États-Unis : les utilisateurs de Tinder pourront vérifier le casier judiciaire de leurs "matchs"

Léa LUCAS
Publié le 12 mars 2022 à 7h29
JT Perso

Source : Sujet TF1 Info

Deux utilisateurs dont l'attirance est réciproque pourront vérifier leur casier judiciaire.
Les deux premières requêtes seront gratuites, les autres facturées 2,50 dollars.
Si des antécédents judiciaires sont avérés, les utilisateurs devront les signaler à Tinder.

Démasquer les profils dangereux. C'est l'objectif fixé par la célèbre application de rencontres en ligne Tinder. Celle-ci a annoncé qu'elle allait offrir à ses utilisateurs aux États-Unis la possibilité de vérifier le casier judiciaire des personnes pour lesquelles ils manifestent un intérêt. Si certains experts doutent de l'efficacité de cet outil, il est supposé renforcer sa sécurité.

Concrètement, comment cela va-t-il fonctionner ? Depuis l'application mobile, les membres américains de Tinder pourront accéder à Garbo - un site à but non lucratif permettant de faire des recherches sur des antécédents judiciaires - afin d'y entrer des informations basiques sur leur "match" (comme le prénom et le numéro de téléphone). Si plusieurs résultats correspondent à ces données, Garbo demandera des informations complémentaires, tel que l'âge de la personne. Au-delà des deux premières requêtes gratuites, chaque recherche sera facturée 2,50 dollars, auxquels s'ajouteront des frais de traitement. 

Dans le cas où des antécédents judiciaires seront avérés, les utilisateurs seront incités à les signaler auprès de Tinder. "Le meilleur indicateur de violences ou d'abus à venir, ce sont les antécédents révélant ce type de comportement", a justifié Kathryn Kosmides, fondatrice de Garbo. "Qu'il s'agisse de rencontres en ligne ou des dizaines d'autres façons de rencontrer des étrangers à l'ère numérique moderne, nous devons savoir si nous mettons potentiellement notre sécurité en danger", a-t-elle ajouté. Le site non lucratif ne prend toutefois pas en compte certains délits comme la possession de drogues ou encore le vagabondage.

Vers un faux sentiment de sécurité ?

Pour Sarah Lageson, professeure associée à l'École de justice pénale de l'université Rutgers-Newark, cette nouvelle fonctionnalité "a le potentiel de dissuader des personnes nuisibles d'utiliser l'appli, ce qui pourrait améliorer la sûreté des rencontres en ligne à court-terme". Mais d'un autre côté, "la plupart des gens qui manifestent un comportement nuisible n'ont pas de casier judiciaire", a-t-elle alerté. Ainsi, "se baser sur le système pénal, avec tous les défauts qu'on lui connaît, n'est peut-être pas l'outil le plus utile pour évaluer le risque posé par un étranger."

L'universitaire a également souligné le caractère incomplet des informations présentes dans les casiers judiciaires, ainsi que leur biais racial, conséquence des inégalités face à la justice américaine. "Beaucoup de prédateurs sexuels blancs n'ont pas de casier judiciaire, tandis que de nombreuses personnes noires en ont un qui est erroné ou injuste", a noté la chercheuse.

Le risque principal, a estimé quant à elle Nicole Bedera, chercheuse spécialisée sur les violences sexuelles, est de créer un "faux sentiment de sécurité" pour les utilisateurs de Tinder. "Il y a de nombreuses barrières structurelles dans le système pénal qui permettent à des violeurs puissants et privilégiés de ne pas avoir à rendre de compte".

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À noter que cette fonctionnalité découle d'un récent partenariat entre Tinder et Garbo. Match Group, la maison mère de Tinder, a investi l'an dernier dans ce site spécialisé dans les recherches sur des antécédents judiciaires, basés sur des données publiques. L'argent collecté dans le cadre de cette collaboration servira donc à financer les activités de Garbo.


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