La Cour suprême révoque le droit à l'avortement, ouvrant la voie à son interdiction

États-Unis : une docteure qui a aidé une fillette de dix ans à avorter est menacée de poursuites judiciaires

Julien Moreau avec AFP
Publié le 15 juillet 2022 à 7h54
JT Perso

Source : JT 20h WE

Fin juin, le média local Indianapolis Star avait rapporté l’histoire d’une jeune fille de 10 ans obligée de changer d’État pour avorter.
La docteure Caitlin Bernard, pratiquant dans l’Indiana, a aidé la jeune fille.
Le procureur de l'État s’en est pris à la professionnelle de santé.

Les autorités de l'Indiana ont annoncé, ce jeudi 14 juillet, qu’ils enquêtaient sur une gynécologue qui a aidé une fillette de dix ans à avorter après un viol. En effet, une docteure de l’État de l’Indiana, Caitlin Bernard a rapporté, le 27 juin dernier, qu’elle avait reçu un appel d’un confrère de l’Ohio lui demandant d’aider une petite fille de 10 ans, enceinte depuis six semaines et trois jours.

Dans cet État du Nord, voisin de l'Indiana, la décision de la Cour suprême, le 24 juin, de ne plus garantir le droit à interrompre une grossesse, a immédiatement permis l'entrée en vigueur d'une loi interdisant d'avorter après six semaines de grossesse. Or la fillette, violée en mai par un homme qui a été arrêté mardi, avait dépassé ce terme. L'enfant a donc dû se rendre dans l'Indiana, qui n'a pas encore légiféré sur la question, pour pouvoir être prise en charge et avorter.

Le procureur de l'Indiana critique les agissements du docteur Bernard

Mais les responsables de l’Indiana, à majorité républicaine, sont hostiles au droit à l'avortement et envisagent d'interdire à leur tour la procédure. En attendant, le procureur général de l'État s'en est pris mercredi soir au Dr Bernard, l'accusant de ne pas avoir signalé aux autorités le dossier de la fillette, comme la loi locale l'y oblige en matière de pédophilie.

"Nous avons cette militante pro-avortement, qui se prétend docteure, et est connue pour ne pas effectuer les signalements requis", a déclaré Todd Rokita sur la chaîne Fox News. "Donc, nous rassemblons les informations, les preuves, et nous allons nous battre jusqu'au bout", a-t-il poursuivi en menaçant de révoquer "sa licence professionnelle, si elle ne nous a pas informés".

Elle n'a enfreint aucune loi

L'avocate de Caitlin Bernard

La juridiction de l'Indiana exige que les prestataires de soins de santé signalent les avortements qu'ils pratiquent au ministère de la Santé de l'Indiana, y compris si le patient a indiqué qu'il souhaitait être pris en charge pour un avortement à la suite d'abus. Et ne pas le signaler serait synonyme de délit.

"Ma cliente, le Dr Caitlin Bernard, a pris toutes les mesures appropriées conformément à la loi et à sa formation médicale et éthique en tant que médecin", a écrit Kathleen Delaney, son avocate, dans un e-mail que le média local l’Indy Star a pu se procurer. "Elle a suivi toutes les politiques, procédures et réglementations pertinentes en ce cas, comme elle le fait chaque jour pour prodiguer les meilleurs soins possibles à ses patients. Elle n'a enfreint aucune loi, y compris les lois sur la confidentialité des patients, et elle n'a pas été sanctionnée par son employeur", a-t-elle ajouté.

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Cette affaire tragique a été citée, vendredi 8 juillet, par le président démocrate Joe Biden pour décrier l'arrêt de la Cour suprême. "Dix ans ! Violée, enceinte de six semaines, déjà traumatisée et désormais obligée de se rendre dans un autre État !", a-t-il déclaré.

Mais jusqu'à l'arrestation du suspect, la presse conservatrice et plusieurs responsables d'Ohio avaient émis des doutes sur la véracité du drame. Dorénavant, les opposants à l'avortement reprochent aux défenseurs de ce droit d'"utiliser" la fillette pour promouvoir leur cause et imputent ses malheurs à la politique migratoire de Joe Biden, son agresseur présumé étant un immigré guatémaltèque en situation irrégulière.


Julien Moreau avec AFP

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