Histoire, influence, présence en France : qui sont les Frères musulmans ?

par J.F
Publié le 25 octobre 2023 à 20h12

Source : Sujet TF1 Info

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a remis sur le devant de la scène les Frères musulmans et leur influence, en accusant le footballeur Karim Benzema d'avoir des liens "notoires" avec l'organisation politique islamiste.
Pourquoi cette dernière est-elle critiquée ? Quelles sont ses raisons d'être ?
Voici tout ce qu'il faut savoir sur les Frères musulmans et leur influence.

À l'aune de la guerre entre le Hamas et Israël, les Frères musulmans sont revenus dans l'actualité. Notamment en France, où la semaine dernière, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a accusé Karim Benzema d'avoir des liens "notoires" avec l'organisation islamiste. Il reprochait alors au footballeur de ne pas avoir posté sur les réseaux sociaux de message condamnant l'attaque contre l'État hébreu mais de s'être en revanche fendu d'un post de soutien aux populations civiles de la bande Gaza, contrôlée par le Hamas, mouvement issu des Frères musulmans.

La genèse des Frères musulmans

Les Frères musulmans sont un mouvement politique sunnite islamiste, fondé en Égypte en 1928 par l'instituteur Hassan al-Banna. D'abord association de bienfaisance, le mouvement se donne rapidement un but politique. Dans le contexte international de l'époque, marqué par la colonisation européenne dans la région et la défaite de l'empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale, les Frères musulmans luttent contre la présence britannique en Égypte et militent pour l'instauration d'un État islamique.

Si la religion est la boussole des Frères musulmans et qu'ils en prônent une vision plutôt conservatrice, ils ne militent pas contre toute modernité ou pour le repli de la société vers des pratiques rigoureuses et anciennes de l'islam, comme le font a contrario les salafistes. Aussi, ils sont ouverts aux interprétations divergentes du Coran. Ils diffusent leur idéologie et construisent leur popularité en s'appuyant sur un grand réseau d'associations, dans le domaine social, culturel ou sportif, s'attirant le soutien des classes populaires.

Dans les années 1940, le mouvement se dote de commandos et se tourne vers la violence politique. Ces derniers multiplient les attentats contre les dirigeants égyptiens ; en représailles, son fondateur est assassiné en 1949 et le mouvement interdit en 1948 puis dissout en 1954. Jusqu'à la mort de Nasser en 1970, les Frères musulmans sont arrêtés par milliers ou entrent dans la clandestinité. En 1971, une amnistie générale est proclamée pour les Frères musulmans par le président Anouar al-Sadate, mais la confrérie rejette les accords de paix passés par ce dernier avec Israël en 1979 et certains de ses membres l'assassinent en 1981.

En 1984, Hosni Moubarak reconnaît aux Frères musulmans le statut d'organisation religieuse mais refuse de les inscrire en tant que parti politique. Qu'à cela ne tienne, ils présentent des candidats aux élections sous l'étiquette d'indépendants, obtenant 20% des sièges au Parlement lors des élections législatives de 2005. En 2011, ils fondent le Parti Liberté et Justice (PLJ), remportent les législatives la même année, et font élire leur candidat, Mohamed Morsi, à la présidence en 2012. Ils sont chassés du pouvoir par l'armée dirigée par al-Sissi en 2013, et la quasi-totalité de leurs dirigeants arrêtés ou condamnés à mort. Depuis, les Frères musulmans ont été déclarés "organisation terroriste", y compris par de nombreux pays arabes et occidentaux, et le PJL dissous.

Quelle influence à l'étranger ?

Très tôt, les Frères musulmans ont essaimé à l'étranger, en participant à des actions armées ou en créant des mouvements politiques. Dès les années 1930 ils s'installent en Syrie, puis poursuivent dans les années 40 au Soudan ou en Irak. En Palestine, le Hamas, fondé en 1987, se revendique de cette idéologie, et en Jordanie l'association est légale et participe aux élections législatives. L'internationalisation du mouvement arrive finalement jusqu'en Europe.

Sont-ils présents en France ?

Aujourd'hui, les Frères musulmans sont accusés d'être présents en France, notamment via l'association Musulmans de France, anciennement Union des organisations islamiques de France (UOIF). Née en 1983, l'UOIF, qui revendique la tutelle sur 250 associations et des dizaines de mosquées, n'a jamais affirmé ou revendiqué un lien avec les Frères musulmans. Toutefois, plusieurs de ses dirigeants n'ont jamais fait mystère d'une proximité au moins spirituelle avec les "Frères" ou leur fondateur Hassan al-Banna, grand-père de l'islamologue suisse Tariq Ramadan

En revanche, aucun ne se réclame de Sayyid Qotb, figure radicale du mouvement, qui fut considérée comme un théoricien du djihad. En novembre 2014, l'UOIF s'était fait inscrire sur une liste de groupes classés "terroristes" par les Émirats arabes unis, comme toutes les organisations "fréristes". 

Régulièrement, l'extrême droite réclame que le gouvernement - pour qui Musulmans de France avait appelé à voter en 2017 face à Marine Le Pen - fasse "la guerre" aux associations tenues par les Frères musulmans dans le pays. En 2015, le Premier ministre d'alors, Manuel Valls, souhaitait aussi "combattre" leur discours et leur influence. L'actuel ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, a souvent fait de l'islam politique un "ennemi mortel pour la République", et avait prononcé en juillet 2022 un arrêté d'expulsion visant l'imam Hassan Iquioussen, membre de Musulmans de France, pour des propos jugés "contraires aux valeurs de la République"


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