Midterms 2022 : la vague républicaine n'a pas eu lieu

États-Unis : qui sont ces "bébés-Trump" qui pourraient faire leur entrée au Congrès après les midterms ?

par Frédéric SENNEVILLE
Publié le 1 novembre 2022 à 19h52, mis à jour le 8 novembre 2022 à 10h58
JT Perso

Source : JT 13h WE

Les électeurs américains sont appelés aux urnes ce mardi 8 novembre.
La Chambre des représentants et un tiers du Sénat vont être renouvelés.
Plusieurs candidats, qui contestent encore la défaite de Donald Trump en 2020, devraient entrer au Congrès.

On les appelle les "bébés-Trump". Ce sont de nouveaux candidats républicains, au Sénat, à la Chambre des représentants ou au poste de gouverneur d'État, qui ont en commun d'adhérer à la thèse de Donald Trump d'une élection présidentielle truquée en 2020. Deux ans après la victoire de Joe Biden, que des partisans de l'ancien président avaient cherché à empêcher en envahissant le Capitole, plusieurs d'entre eux vont vraisemblablement entrer au Congrès en portant ce récit, voire grâce à cela. 

C'est l'origine de leur autre surnom, les "négateurs", les "deniers" en anglais, ceux qui considèrent que la présidence de Joe Biden n'est pas légitime. Selon le décompte du site spécialisé FiveThirtyEight, près de 60% des électeurs américains se trouvent dans une circonscription où ils auront l'occasion de voter pour l'un d'eux. Petit tour d'horizon des figures émergentes de ce courant du parti républicain, dont Donald Trump a soutenu les candidatures.

J.D. Vance, la foi du converti

Lui n'est pas un "trumpiste" de la première heure, mais il prêche désormais la parole de l'ancien président avec la ferveur du converti. Ancien militaire de 38 ans, qui a servi durant la guerre en Irak comme correspondant de guerre, James David Vance s'est surtout fait connaître par un récit autobiographique publié en 2016. Le témoignage de cet enfant de la classe moyenne de l'Ohio avait alors été considéré, y compris par la presse de gauche, comme une clé de compréhension sociologique du vote pour Donald Trump la même année. 

Très critique de l'ancien président dans des articles publiés au début du mandat de celui-ci, J.D. Vance a commencé à changer d'opinion en 2018, pour devenir ensuite un des principaux zélateurs de son action. Il a exprimé plusieurs fois sa conviction que l'élection de 2020 avait été volée à Donald Trump, qui l'a finalement adoubé en avril dernier. "J.D. veut tellement mon soutien qu'il me fait de la lèche", s'est récemment moqué l'ancien président républicain, lors d'un meeting pour soutenir ce poulain qui brigue le poste de sénateur de l'Ohio. J.D. Vance se signale par des positions très conservatrices. Opposé à l'avortement, anti-immigration, admirateur déclaré du Premier ministre hongrois Viktor Orban pour sa politique nataliste, il estime aussi que "les parents devraient avoir plus leur mot à dire sur le fonctionnement de la démocratie", que ceux qui n'ont pas d'enfants.

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Mehmet Oz, médecin-vedette et multimillionnaire

Mehmet Oz n'est pas un soutien de la dernière heure de Donald Trump. Chirurgien, star du petit écran pour ses émissions médicales, et immensément riche, il est candidat au siège de sénateur de Pennsylvanie, l'un des plus disputés de l'élection qui s'annonce. Âgé de 62 ans, né à Cleveland (Ohio) de parents venus de Turquie, Mehmet Oz avait affiché son soutien à Donald Trump dès la campagne électorale de 2016, en invitant dans son émission de télévision celui qui était alors candidat à l'élection présidentielle. Donald Trump lui renverra l'ascenseur deux ans plus tard, en nommant à la tête du Conseil des Sports et de l'Alimentation celui dont les positions favorables aux médecines alternatives sont pourtant très controversées pour la communauté scientifique. 

Il a applaudi la récente décision de la Cour suprême d'annuler le droit à l'avortement au niveau fédéral, prôné pendant un temps l'utilisation de l'hydroxychloroquine contre le Covid-19, et se veut partisan de la fracturation hydraulique, technique controversée employée pour l'extraction du gaz de schiste. Sur plusieurs sujets, Oz semble toutefois avoir durci, voire modifié ses positions depuis qu'il est entré en campagne. Par exemple, s'il s'était montré plutôt partisan de l'action du docteur Fauci, conseiller médical de la Maison Blanche pendant la crise du Covid-19, il le traite désormais de "tyran", emboîtant ainsi le pas de son mentor, Donald Trump.

Kari Lake, "négatrice" et girouette

Ex-présentatrice vedette d'une chaîne de télévision de l'Arizona, Kari Ann Lake a souvent changé de camp. D'abord encartée chez les républicains, elle s'est ensuite déclarée indépendante, avant de rejoindre le camp démocrate en 2008. Elle fut à ce titre un fervent soutien du candidat Barack Obama, avant de revenir dans le giron républicain à partir de 2012. En 2021, elle s'est lancée dans la campagne pour le siège de gouverneure de l'Arizona, se déclarant "la candidate de Trump", et ne cesse depuis de marteler que l'élection présidentielle de 2020 a été volée à celui-ci. Si elle compte parmi les plus fervents "négateurs" du scrutin de 2020, cette position est commune à tous les candidats qui revendiquent le soutien de Donald Trump.

Pendant la crise du Covid-19, elle a animé des meetings contre le port du masque obligatoire, s'est déclarée contre la vaccination, et a chanté, elle aussi, les louanges de l'hydroxychloroquine. Elle tient l'avortement pour "le péché ultime", promet de renvoyer chez eux les migrants clandestins immédiatement, et de terminer la construction du mur commencée sous Donald Trump à la frontière entre l'Arizona et le Mexique. Quand CNN lui a demandé si elle-même accepterait le résultat de l'élection du 8 novembre, la candidate de 53 ans a répondu : "Je vais gagner l'élection, c'est le résultat que j'accepterai".

Herschel Walker, le mythomane

Âgé de 60 ans, Herschel Walker est un ancien joueur de football américain, dans une franchise dont Donald Trump était le propriétaire. Soutien de celui-ci au cours des campagnes électorales de 2016 et 2020, Walker s'est lancé dans la course pour le siège de sénateur de Géorgie détenu par le démocrate Raphael Warnock, le premier sénateur noir jamais élu dans cet État du sud. Donald Trump est un fervent soutien de l'ancien sportif, qu'il avait, lui aussi, nommé au Conseil des Sports et de l'Alimentation, comme Mehmet Oz - tous deux ont été débarqués ensuite par Joe Biden. "Il sera impossible de l'arrêter, comme lorsqu'il était sportif", plaide notamment l'ancien président en meeting. 

L'ancien footballeur, accusé de violences par d'ex-compagnes, aligne les gaffes depuis son entrée en lice, et les révélations se succèdent, qui mettent en cause ses déclarations et sa profession de foi. Ainsi, Herschel Walker semble s'être inventé de toutes pièces un passé d'agent du FBI, qu'il continue d'affirmer malgré son incapacité à le prouver. En bon candidat trumpiste, il professait en début de campagne une opposition radicale au droit à l'avortement, sans exception. Or, des témoignages l'accusent d'avoir financé l'avortement de deux de ses anciennes campagnes. Il a depuis modéré sa position, admettant des exceptions à l'interdiction, tout en restant hostile à l'avortement. Il est, lui aussi, un ardent propagateur des théories réfutant la victoire de Joe Biden en 2020, le minimum requis pour obtenir le soutien de Donald Trump, et a même mis en doute que l'invasion du Capitole était due à ses partisans. 

J.R. Majewski, le faux vétéran

Candidat à la Chambre des représentants dans une circonscription du nord de l'Ohio, J.R. Majewski y affrontait avec un certain brio Marcy Kaptur, députée démocrate depuis près de quarante ans, le record pour une parlementaire américaine. C'était avant que les révélations ne se mettent à pleuvoir, notamment sur ses pedigrees militaire et scolaire. Le républicain de 42 ans, qui se présentait comme un "vétéran pour le Congrès", racontait avec lyrisme son expérience en Afghanistan, lors de l'offensive déclenchée après le 11 septembre 2001. Or, personne ne trouve trace de sa présence parmi les militaires déployés dans ce pays. Il semble que l'activité militaire de Majewski à cette époque se soit limitée au déchargement du fret sur une base du Qatar. Ses diplômes prestigieux, avec mention, ont également disparu de la biographie de son site de campagne, après la mise en doute de leur véracité.

Majewski a une autre particularité, qui lui a valu le soutien officiel de Donald Trump : il faisait partie des manifestants qui ont envahi le Capitole le 6 janvier 2020, pour tenter d'empêcher la validation de l'élection de Joe Biden. Il appartient ainsi aux candidats de ce scrutin du 8 novembre qui faisaient écrire récemment au New York Times : "Une poignée de républicains qui avaient obéi à l'appel de Donald Trump de marcher sur le Capitole, se battent maintenant pour retourner à Washington comme députés". Le financement de JR Majewski par le groupe parlementaire des républicains s'est interrompu depuis cette série de révélations, et si les pronostics sont encore serrés, sa campagne semble marquer le pas.


Frédéric SENNEVILLE

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