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Après la "destruction d'un dépôt de munitions" en Ukraine, un "nuage radioactif" se dirige-t-il vers l’Europe ?

Publié le 22 mai 2023 à 21h23, mis à jour le 23 mai 2023 à 16h56
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Un entrepôt a explosé dans l’ouest de l’Ukraine, dans la nuit du 12 au 13 mai.
Cette destruction aurait provoqué un "nuage radioactif", en route vers l'Europe.
Une rumeur sans fondement qui vient directement des autorités russes.

L’information selon laquelle des particules radioactives se dirigeraient vers l’Europe de l’Ouest se propage depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux. Sur Twitter par exemple, on y trouve un certain nombre de publications, faisant état d’un "nuage radioactif" provoqué par l’explosion d’un "dépôt de munitions à Kiev" "il y avait de l’uranium appauvri anglais". Des "obus à l’uranium appauvri", de fabrication britannique, auraient ainsi été envoyés à l’armée ukrainienne, peut-on encore lire. 

La destruction d'un entrepôt le 13 mai

La rumeur vient tout droit du Kremlin. Elle a été émise par le secrétaire du conseil de sécurité russe, comme le relate l’agence de presse RIA Novosti le 19 mai. "Les États-Unis ont également ‘aidé’ l’Ukraine. Ils ont fait pression sur leurs satellites et fourni des munitions avec de l’uranium appauvri. Leur destruction a conduit le nuage radioactif à se diriger vers l’Europe occidentale. Et, une augmentation des radiations a déjà été enregistrée en Pologne", a accusé Nikolai Patrushev au cours d’une réunion dans la ville russe de Syktyvkar.

La "destruction" évoquée ici a bien eu lieu, mais pas à Kiev. Dans la nuit du 12 au 13 mai, un entrepôt à Khmelnitsky, dans l’ouest de l’Ukraine, a été bombardé par un drone russe. L’explosion a été d’une telle puissance qu’elle a été largement médiatisée, et notamment par TF1info. La géolocalisation de ces images confirme qu'elles ont bien été prises dans une banlieue proche de la ville. D’après les données satellites de l'outil Planet, un entrepôt de stockage de vieilles munitions soviétiques a été frappé. Impossible cependant d’affirmer que les armes détruites contenaient de l’uranium appauvri. Le compte GeoConfirmed estime par exemple qu’il est "impossible d’évaluer ce qui a explosé".

Plus largement, des armes à l’uranium appauvri ont bien été envoyées en Ukraine. De l’uranium appauvri est ajouté dans les obus perforants et les bombes pour les rendre plus pénétrants. Ils se révèlent alors très efficaces pour percer les blindages des chars et ont été utilisés en nombre en ex-Yougoslavie et en Irak. 

Au mois de mars, Londres a annoncé que la livraison de chars de combats Challenger 2 s’accompagnerait d’obus à uranium appauvri. C’est désormais chose faite puisque le 28 mars, le ministre ukrainien de la Défense s’est filmé à bord d’un blindé britannique et a posté la vidéo sur Twitter. Cela étant, Moscou possède aussi dans son arsenal des armes contenant de l’uranium appauvri. En 2018, l’agence de presse TASS informait sur la prochaine modernisation des principaux chars russes, notamment le T-80BV, pour "tirer des obus de réservoir d'uranium appauvri".

La thèse d’un "nuage radioactif" tient-elle cependant ? Aucune preuve ne permet d'affirmer que de tels obus ont été touchés dans l’explosion de Khmelnitsky. Et si tel était le cas, leur destruction ne provoquerait pas une forte radioactivité. Auprès de TF1info, Olivier Lepick, chercheur et spécialiste des armes chimiques, est catégorique : "Comme son nom l’indique, l’uranium appauvri est moins radioactif que l’uranium naturel. C’est une substance toxique mais fort peu radioactive. Il ne faut pas confondre toxicité de l’uranium appauvri, qui peut effectivement poser des problèmes sur la santé humaine, et radioactivité. Ce sont deux choses différentes." 

Une position également adoptée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et le Programme des Nations unies pour l'Environnement (PNUE). L’organisme onusien le considère "légèrement radioactif, avec environ 60% de l'activité de l'uranium naturel". En revanche, l’uranium appauvri est bien nocif pour la santé, ce qui créé la controverse autour de l’utilisation des armes qui en contiennent. 

Une théorie qui ne tient pas

La rumeur se fonde également sur des capteurs, qui ont relevé en Ukraine et en Pologne des niveaux de radioactivité en hausse par rapport à d’habitude. Un capteur du Centre hydrométéorologique ukrainien, situé au sud de l’entrepôt de Khmelnitsky, a bien enregistré une hausse de la radioactivité au moment de l’explosion. Mais après avoir étudié ces relevés, l’association de la CRIIRAD (Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité) est en mesure de dire que cette hypothèse est très incertaine. 

"Ce qui ne prêche pas en faveur d’une influence de l’explosion sur la radioactivité observée, c’est que son niveau a augmenté dès le 11 mai, avant l’explosion", analyse auprès de TF1info Bruno Chareyron, ingénieur et directeur du laboratoire de la CRIIRAD. "De plus, ce capteur est à une douzaine de kilomètres du dépôt, au sud. Or, au moment des explosions, le vent soufflait vers l’ouest puis vers le nord". Pour le centre de météorologie ukrainien, que la CRIIRAD a interrogé, il s’agit là "d’un phénomène naturel". 

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Aussi, et comme mentionné par la Russie, un capteur polonais a bien relevé une hausse de la radioactivité sur son territoire, et en particulier d’une substance, le Bismuth-214. Une information qui a "fait monter la pression médiatique d’un cran", souligne Bruno Chareyron. Si elle est vraie, elle "n’est pas la preuve qu’un nuage d’uranium appauvri s’est déplacé vers la Pologne", poursuit l’ingénieur. Premièremet parce que "l’uranium appauvri n’est pas associé avec le Bismuth-214". Ensuite car on doit très souvent la présence de cette substance à un phénomène des plus naturels, la pluie, qui a bien été observé dans la région. 

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Caroline QUEVRAIN

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