Un juge texan a annoncé vendredi suspendre l'autorisation de mise sur le marché de la mifépristone, la principale pilule abortive utilisée aux États-Unis.
Juriste au sein d'une organisation chrétienne, il a été nommé à ce poste par l'ancien président républicain Donald Trump.
Un magistrat connu pour ses positions très conservatrices, notamment anti-LGBT.

À lui seul, le juge fédéral Matthew Kacsmaryk a pris une décision qui pourrait avoir un impact aussi retentissant que l'arrêt de la Cour suprême américaine de juin dernier, qui avait dynamité le droit à l'avortement dans le pays. Il a annoncé vendredi suspendre l'autorisation de mise sur le marché de la mifépristone (RU 486), la principale pilule abortive aux États-Unis, utilisée chaque année par un demi-million d'Américaines. Une décision censée s'appliquer à l'ensemble du pays. Nommé à son poste par l'ancien président républicain Donald Trump, ce juge texan est connu pour ses vues ultraconservatrices de longue date. 

Ces dernières semaines, les projecteurs étaient braqués sur cet homme de 45 ans, depuis qu'une coalition de militants anti-IVG a déposé plainte à Amarillo, au Texas, contre l'Agence américaine du médicament (FDA) pour avoir autorisé cette pilule il y a plus de 20 ans, alors même que la majorité de la communauté scientifique a jugé les risques liés à la mifépristone négligeables. Matthew Kacsmaryk étant le seul juge fédéral dans cette ville, le dossier avait naturellement atterri sur son bureau, suscitant des sueurs froides chez les défenseurs du droit aux interruptions de grossesse. Les plaignants ont choisi un magistrat "radical", s'était notamment inquiété Jennifer Dalven, de la puissante association américaine de défense des droits civiques ACLU. Ces craintes se sont avérées justifiées, puisque le juge texan a donné raison aux militants vendredi.

"L'enfant passe après les désirs des adultes"

Un combat lié à son parcours personnel : Matthew Kacsmaryk et son épouse ont perdu en 2006 leur premier enfant, mort-né. Il s'était ensuite engagé au sein d'une organisation chrétienne du Texas, qui proposait des services d'hébergement et d'adoption aux femmes enceintes, comme alternative à l'avortement, selon le New York Times. Il est aussi venu en aide à sa sœur Jennifer Griffith, lorsque celle-ci a donné naissance à 17 ans à un enfant, ensuite placé à l'adoption. Pour cette dernière, son frère est la bonne personne pour trancher le dossier mifépristone. "Il est fait pour ça", a-t-elle déclaré dans un entretien accordé au Washington Post. "Il est exactement là où il doit être."

De leur côté, les rangs conservateurs ont apporté un franc soutien au magistrat, qui a "défendu les libertés religieuses devant la justice", a écrit notamment Carrie Severino, qui dirige le lobby Judicial Crisis Network. Avant d'être nommé juge fédéral par l'ex-président républicain Donald Trump, en 2017, Matthew Kacsmaryk a en effet été juriste au sein du First Liberty Institute, une organisation qui défend les vues de la droite religieuse devant les tribunaux, y compris anti-LGBT. 

Elle a ainsi représenté par exemple des pâtissiers qui, au nom de leur foi chrétienne, ne voulaient pas faire de gâteau de mariage pour un couple homosexuel, ou encore un entraîneur sportif dans une école publique licencié après avoir prié avec des élèves. À ce poste, le juriste a entre autres dénoncé la décision historique de la Cour suprême de légaliser le mariage homosexuel et s'est opposé à l'usage par les personnes transgenres des toilettes du sexe auquel elles s'identifient.

Dans ses premiers écrits, le magistrat affirmait que "les relations homosexuelles sont 'désordonnées' et 'contraires à la loi naturelle'", cite The Guardian. Dans un article publié en 2015, il s'est aussi opposé à la "révolution sexuelle (...) prônée par des libertaires athées", pour qui "le mariage, la sexualité, le genre, l'identité et même l'enfant passent après les désirs des adultes"

Lors de son processus de confirmation au Sénat, qui avalise les juges choisis par les présidents, il a été malmené par les démocrates, qui lui avaient tous refusé leur vote. "Mr. Kacsmaryk a manifesté une hostilité envers la communauté LGBTQ qui frôle la paranoïa", l'avait notamment accusé le sénateur Chuck Schumer, le décrivant comme un homme "borné" et "bigot", d'après le quotidien britannique. Lui a juré qu'une fois en poste, il jugerait en toute impartialité sans laisser ses convictions influencer ses décisions. Il avait été confirmé de peu, avec 52 voix contre 46, selon la chaîne américaine CNN.

"Juge extrémiste"

Jusqu'alors, depuis sa prise de fonctions à Amarillo, Matthew Kacsmaryk a surtout géré des affaires de droit commun. Mais il a tout de même donné tort à l'administration du président Joe Biden dans un dossier migratoire. Il a également soutenu un père qui attaquait un programme fédéral finançant la contraception de mineurs sans l'accord de leurs parents, mettant fin à ce programme au Texas, une décision contrée par un appel. 

Après l'annonce de la suspension de la pilule abortive, l'ancienne cheffe des démocrates à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a fustigé "un juge extrémiste", tandis que son successeur Hakeem Jeffries a cinglé un "juge voyou". De son côté, le président Joe Biden s'est dit déterminé à "combattre" cette décision, tandis que le ministère américain de la Justice a annoncé qu'il allait faire appel. Mais le dossier devrait in fine aboutir devant la Cour suprême des États-Unis, celle-là même qui avait détricoté le droit à l'IVG en juin dernier, permettant à une quinzaine d'États de l'interdire sur leur sol.


Maëlane LOAËC (avec AFP)

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