Midterms 2022 : la vague républicaine n'a pas eu lieu

États-Unis : comment certains États républicains tentent de dissuader les minorités de voter

Maëlane Loaëc (avec AFP) | Reportage TF1 : Axel Monnier, Matthieu Derrien et Julie Asher
Publié le 6 novembre 2022 à 17h45
JT Perso

Source : JT 13h WE

Aux États-Unis, les élections de mi-mandat auront lieu mardi.
En Géorgie, une nouvelle loi semble destinée à décourager le vote des Afro-américains.
Cette communauté avait été cruciale pour la victoire de Joe Biden en 2020.

Porte après porte, ils tentent de convaincre les indécis. À Sandy Springs, en Géorgie, des militants démocrates se sont déplacés en famille, pour encourager les citoyens à voter de façon anticipée, comme cela est possible aux États-Unis. S'ils montrent autant de ferveur, c'est que la Géorgie a adopté en mars 2021 une loi qui complique l’accès au vote, les élections américaines étant gérées au niveau local. Dans cet État au passé esclavagiste, et historiquement républicain, les démocrates remportent de plus en plus de victoires : Joe Biden a raflé 88% du vote noir en 2020. 

À l'approche des élections de mi-mandat du 8 novembre, qui débuteront mardi, le vote des minorités représente donc un enjeu crucial. "La Géorgie est le seul État américain où le vote noir peut changer le cours d'une élection", assure Dontaye Carter, responsable local du parti démocrate et lui-même militant noir, dans le reportage du 13H de TF1 en tête d'article. "C'est pour cela que l'on frappe aux portes, rien n'est joué d'avance. On a beau être visé par cette loi, on peut peser sur ce scrutin", poursuit-il.

De nouvelles règles contraignantes

Pour de nombreux militants républicains, l'élection de novembre 2020, qui a mis à la tête du pays le démocrate Joe Biden, a été volée au candidat de leur camp, Donald Trump. Une théorie alimentée par l'ancien président américain, sans aucune preuve. Dans le sillage de ce vote, les États dirigés par les républicains ont multiplié les réformes électorales sous prétexte de lutter contre la fraude. Pour les démocrates, ces nouvelles règles visent surtout à restreindre l'accès des minorités au vote, elles qui penchent historiquement de leur côté. 

En Géorgie, la nouvelle loi interdit par exemple de donner à boire ou à manger aux électeurs dans les files d’attente, alors même qu'en novembre 2020, certains ont dû attendre plus de sept heures pour pouvoir voter. Autre problème, une pièce d’identité est désormais exigible. Or, aux États-Unis, il n’existe pourtant pas d’équivalent à la carte d’identité et seulement un tiers des Américains possèdent un passeport. Les votants doivent donc utiliser le permis de conduire, et s'ils n'en ont pas ou qu'il a été suspendu, il ne leur est tout simplement pas possible de participer au scrutin.

"J'ai cru que j'étais de retour au temps de la ségrégation, ou pire, quand les Noirs ne pouvaient pas voter"

Jennifer Jones, doctorante

En outre, n’importe quel habitant de Géorgie peut dorénavant contester et mettre en doute la capacité d’une personne à voter, et ce, sans justification. "J'ai cru que j'étais de retour au temps de la ségrégation, ou pire, quand les Noirs ne pouvaient pas voter. Je suis convaincue que c'est parce que je viens d'un quartier noir et que je suis une femme démocrate", lance Jennifer Jones, une doctorante noire victime de cette nouveauté. 

Cette loi a été signée par le gouverneur républicain de Géorgie, Brian Kemp, en campagne pour sa réélection. Lors de l'un de ses meetings à Marietta, de nombreux militants présents doutent du fonctionnement du système électoral. C'est pour cela que l'une d'entre eux, Pamela Reardon, s'est engagée comme scrutatrice, en suivant une formation spécifique avec le parti républicain. "Les démocrates essaient de faire croire qu'il est difficile de voter ici, mais ces histoires de votes annulés, c'est archi faux", clame-t-elle. Selon cette militante républicaine convaincue, "tous ceux qui viennent dans mon bureau de vote, qu'ils soient noirs, blancs, violets ou verts, ils confirment tous la même chose : c'est très facile de voter".

Plusieurs autres États républicains mis en cause

La Géorgie n'est pas le seul État où les républicains sont accusés de discriminer certains électeurs. D'après le Brennan Center for Justice, un centre de recherches classé à gauche, une vingtaine d'États avaient ratifié des lois restreignant l'accès au vote en octobre 2021. 

Le mois dernier, les juges de la Cour suprême ont examiné la carte des circonscriptions de l'Alabama, redessinée en 2021 par les élus républicains et dans laquelle les votants noirs ne sont majoritaires que dans une seule circonscription sur sept, alors qu'ils représentent 27% de la population de l'État. La haute juridiction, à majorité conservatrice, pourrait en profiter pour rogner la portée de la grande loi sur les droits civiques de 1965, qui protège le droit de vote des Afro-Américains. Elle doit rendre sa décision avant le 30 juin. 

Autre exemple : en décembre 2021, l'administration de Joe Biden avait porté plainte contre l'État républicain du Texas, lui reprochant d'avoir également redessiné ses circonscriptions électorales, dans le but de diluer le vote des minorités noires et hispaniques. 

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Sans compter aussi un climat de tensions autour des bureaux de vote. En Arizona, des partisans de Donald Trump, souvent armés, ont installé des postes d'observation devant les urnes de vote anticipé, et intimident parfois les votants. Une pratique qu'un juge vient de déclarer illégale. Dans le Colorado, les membres d'un groupe baptisé "U.S. Election Integrity Project" auraient frappé "à pas moins de 10.000 portes d'électeurs" pour vérifier qu'aucune fraude n'était en cours, selon le Brennan Center for Justice. D'après lui, plus de la moitié des agents électoraux "craignent désormais pour la sécurité physique de leurs collègues". Les menaces contre ces agents atteignent des niveaux inquiétants dans sept États, signale le FBI. 


Maëlane Loaëc (avec AFP) | Reportage TF1 : Axel Monnier, Matthieu Derrien et Julie Asher

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