"Injuste et incompréhensible" : plus de 400 ressortissants français, italiens et belges bloqués au Maroc depuis un mois

par Léa COUPAU
Publié le 30 décembre 2021 à 6h02

Source : JT 20h Semaine

RESTRICTIONS FRONTALIÈRES - Près de 400 personnes, dont de nombreux ressortissants français, sont bloqués au Maroc et espèrent un rapatriement depuis fin novembre. Avec la fermeture des frontières maritimes par lesquelles ils sont arrivés, ils ne peuvent rentrer chez eux. Témoignages.

Cela devait être l'aventure de leur vie et l’histoire a viré au cauchemar. Toute la journée, à chaque instant, Jaouad et Hajer Ait Ameur attendent désespérément le coup de fil des autorités consulaires françaises. Arrivé fin août pour s’accoutumer à la vie marocaine, sans y parvenir, le couple de Parisiens se retrouve aujourd’hui coincé sur place depuis plus d’un mois et n’espère qu’une chose : une date de rapatriement. “C’est extrêmement difficile. On appelle tous les jours l’ambassade et les consulats. On a l’impression d’être au fin fond de l’océan”, se désespèrent-ils auprès de LCI.

Français, Italiens, Belges… grâce aux réseaux sociaux, les presque trentenaires ont compris qu'ils n'étaient pas les seuls, en récoltant près de 400 témoignages de personnes dans la même situation. Tous en appellent aux autorités compétentes pour sortir de l'impasse. “On demande juste une fenêtre de tir pour partir d’ici”, alertent-ils.

Une date reportée au 31 janvier 2022

Revenons en arrière. Le 29 novembre, Rabat décide de fermer ses frontières avec l’Hexagone face au nouveau variant Omicron qui se répand en Europe. Des vols spéciaux, soumis à l’autorisation des autorités marocaines, sont rapidement organisés pour les personnes n’ayant pas pu rentrer en France. Une solution inespérée pour des milliers de ressortissants - ils étaient 20.000 au 30 novembre -, mais pas pour Jaouad et Hajer Ait Ameur arrivés par voie maritime au Maroc, avec leur propre véhicule.

Pour le couple, rien n’est encore perdu à cet instant : la mesure n'est alors censée durer que deux semaines. “On s’est dit qu’on allait repartir après ce délai”, explique Hajer Ait Ameur qui reporte leur date d’embarquement avec la compagnie maritime, fin décembre. En attendant le départ, ils “déposent le préavis de l'appartement” et vendent tout ce qu’ils peuvent. “Nos valises étaient prêtes”, souligne le mari.

Mais c’était sans compter la prorogation de dernière minute de la mesure. Le 10 décembre, les autorités marocaines annoncent qu'elles repoussent la réouverture de leurs frontières au 31 décembre. Quelques jours plus tard, elles prolongent de nouveau au 31 janvier 2022.

C’est la douche froide pour le couple qui ne souhaite pas prendre l'avion et donc se séparer de son véhicule. “C'est impossible de repartir sans. C’est mon moyen de travail”, prévient Jaouad Ait Ameur, journaliste. En mars 2021, le Maroc avait déjà cloisonné ses frontières pour freiner la propagation de l’épidémie jusqu’à la mi-juillet. Pour le Parisien, “on court vers la même situation. On va rester bloqués au moins jusqu’en mars ou en juin".

Seule solution : direction l'ambassade et les consulats. "On a tout fait, mais personne ne nous a reçus", tance le mari. En quelques clics et en deux ou trois jours, le ressortissant recueille alors pas moins de 400 témoignages similaires au sien sur les réseaux sociaux. “L'union fait la force, avance-t-il. Dedans, il y a des retraités, des familles, des enfants. Beaucoup sont en train de perdre leurs revenus et ne touchent rien. Pourtant, ils ont l’hôtel à payer et un loyer en France à régler. Moi-même, j’ai dû refuser des contrats parce que je ne pouvais pas rentrer à Paris.” Sans compter “ceux qui n’arrivent pas à mettre la main sur leurs médicaments au Maroc", ajoute Hajer Ait Ameur.

"Injuste et incompréhensible"

“Je trouve ça incroyable”, s’époumone Nadia Pion auprès de LCI, obligée de compter le moindre sou. Arrivée le 27 octobre avec son mari Nicolas, elle prévoyait de faire du Maroc une étape avant un tour du monde, tant espéré par le jeune couple. “C’est le projet de notre vie”, insiste-t-elle, jugeant impossible de quitter le territoire sans leur caravane. “On y a mis toutes nos économies. Et puis, pour la mettre où ? On ne peut pas financièrement louer un garage pendant des mois.”

Là encore, “on n'a reçu aucune réponse de la part de l'ambassade et le consulat lui renvoie la balle.  On se sent pris en otage. On est ressortissant français, avec un passeport français et il n'y a pas de solution. C’est hallucinant !”, fustige Nadia Pion.

Se sentant complètement abandonnés, ces Français en veulent aux autorités sur place et continuent de les interpeller tous les jours. “Je ne vois pas pourquoi c’est si compliqué d’affréter un bateau pour nous laisser repartir”, appuie le couple de Tourangeaux, qui souligne que les liaisons maritimes commerciales, elles, continuent. "C'est injuste et incompréhensible !"

Sur le site de l’ambassade de la France, il est écrit que seules les liaisons aériennes dans le sens Maroc-France sont autorisées et sous certaines conditions. Les voies terrestres et maritimes sont, elles, suspendues “jusqu’à nouvel ordre”, sans autre information.

Contactés par LCI, les services du ministère de l’Europe et des affaires étrangères à Paris et au Maroc assurent être “mobilisés” et au courant de la situation, commente une source diplomatique. Face aux nombres de témoignages, ils ajoutent qu'ils sont prêts à “apporter un soutien aux compatriotes bloqués suite à la suspension des liaisons aériennes et maritimes entre le Maroc et la France”, continue la source. De son côté, le cabinet du ministre de Jean-Baptiste Lemoyne promet de prendre attache avec l’ambassade de France pour faire avancer la situation.

Face au mur, et sans perspective, les deux couples craignent dorénavant que leurs visas touristiques, prévus pour 3 mois, viennent à se périmer pour une situation qu’ils n’ont pas voulue.


Léa COUPAU

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