Annexions, mobilisation... Poutine choisit l'escalade

Qui est Sergueï Lavrov, passé de roi de la diplomatie russe à paria sur la scène internationale ?

Marius Bocquet avec AFP
Publié le 3 mars 2022 à 6h24
JT Perso

Source : JT 20h Semaine

Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, est sous le coup de sanctions internationales pour son soutien à la guerre en Ukraine.
Le Royaume-Uni et les États-Unis le décrivent comme le "principal propagandiste" de Poutine.
Nommé ministre des Affaires étrangères par le président russe en 2004, il était pourtant respecté par ses pairs.

Caustique, brutal et charmeur, l'inoxydable chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov est passé en quelques jours du statut de négociateur craint et de talent à celui de paria sur la scène internationale. Nommé ministre des Affaires étrangères par Poutine en 2004, cet homme grand et désormais volontiers bourru, les yeux cerclés de fines lunettes, est sous le coup de sanctions internationales pour son soutien à la guerre en Ukraine. 

Sergueï Lavrov, qui exécute fidèlement depuis deux décennies la politique du président russe Vladimir Poutine, démontrait il y a quelques semaines encore son habilité à rouler ses interlocuteurs dans la farine. Recevant mi-février son homologue britannique Liz Truss, venue à Moscou pour tenter d'éviter la guerre en Ukraine, il lui demandait : "Reconnaissez-vous la souveraineté de la Russie sur les régions de Rostov et Voronezh ?"

Un guet-apens contre une ministre britannique

La ministre, dont c'était la première visite en Russie, tombait dans le panneau. Le Royaume-Uni ne "reconnaîtra jamais" la souveraineté de la Russie sur ces régions, répliquait-elle... quand Rostov-sur-le-Don et Voronezh sont simplement des villes russes proches de l'Ukraine. 

L'erreur, hâtivement corrigée par l'ambassadeur britannique, conduisit Sergueï Lavrov à se dire "déçu" de cet échange. Il accusa même son homologue d'être mal préparée pour la rencontre.  Ce guet-apens envers cette homologue en visite symbolise la transformation ces dernières années de Lavrov, qui d'un maître de la diplomatie respecté même par ses ennemis s'est mué en une arme offensive du Kremlin.

Fervent défenseur de l'invasion russe en Ukraine, Sergueï Lavrov figure désormais comme Vladimir Poutine sur la liste des personnes sanctionnées par l'Union européenne (UE). Le Royaume-Uni et les États-Unis ont suivi, le Trésor américain, décrivant Sergueï Lavrov comme le "principal propagandiste" de Poutine pour avoir "avancé le faux récit selon lequel l'Ukraine est l'agresseur".

Lavrov avait pourtant le respect de ses pairs

Mardi, de nombreuses délégations, dont celles des pays occidentaux, ont, en solidarité avec Kiev, boycotté l'intervention de Sergueï Lavrov - donnée par visioconférence en raison de l'interdiction de survol de l'UE - au siège de l'ONU à Genève. Peu avant la diffusion de sa vidéo, les diplomates occidentaux ont quitté ostensiblement les débats.

Un affront pour un homme qui avait gagné le respect de ses pairs pour sa maîtrise du fonctionnement de l'ONU au cours de son mandat de 10 ans en tant qu'ambassadeur de la Russie au sein de l'enceinte onusienne à partir de 1994. 

Lire aussi

Si certains l'avaient trouvé exaspérant, il avait réussi à nouer de bonnes relations avec d'autres de ses homologues, notamment l'ancien secrétaire d'État américain John Kerry, lors de la négociation de l'accord nucléaire iranien de 2015.


Marius Bocquet avec AFP

Tout
TF1 Info