Fin de l'opération Barkhane : retour sur neuf ans d'engagement militaire français au Sahel

Thomas GUIEN
Publié le 17 février 2022 à 9h20
JT Perso

Source : TF1 Info

CONFLIT - Emmanuel Macron a annoncé jeudi 10 juin la "fin de l'opération Barkhane en tant qu'opération extérieure". Objectif : réduire à moyen terme la présence militaire française dans la zone, après des années d'enlisement du conflit.

Poussés dehors par les "obstructions" de la junte au pouvoir à Bamako, la France et ses partenaires européens ont officialisé jeudi leur retrait militaire du Mali au terme de neuf ans de lutte antidjihadiste menée par Paris. "En raison des multiples obstructions des autorités de transition maliennes, le Canada et les états Européens opérant aux côtés de l'opération (française) Barkhane et au sein de la Task Force Takuba estiment que les conditions ne sont plus réunies pour poursuivre efficacement leur engagement militaire actuel dans la lutte contre le terrorisme au Mali et ont donc décidé d'entamer le retrait coordonné du territoire malien de leurs moyens militaires respectifs dédiés à ces opérations", soulignent-ils dans une déclaration conjointe. 

Paris et ses partenaires souhaitent toutefois "rester engagés dans la région" sahélienne et "étendre leur soutien aux pays voisins du Golfe de Guinée et d'Afrique de l'Ouest" pour contenir la menace jihadiste. Les "paramètres" de cette réorganisation seront arrêtés "d'ici juin 2022", dix ans après ses prémices. 

Retour en 2012. À l'époque, des rebelles indépendantistes - vite évincés par leurs alliés islamistes associés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dont Ansar Dine - prennent le contrôle des trois régions du Nord du Mali. À savoir Kidal, Gao puis Tombouctou. Leur progression est rapide, trop même du gout de Paris. Le 11 janvier 2013, la France lance l'opération Serval au Mali pour enrayer la progression des jihadistes. 

Serval remplacé par Barkhane en août 2014

Fin janvier, les soldats français reprennent Gao, entrent sans combat dans Tombouctou et s'emparent de l'aéroport de Kidal. Peu après, le président François Hollande est accueilli en libérateur. Le 1er juillet, la Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) prend le relais d'une force panafricaine. Mais en mai 2014, le vent tourne : l'armée malienne essuie une cuisante défaite à Kidal, quand des groupes rebelles touareg et arabes reprennent le contrôle de la ville.  Le 1er août, Serval est alors remplacée par Barkhane, une opération à vocation régionale forte de 3.000 soldats français au Sahel. Ils sont désormais 5.100.

À partir de 2015, le conflit évolue. Les attaques se multiplient contre les forces sahéliennes ou étrangères, ainsi que des lieux fréquentés par des étrangers. Le 20 novembre, un attentat contre l'hôtel Radisson Blu fait 20 morts, dont 14 étrangers. Puis, en mars 2017, les djihadistes liés à Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), dont les groupes de l'Algérien Mohktar Belmokhtar et du prédicateur radical peul Amadou Koufa, se fédèrent en un "Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans" (GSIM), dirigé par Iyad Ag Ghaly.

Le chef d'Aqmi tué en juin 2020

Au fil des ans, la région est aux prises avec le groupe Etat islamique au grand Sahara (EIGS), auteur d'une série d'attaques d'ampleur fin 2019 contre des bases militaires au Mali et au Niger. Il est désigné ennemi numéro un lors du sommet de Pau (Sud-Ouest de la France) de janvier 2020 entre Paris et ses partenaires du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad). Il faut attendre 2020 pour voir la coalition enregistrer ses principaux succès. Le 4 juin, le chef d'Aqmi, l'Algérien Abdelmalek Droukdel, est tué par Barkhane au Mali. En novembre, c'est au tour de Bah Ag Moussa, "chef militaire" du GSIM, d'être abattu par la France.  Mais les jihadistes ne lâchent pas leur emprise. L'EIGS tue six humanitaires français en août 2020 au Niger. Al-Qaïda poursuit ses attaques.

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Alors que l'année 2021 débute et que le conflit s'enlise, la présence française dans cette région est remise en cause. En février 2021, lors d'un sommet à N'Djamena avec le G5 Sahel, Emmanuel Macron repousse la décision attendue d'entamer un retrait et annonce qu'il ne compte pas réduire "dans l'immédiat" les effectifs de Barkhane. Revirement de situation, le 3 juin : à la suite d'un second coup d'État militaire en neuf mois au Mali, Paris suspend ses opérations militaires conjointes avec Bamako. Quelques jours plus tard, le 10 juin, Emmanuel Macron détaille sa nouvelle politique dans le Sahel : il annonce "la fin de l'opération Barkhane en tant qu'opération extérieure" avec la fermeture de bases de l'armée française. Et conditionne la reprise d'une coopération militaire avec le Mali à des engagements "clairs" de non-dialogue avec les jihadistes.


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