L'Alabama s'apprête à exécuter un condamné à mort par inhalation d'azote.
Une première mondiale, mais qui est dénoncée par l'ONU.
L'organisation a comparé ce mode d'exécution à une forme de "torture".

Les États-Unis n'auront pas reculé. L'État américain de l'Alabama s'apprête, jeudi 25 janvier, à mettre à mort un condamné par inhalation d'azote. Un processus encore jamais utilisé, mais qui suscite de nombreuses inquiétudes. Kenneth Eugene Smith, définitivement condamné en 1996 à la peine capitale pour le meurtre d'une femme commandité par son mari, sera le premier prisonnier à être exécuté en 2024, où 24 personnes ont subi le même sort en 2023, toutes par injection létale. À compter de jeudi 6h (heure locale) s'ouvrira la période de 36 heures durant laquelle il pourra être exécuté. 

C'est la seconde fois que Keneth Eugene Smith se trouve dans cette situation. Le 17 novembre 2022, il devait déjà être exécuté par une injection létale, mais l'opération avait été annulée in extremis, les perfusions intraveineuses pour lui injecter la solution mortelle n'ayant pu être posées dans le temps légalement imparti, après "avoir été attaché plusieurs heures", selon ses avocats. 

Pas de sédation

Cette fois, l'homme de 58 ans sera donc exécuté par inhalation d'azote, l'Alabama étant l'un des trois États américains - avec l’Oklahoma et le Mississipppi - autorisant les exécutions avec cette méthode, qui provoque le décès par hypoxie (raréfaction de l'oxygène). Mais ce procédé est largement décrié. Le 16 janvier dernier, le Haut-commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme s'tait dit "alarmé" cette exécution programmée "au moyen d'une méthode inédite et non testée, l'hypoxie à l'azote". Cela "pourrait constituer de la torture ou d'autres traitements cruels ou dégradants au regard du droit international", avait prévenu une porte-parole du Haut-Commissariat, Ravina Shamdasani, qui avait appelé à un sursis à cette exécution.

Car le protocole d'exécution par hypoxie à l'azote - un gaz neutre qui compose 78% de l'air - de l'Alabama ne prévoit pas de sédation, alors même que l'Association américain vétérinaire (AVMA) recommande d'administrer un sédatif aux animaux, même de grande taille, lorsqu'ils sont euthanasiés de cette façon. Selon l'agence Associated Press, le bureau du procureur général de l'État a quant à lui assuré à un juge fédéral que l'azote gazeux "provoquerait une perte de conscience en quelques secondes et causerait la mort en quelques minutes". 

Mais selon Le Monde, les défenseurs de Kenneth Eugene Smith remettent en cause cette version, avançant que des fuites d'oxygène dans le masque pourraient prolonger son agonie et que la méthode pourrait le faire vomir et s'étouffer ou le laisser dans un état végétatif. L'accusé, dont tous les recours ont été rejetés en Alabama, a même saisi la Cour suprême des États-Unis au motif que cette nouvelle tentative d'exécution violait ses droits constitutionnels, ainsi qu'une demande de sursis. 

Mais la plus haute juridiction du pays, à majorité conservatrice, a rejeté mercredi cette requête. Dans ses arguments écrits à la Cour suprême pour s'y opposer, l'État d'Alabama était même allé jusqu'à présenter l'hypoxie à l'azote comme "peut-être le mode d'exécution le plus humain jamais inventé".

Un juge est passé outre l'avis des jurés

Kenneth Eugene Smith a été reconnu coupable du meurtre en 1988 d'Elizabeth Dorlene Sennett, 45 ans, commandité par le mari de cette dernière, Charles Sennett, un pasteur lourdement endetté et infidèle, pour faire croire à un cambriolage qui aurait mal tourné. Malgré le suicide du mari, la police était remontée jusqu'aux deux meurtriers. Le complice de Kenneth Eugene Smith, John Forrest Parker, condamné à la peine capitale, a été exécuté en 2010. Kenneth Smith a également été condamné une première fois à la peine de mort, mais le procès avait été annulé en appel. Lors de son second procès en 1996, les jurés s'étaient divisés sur la sentence : 11 sur 12 avaient recommandé une peine de prison à perpétuité.

Mais dans son cas comme dans celui de son complice, le juge avait passé outre l'avis des jurés et l'avait condamné à la peine capitale, une possibilité existant à l'époque dans quelques États, mais désormais abolie sur l'ensemble du territoire américain. Dans son rapport annuel publié en décembre, l'observatoire spécialisé Death Penalty Information Center (DPIC) soulignait que la plupart des prisonniers exécutés en 2023 aux États-Unis "ne seraient probablement pas condamnés à mort aujourd'hui", en raison de la prise en compte notamment des problèmes de santé mentale et traumatismes des prévenus ou de changements législatifs pour prononcer la peine capitale. La peine de mort a été abolie dans 23 États américains, tandis que six autres observent un moratoire sur son application sur décision du gouverneur.


A.B. avec AFP

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