Le Kremlin serre la vis en Russie : jusqu'à 15 ans de prison pour la publication de "fausses informations" sur l'armée

Publié le 4 mars 2022 à 16h21, mis à jour le 4 mars 2022 à 21h09

Source : JT 20h WE

Le parlement russe a adopté vendredi une loi sanctionnant tous ceux qui propageraient des "informations mensongères" sur l'armée de Moscou.
Vladimir Poutine et le Kremlin durcissent aussi leur contrôle sur les médias, les associations et les opposants qui pourraient se montrer critiques face à l'invasion de l'Ukraine.

Au neuvième jour de l'invasion russe en Ukraine, le Kremlin multiplie les intimidations pour contrôler la couverture médiatique de l'offensive et museler toute opposition. Vendredi, il a mis sur les rails de lourdes sanctions pénales en cas de distribution d'"informations mensongères sur l'armée", dernière illustration du tour de vis intérieur qui accompagne l'attaque de l'Ukraine. La chambre basse du Parlement, la Douma, a adopté à l'unanimité un amendement qui prévoit diverses peines pouvant aller jusqu'à quinze ans de prison en cas de propagation d'informations visant à "discréditer" les forces armées.

Un amendement séparé, lui aussi adopté vendredi, prévoit par ailleurs des sanctions pour les "appels à imposer des sanctions à la Russie", pays confronté à de dures mesures de rétorsion occidentales pour son invasion de l'Ukraine. Ces textes, qui s'appliquent à la fois aux médias et aux particuliers, doivent être approuvés par la chambre haute dès vendredi, permettent aux autorités de renforcer leur arsenal dans la guerre de l'information qu'elles mènent en parallèle de la guerre en Ukraine.

Le président de la commission pour la politique d'information de la Douma, Alexandre Khinchtein, a indiqué que la "loi concerne tous les citoyens, et pas seulement ceux de Russie", selon l'agence Interfax. Afin de contrôler le récit qu'elles font de ce conflit à la population russe, les autorités ont également accentué la pression sur les quelques médias indépendants qui avaient réussi de travailler ces dernières années malgré un climat hostile, tandis que le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, a appelé vendredi les Russes à "s'unir" autour de Vladimir Poutine.

Contrôle accru sur les médias

Le Kremlin et les médias grand public, qui sont pour la plupart sous contrôle, présentent l'invasion de l'Ukraine comme une "opération spéciale" d'ampleur limitée visant à "protéger" les populations russophones d'Ukraine d'un "génocide". Vendredi, le régulateur des médias Roskomnadzor a ainsi annoncé avoir restreint l'accès aux sites des éditions russophones de la BBC et de la radio-télévision internationale allemande Deutsche Welle (DW), du site indépendant Meduza et de Radio Svoboda, antenne russe de RFE/RL.

Samedi 25 février, le régulateur russe avait déjà ordonné aux médias nationaux de supprimer de leurs contenus toute référence à des civils tués par les soldats russes en Ukraine, et leur avait interdit d'utiliser une série de termes comme "invasion", "offensive" ou "déclaration de guerre", tandis que certains Russes tentent de s'informer par des médias alternatifs.  Le réseau social Facebook, basé aux États-Unis, était également par moment difficilement accessible depuis la Russie, le Kremlin lui reprochant de censurer ses médias d'État par le "fackt-checking" auquel la plateforme soumet les publications. Elle signale par une alerte les messages qui semblent contenir des informations contestables selon un vérificateur tiers qu'agrée.

L'emblématique station de radio Ekho Moskvy (Echo de Moscou) avait annoncé jeudi sa dissolution et la chaîne de télévision indépendante Dojd la suspension de son activité, après le blocage de leurs sites. Le site d'information Znak a suivi cet exemple et lui aussi annoncé vendredi l'arrêt de son travail "à cause du grand nombre de restrictions qui sont récemment apparues dans le fonctionnement des médias en Russie". Le site The Village, une référence sur l'agenda culturel à Moscou, a de son côté pris la décision de fermer son bureau dans la capitale russe pour se délocaliser à Varsovie, en Pologne.

Ces limitations répondent aussi à la mise au ban des médias d'État russe RT (ex-Russia Today) et Sputnik, interdits de diffusion par l'Union Européenne sur les réseaux de télévision et sur internet, accusés d'être des instruments de "désinformation" de Moscou dans sa guerre contre l'Ukraine. Le réseau social Twitter a également bloqué leur accès sur sa plateforme jeudi.

L'étau se resserre sur les opposants, les manifestants et les associations

Ces fermetures et délocalisations tous azimuts arrivent après une année particulièrement dure pour les médias indépendants, l'opposition politique et la société civile, tandis que de nombreuses pétitions citoyennes circulent contre la guerre, parmi elles celles de personnalités de la culture mais aussi de professionnels de la médecine

Nombre de publications et de journalistes ont en effet été affublés de l'étiquette "agent de l'étranger", qui les soumet notamment à de lourdes procédures administratives et des poursuites en cas de manquement même minime. Le principal opposant du Kremlin, Alexeï Navalny, a été emprisonné après avoir survécu de justesse à un empoisonnement, et son mouvement démantelé. Il a d'ailleurs lancé depuis sa cellule un appel à la mobilisation contre l'invasion en Ukraine auprès des Russes mais aussi à l'international. 

Et la justice a prononcé en décembre la dissolution de l'emblématique ONG Mémorial, pilier de la défense des droits humains et gardienne de la mémoire des millions de victimes des crimes de l'URSS. Une décision confirmée en appel lundi. Vendredi, l'association la plus respectée du pays a annoncé que des perquisitions étaient en cours dans ses locaux à Moscou, faisant craindre une fermeture effective de l'ONG. L'ONG d'aide aux migrants "Assistance civique" a elle aussi indiqué vendredi que la police fouillait ses locaux. Les motifs de ces descentes étaient inconnus dans l'immédiat.

En outre, selon l'ONG OVD-Info, plus de 8.000 personnes ont été arrêtées en Russie pour avoir manifesté, notamment à Moscou et Saint-Pétersbourg, contre l'invasion de l'Ukraine depuis le 24 février, jour de son déclenchement. Si cette répression tous azimuts touche d'abord les Russes, des voix s'en prennent aussi aux organisations étrangères. 

Le président de la Douma, Viatcheslav Volodine, a ainsi attaqué vendredi les réseaux sociaux américains, estimant qu'ils étaient "utilisés comme des armes" pour propager "la haine et les mensonges". "Nous devons nous y opposer", a-t-il dit. Valéri Fadeev, président du Conseil des droits de l'Homme auprès du Kremlin, a également accusé les médias étrangers de propager de fausses informations sur le conflit en Ukraine."Nous avons lancé un projet (...) pour contrer la quantité énorme de fausses informations qui émanent de l'Ukraine et des pays occidentaux", a-t-il déclaré.


La rédaction de TF1info (avec AFP)

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