Ukraine : le pont de Crimée visé par une énorme explosion

Explosion sur le pont de Crimée : comment l'édifice est-il protégé ?

par Matthieu DELACHARLERY
Publié le 8 octobre 2022 à 19h34
JT Perso

Source : JT 13h WE

Un camion piégé a déclenché un vaste incendie sur le pont de Crimée qui, enjambant le détroit de Kertch, relie la péninsule annexée à la Russie.
Construit à grands frais sur ordre de Vladimir Poutine en 2018, il était réputé impénétrable.

Symbole de l'annexion de la péninsule, le pont de Crimée a été endommagé ce samedi matin par une puissante explosion attribuée par Moscou à un camion piégé. L’édifice de 18 kilomètres de long, inauguré en grande pompe par Vladimir Poutine en 2018, est un axe stratégique pour les opérations militaires russes dans le sud de l’Ukraine. 

Cette attaque, qui survient au lendemain du 70e anniversaire du président russe, est aussi un camouflet pour la Russie. Le Kremlin redoutait depuis longtemps une attaque surprise de cette infrastructure-clé.

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En avril dernier, le responsable du Conseil de sécurité ukrainien, Alexeï Danilov, avait déclaré que son pays sauterait sur l’occasion s’il "voyait une possibilité de frapper le pont de Crimée". Le Conseil de sécurité russe avait rétorqué que l’ouvrage était le plus protégé du monde, rapporte le New York Times. Pour l’heure, Kiev n'a pas officiellement revendiqué de responsabilité dans cette attaque. 

"Il y a seulement 3 mois, la propagande russe affirmait que le pont de Crimée était impossible à attaquer en raison de 20 modes de protection différents qui le recouvraient, y compris des dauphins militaires [...] Quel échec colossal", a ironisé ce samedi sur Twitter Elizabeth Tsurkov, chercheuse au Newlines Institute for Strategy and Policy. En mai dernier, un article du tabloïd Komsomolskaïa Pravda, ouvertement pro-Kremlin, listait les différentes couches de défense présentées comme "impénétrables" dont l’édifice bénéficie pour se prémunir d’une éventuelle d’attaque ukrainienne, qu’elle soit terrestre, maritime ou aérienne.

Aux abords de cet ouvrage, en plus des systèmes de défense antiaérienne (Pantsir S-1 et Tor, entre autres), deux régiments mobiles de missiles S-400 forment "un dôme de protection d’un diamètre de 400 kilomètres". Sous l’eau, des dauphins militaires effectueraient des patrouilles et des nageurs de combat seraient toujours prêts à intervenir. En cas d'intrusion à moins de 100 mètres du pont, un signal audio très puissant, pouvant atteindre le seuil de douleur, se déclenche automatiquement pour éviter, par exemple, qu'un plongeur place des charges explosives au niveau de ses fondations.

L'explosion est attribuée par Moscou à un camion piégé. La présidence ukrainienne a quant à elle suggéré qu'elle était plutôt le résultat d'une lutte interne dans les cercles du pouvoir à Moscou, assurant y voir une "piste russe" : le véhicule ayant explosé, étant entré sur le pont depuis le côté russe. A chaque embouchure du pont, des complexes radiotechniques d'inspection de type ST-6035 ont été installés, selon le média en ligne Nexta. Théoriquement, grâce aux rayons X et au spectre infrarouge, ces installations auraient dû être en mesure de détecter des traces d’explosifs ou de produits chimiques. Le Kremlin a annoncé samedi qu'une enquête a été ouverte pour faire la lumière sur l'explosion, sans accuser dans l'immédiat l'Ukraine.


Matthieu DELACHARLERY

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