le ministre de la Justice, Merrick Garland, qui est le seul à pouvoir déclencher des poursuites. Il est très probable qu'il le fasse, bien que jusqu'à maintenant, celles-ci étaient évitées pour des raisons de sécurité, car l'ancien président a encore de supporters très férus derrière lui et certains pourraient descendre dans la rue pour le défendre. Peut-être attend-il uniquement la dernière audition prévue en juillet et entièrement consacrée au rôle de Donald Trump pour sauter le pas. 

L'ensemble des preuves serait alors présenté à un grand jury avant l'ouverture d'une enquête pour un procès au pénal. Mais comme Donald Trump aura le droit à la défense, une période assez longue de deux à trois ans s'ouvrira. Il pourrait aussi faire appel, c'est donc loin d'être terminé. Je pense qu'on ne verra jamais Donald Trump en prison à son âge, lui qui vient de fêter ses 76 ans.

"Tous les symptômes d'une perte de vitesse sont là, et la commission d'enquête y est évidemment pour quelque chose. Elle a miné le socle de l'ancien président."

Jean-Eric Branaa, spécialiste des États-Unis

Une inculpation serait-elle susceptible en revanche de signer la fin de sa carrière politique ? 

Depuis sa défaite, je ne crois pas à son retour en politique par une candidature à la présidentielle de 2024, et cela me semble plus que jamais difficile à imaginer. Lors des premières primaires républicaines en vue des élections de mi-mandat, les mid-terms, certains de ses soutiens ont gagné. Donald Trump s'appuie toujours sur un socle solide de 30% des républicains environ, gagnés à sa cause. Mais une bascule est en train d'avoir lieu : dans le Colorado ou en Virginie par exemple, des républicains bien plus modérés l'ont emporté. 

Tous les symptômes d'une perte de vitesse sont là, et la commission d'enquête y est évidemment pour quelque chose. Elle a miné le socle de l'ancien président. Dans le parti, de nombreuses voix semblent désormais souhaiter un leader capable d'apaiser les choses. Le nom de multiples concurrents potentiels commence à monter : Ron De Santis, Mike Pence, Ted Cruz... 

Quant aux conclusions de la commission elle-même, les républicains ont assuré qu'ils les enterreraient s'ils remportaient les mid-terms, mais il sera trop tard si le ministre de la Justice a déjà engagé des poursuites avant. 

Quel peut être l'effet de ces révélations sur l'opinion publique et les soutiens de Donald Trump en particulier ? 

Le peuple américain voit ces révélations en direct à la télévision, et même les partisans de Donald Trump doivent peiner à y croire. Fox News, chaîne conservatrice qui lui était longtemps favorable, a commencé à diffuser les auditions. Hier soir, après le témoignage de la collaboratrice, un grand blanc a régné sur le plateau. Il s'est passé quelque chose, c'est une vraie bombe à fragmentation. 

S'il reste très difficile de juger l'effet produit sur l'opinion publique, il est sûr que même chez les manifestants qui ont pris part à l'assaut du Capitole, à qui il a été répété que l'élection avait été volée, certains sont déçus. Les trois quarts de ces protestataires ne comprennent pas ce qu'il est en train de se dérouler, le doute s'est installé. D'où les bons scores des républicains modérés lors des toutes premières primaires. 


Propos recueillis par Maëlane Loaëc

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