Aux États-Unis, l’avenir de l’application chinoise TikTok s’inscrit de plus en plus en pointillé.
Un projet de loi vise à faire interdire la plateforme de courtes vidéos sur le sol américain.
En réaction, le réseau social a incité ses utilisateurs à appeler des membres du Congrès américain pour se plaindre.

 L'étau se resserre autour de TikTok. Le réseau social chinois est depuis plusieurs mois dans le collimateur des autorités américaines, de nombreux responsables estimant que l'ultrapopulaire plateforme de vidéos courtes et virales permet à Pékin d'espionner et de manipuler ses 170 millions d'utilisateurs aux États-Unis. L'entreprise ByteDance, la maison mère de TikTok, a toujours nié ces accusations. 

Mercredi dernier, la Maison-Blanche a apporté son soutien à un projet de loi du Congrès américain visant à faire interdire TikTok aux États-Unis, à moins que le réseau social ne coupe ses liens, dans un délai de 165 jours, avec l'entreprise ByteDance, et plus largement avec la Chine. La proposition de loi, portée par une vingtaine d'élus américains, démocrates comme républicains, a été approuvée à l'unanimité jeudi dernier lors d'un vote en commission sénatoriale. 

La réaction du réseau social ne s'est pas fait attendre. "Cette législation a un objectif prédéterminé : l'interdiction totale de TikTok aux États-Unis... et la destruction des moyens de subsistance d'innombrables créateurs à travers le pays", a déclaré l'entreprise, dans un communiqué. Craignant de perdre son plus gros marché, la plateforme a incité ses utilisateurs à appeler leurs représentants pour se plaindre. 

Une partie d'entre eux a reçu jeudi matin une notification urgente, avec le message suivant : "Passez à l'action : Exprimez-vous contre la fermeture de TikTok". L'alerte renvoyait à une page invitant les utilisateurs à saisir leur code postal, puis leur fournissait un lien direct pour appeler leur représentant au Congrès, rapporte un article en ligne de la chaîne américaine CBS News

ByteDance a utilisé l'application comme une arme contre l'Amérique
Le bureau d'un élu républicain de Floride

Des membres du Congrès américain ont confirmé que leurs bureaux ont été inondés d'appels jeudi et vendredi. Un porte-parole de Neal Dunn, un élu républicain de Floride qui participé à l'élaboration du projet de loi, a déclaré à la BBC qu'il avait reçu "plus de 900 appels de TikTokeurs", dont beaucoup étaient des enfants. "ByteDance a utilisé l'application comme une arme contre l'Amérique, et c'est exactement la raison pour laquelle le membre du Congrès soutient cette mesure", a déclaré son bureau, dans un communiqué.

"En fait, ils prenaient le téléphone, appelaient le bureau et demandaient : 'Qu'est-ce qu'un membre du Congrès ? Qu'est-ce que le Congrès ? Ils n'avaient aucune idée de ce qui se passait"", a relaté, auprès d'ABC News, Raja Krishnamoorthi, un élu démocrate de l'Illinois, membre de la commission de la Chambre des représentants sur la concurrence stratégique entre les États-Unis et le Parti communiste chinois (PCC). 

Des utilisateurs ont menacé de se suicider

Certains appelaient pour proférer des insultes, quand d'autres menaçaient "de se suicider ou de se faire du mal", a rapporté à la BBC un porte-parole de Ritchie Torres, un élu démocrate de New York.  "Nous avons eu des interlocuteurs qui semblaient avoir 12 ans et d'autres qui semblaient avoir une soixantaine d'années", a fait savoir un porte-parole de Dusty Johnson, un élu républicain du Dakota du Sud. 

Bien que le projet de loi ait bénéficié d'un soutien bipartisan lors de son adoption, il a été critiqué par l'ancien président Donald Trump. "Si vous vous débarrassez de TikTok, Facebook et Zuckerschmuck doubleront leurs affaires", a-t-il déclaré, qualifiant ce dernier de "véritable ennemi du peuple" sur la plateforme Truth Social (accessible uniquement depuis les États-Unis, ndlr).

Le réseau social est aussi dans le collimateur du gendarme européen du numérique pour des manquements présumés en matière de "protection des mineurs" et des "risques liés à la conception addictive" de la plateforme. Bruxelles a annoncé le mois dernier avoir ouvert une enquête. "En tant que plateforme touchant des millions d'enfants et d'adolescents, TikTok a un rôle particulier à jouer dans la protection des mineurs en ligne", avait déclaré le commissaire européen Thierry Breton.


Matthieu DELACHARLERY

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