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Espace : l'ESA suspend la mission ExoMars après avoir rompu sa collaboration avec la Russie

M.L
Publié le 17 mars 2022 à 18h14, mis à jour le 18 mars 2022 à 21h35
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Source : JT 20h Semaine

L'Agence spatiale européenne a annoncé jeudi la suspension de la mission russo-européenne ExoMars, après la fin de sa coopération avec l'agence spatiale russe Roscosmos.
La sonde de la mission devait être lancée en septembre 2022, une échéance déjà repoussée à cause du Covid-19.

Son lancement, initialement prévu en 2020, avait déjà été reporté à septembre 2022 à cause de la pandémie de Covid-19. Un nouveau rendez-vous qui n'aura finalement pas lieu : l'Agence spatiale européenne (ESA) a acté la suspension de la mission russo-européenne ExoMars, a-t-elle annoncé par communiqué, jeudi 17 mars, à l'issue de son conseil exécutif. Cette décision fait suite à l'arrêt de sa coopération avec l'agence spatiale russe, Roscosmos, qu'elle a entériné en raison de la guerre en Ukraine. 

L'ESA, qui regroupe 22 pays européens, a aussi "déploré profondément les pertes humaines et les conséquences tragiques de l'agression contre l'Ukraine". L'organisation "s'aligne complètement avec les sanctions imposées à la Russie par ses États membres", a-t-elle ajouté. 

Au demeurant, Roscosmos avait pris les devants dès le 26 février : à l'annonce des sanctions européennes contre Moscou suite à l'offensive en Ukraine, elle avait riposté par une suspension des activités de son lanceur Soyouz depuis le port spatial européen de Kourou, en Guyane française. Ce lanceur était utilisé pour les lancements de nombreuses missions de l'ESA. L'agence russe a aussi rappelé la petite centaine d'ingénieurs et techniciens qui y était installée.

La mission ExoMars prévoyait le lancement, en septembre, d'un rover de l'ESA, un véhicule spatial baptisé Rosalind Franklin, à destination de la planète Mars, à l'aide d'un lanceur et d'un atterrisseur russes. Selon une chorégraphie millimétrée, il devait être transporté par une fusée russe Proton depuis Baïkonour, au Kazakhstan, et se poser sur le sol martien à l'aide de l'atterrisseur "Kazatchok", également russe. Mais l'invasion de l'Ukraine, qui a commencé le 24 février, a perturbé cette coopération spatiale entre Moscou et les puissances occidentales, entamée à l'issue de la Guerre froide.

L'échéance du lancement s'éloigne à 2026

Le conseil exécutif de l'Agence spatiale européenne a désormais chargé son directeur général, Josef Aschbacher, de lancer une étude industrielle rapide pour relancer ExoMars, une mission capitale pour la quête de traces de vie extra-terrestre. Le projet semble toutefois aujourd'hui plus que compromis, car la fenêtre de tir vers la planète rouge ne s'ouvre que tous les deux ans. Le lancement d'une sonde en direction de Mars doit en effet se plier à un calendrier précis pour atteindre la planète en un temps minimum, la distance entre celle-ci et la Terre variant constamment.  

Josef Aschbacher a constaté lors d'un point de presse qu'un "lancement cette année est exclu" et impossible "au moins avant 2026". Il a mentionné qu'une "coopération avec la Nasa est aussi une option" pour exécuter la mission. Il y a deux semaines, l'ESA jugeait déjà "improbable" un décollage de son rover dans les temps impartis. "C'est un crève-cœur pour la science et les scientifiques qui ont tissé des liens au fil des années et investi des années de travail", réagissait, le 4 mars dernier auprès de l'AFP, Isabelle Sourbès-Verger, directrice de recherche sur les politiques spatiales au CNRS.

Toutes les autres missions de l'ESA reposant sur l'utilisation du lanceur Soyouz sont, elles aussi, suspendues, a indiqué l'ESA dans son communiqué. Pour celles-ci, le chef de l'ESA a "engagé une revue des services de lancement alternatifs", qui "inclut une revue des premiers vols d'exploitation d'Ariane 6". Le futur lanceur lourd européen, qui doit remplacer une Ariane 5 en fin de vie, est prévu pour un vol inaugural d'ici la fin de 2022, sans charge commerciale. 

Josef Aschbacher a aussi décidé la tenue "dans les semaines qui viennent" d'un conseil extraordinaire de l'agence pour soumettre à ses États membres des propositions spécifiques pour remplir ses missions, qui impliquent "de défaire ce que nous avons construit avec la Russie", une collaboration amorcée après la fin de l'URSS.

Une suspension "très amère" pour l'Agence spatiale russe

"Les Européens se retirent du projet ExoMars. C'est un évènement très amer pour tous les enthousiastes spatiaux", a réagi de son côté le chef de l'Agence spatiale russe Roscosmos, Dmitri Rogozinea, dans un message posté sur Telegram. "C'est très regrettable", a-t-il estimé. Il s'est toutefois voulu rassurant, en affirmant que la Russie pourrait effectuer toute seule cette mission, "dans quelques années". "Oui, nous allons perdre quelques années (...), mais nous pourrons effectuer tous seuls cette mission de recherches depuis le nouveau site de lancement du cosmodrome de Vostotchny", a-t-il assuré.

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Le projet ExoMars n'est pas la seule collaboration spatiale mondiale fragilisée depuis le début de la guerre en Ukraine. Le 3 mars dernier, Roscosmos avait aussi annoncé se concentrer sur la construction de satellites militaires, et avait mis fin aux expériences scientifiques conjointes dans la Station spatiale internationale avec l'Allemagne, qui venait de rompre sa collaboration avec Moscou. 

"Les opérations y sont stables et en sécurité", a toutefois assuré Josef Aschbacher ce jeudi. "Rien n'a changé ces trois dernières semaines", avait déjà affirmé, lundi, Joel Montalbano, le directeur du programme de la station pour la Nasa. "Les centres de contrôle continuent à opérer sans problème", avait-il ajouté, assurant par ailleurs qu'un astronaute américain rentrerait bien comme prévu sur Terre à la fin du mois, à bord d'un vaisseau russe. 


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