Gaza : ce que l’on sait de la distribution d’aide alimentaire qui a tourné au drame

par C.Q
Publié le 29 février 2024 à 20h18, mis à jour le 1 mars 2024 à 22h57

Source : TF1 Info

112 personnes ont été tuées ce jeudi 29 février lors d’une distribution de nourriture dans l’ouest de Gaza, selon un bilan donné par le Hamas.
Tsahal reconnait des tirs, mais fait état "d'une bousculade durant laquelle des dizaines d’habitants ont été tués et blessés, certains renversés par les camions d'aide".
On fait le point.

Une distribution d’aide alimentaire, organisée ce jeudi 29 février dans l’ouest de la ville de Gaza, a tourné au drame avec de nombreux morts et blessés et des tirs de l’armée israélienne. Selon un bilan fourni par le ministère de la Santé du Hamas – le seul donné jusqu’à présent et impossible à vérifier – 112 personnes présentes sur place sont mortes et 760 autres ont été blessées au cours de cette distribution. Dès lors, deux versions différentes s’opposent et la communauté internationale commence à réagir, exigeant des réponses et l'ouverture d'une enquête.

Que s’est-il passé ? Ce que l’on sait de manière certaine, c’est que des Gazaouis se sont rassemblés à l'aube le long de la route Al-Rashid, dans le quartier de Sheikh Ajleen situé à l’ouest de la ville de Gaza. C’est là qu’était organisée une distribution de nourriture, arrivée directement par des camions ayant pu accéder à l’enclave palestinienne. Des chars et des drones israéliens ont commencé à tirer sur des personnes présentes à la collecte. Un témoin rapporte ceci à l’AFP : "Nous étions dans la rue Al-Rachid, et soudain des chars nous ont pris d’assaut. Il y avait des colis remplis d’aide. Les gens, à cause du manque de nourriture et de farine, ont foncé pour les récupérer. C’était le chaos, il y avait des foules de gens, mais les forces d’occupation continuaient à nous tirer dessus, il y a eu tant de martyrs et de victimes". 

Et alors que la panique s’est installée et que les camions humanitaires cherchaient à fuir, d'autres personnes ont été accidentellement percutées, causant d'autres morts et blessés, selon un témoin oculaire à CNN. Une vidéo partagée ensuite sur les réseaux sociaux, et dont Reuters a pu vérifier la localisation, a montré des camions chargés de nombreux cadavres et blessés. 

Quelle est la situation à Gaza ? Ce drame s’est déroulé dans un contexte largement préoccupant à Gaza, alors que l’armée israélienne poursuit ses bombardements et que l’Égypte voisine refuse toujours d’accueillir des réfugiés palestiniens. Voilà des semaines que les principales institutions et ONG alertent sur une situation humanitaire catastrophique sur place. Le 20 février dernier, le Programme alimentaire mondial a suspendu ses livraisons d'aide au nord de Gaza après l'attaque et le pillage de convois par des civils désespérés. Une situation de famine généralisée est "presque inévitable", juge désormais l’ONU.

Qui est responsable ? C’est ici que les versions se contredisent. Tout en reconnaissant des "tirs limités" par des soldats israéliens se sentant "menacés", un responsable de Tsahal a fait état "d'une bousculade durant laquelle des dizaines d’habitants ont été tués et blessés, certains renversés par les camions d'aide". Pour prouver ses dires, l’armée a publié sur X des images aériennes "montrant comment la foule palestinienne a attaqué les camions et en conséquence des dizaines de personnes ont été tuées à cause du surpeuplement, de la foule et du piétinement". Une vidéo vue près de 3 millions de fois en quelques heures.

Drame lors d'une distribution de nourriture à Gaza : la version israélienneSource : TF1 Info

Le Hamas, lui, a dénoncé un "carnage", tandis que les différents groupes palestiniens ont accusé Tsahal d’un "crime odieux sur des civils sans défense", dans un communiqué conjoint. Des médias pro-palestiniens, comme Al Jazeera, présentent également la version de tirs nourris de l’armée israélienne. 

Quelles sont les preuves ? Pour l’heure, ces deux versions sont difficiles à étayer par des sources indépendantes. Par exemple, aucune équipe de l’ONU n’était présente sur place, comme l’a indiqué le porte-parole du secrétaire général. Mais des membres du bureau humanitaire de l'ONU ont pu visiter l'hôpital al-Shifa le 1ᵉʳ mars et y ont vu "un grand nombre de blessures par balles", selon cette même source. Une affirmation qui va dans le sens de celle du directeur de l'hôpital Al-Awda à Gaza, qui aurait reçu 176 blessés et a constaté des "blessures par balle, sur toutes les zones du corps, les mains, les jambes, l’abdomen ou la poitrine". Cependant, un autre témoin palestinien a déclaré à la BBC que la plupart des morts avaient été écrasés par des camions.

Les journalistes cherchent à collecter les différentes images, vidéos et données pouvant aider à reconstituer le fil des événements. C’est le cas d’Eliot Higgins, du média d’investigation Bellingcat, qui appelle les éventuels témoins à déposer leurs éléments sur un serveur protégé.

Que dit la communauté internationale ? De manière quasi unanime, les dirigeants internationaux ont dénoncé un "carnage", réclamé le cessez-le-feu et l'ouverture d'une enquête pour déterminer ce qui a pu se passer. De son côté, Washington a exigé publiquement "des réponses" de la part d’Israël et l'ONU a tout autant condamné les faits : "Nous ne savons pas exactement ce qui s'est passé. Mais que ces gens aient été tués par des tirs israéliens, qu'ils aient été écrasés par la foule, ou renversés par des camions, ce sont des actes de violence, d'une certaine manière, liés à ce conflit". 


C.Q

Tout
TF1 Info