Annexions, mobilisation... Poutine choisit l'escalade

Guerre en Ukraine : Kaliningrad, l'enclave russe bordée par l'Otan peut-elle envenimer le conflit ?

Idèr Nabili
Publié le 25 février 2022 à 14h40
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Source : JT 20h Semaine

Sur les côtes de la mer Baltique, entouré des pays membres de l'Union européenne, la Russie possède un territoire militarisé : l'oblast de Kaliningrad.
Seule une petite partie de la Pologne et de la Lituanie le sépare de la Biélorussie, l'alliée de la Russie.
Pourquoi cette enclave russe au cœur de l'Otan peut-elle jouer un rôle clé dans le conflit ?

C'est un petit territoire coincé entre les pays membres de l'Union européenne. Hautement militarisé, l'oblast de Kaliningrad, au nord de la Pologne et au sud des pays baltes, appartient à la Fédération de Russie. Un emplacement géographique stratégique pour les troupes de Vladimir Poutine, malgré le millier de kilomètres qui sépare cette enclave de Moscou.

L'oblast de Kaliningrad est située entre la Pologne et la Lituanie, mais non loin de la Biélorussie, alliée de la Russie - Google Maps

L'enclave de Kaliningrad "donne un accès direct à la mer Baltique", analyse pour TF1info Carole Grimaud Potter, professeure de géopolitique à l'université de Montpellier et spécialiste du monde russe. "La flotte de la mer Baltique, l'une des plus importantes de Russie, y est stationnée. Depuis quelques années, ce territoire a été remilitarisé et pourrait jouer un rôle en raison de sa proximité avec les pays baltes."

Les pays baltes en alerte

Vladimir Poutine pourrait en effet ne pas se contenter d'envahir l'Ukraine. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s'est dit ce vendredi sur France inter "inquiet pour la suite", notamment au sud de l'Europe pour la Moldavie et la Géorgie. Au nord, les pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), composés de minorités russophones, craignent également que le conflit ne s'étende à leurs frontières. Jeudi, la Lituanie a signé un décret imposant l'état d'urgence et s'apprêtait à demander l'activation de l'article 4 de l'Otan, qui prévoit des consultations d'urgence si un membre de l'alliance est menacé. Les pays baltes en font partie.

Mais ces derniers pourraient s'en retrouver coupés. La Biélorussie, qui partage des frontières avec la Lituanie et la Lettonie, est l'alliée de la Russie. Seule une petite partie de la frontière polonaise relie donc les pays membres de l'Union européenne entre eux face au bloc russe. Une liaison située à la "fente de Suwalki", un corridor terrestre d'une centaine de kilomètres pris en sandwich entre la Biélorussie et l'enclave de Kaliningrad. Sa défense paraît primordiale : les stratèges militaires avertissent qu'il s'agit du talon d'Achille du flanc oriental de l'Otan, et sa capture couperait les trois pays baltes de l'alliance.

L'Otan entoure l'enclave

Contrairement à l'Ukraine, cette zone appartient à l'alliance militaire internationale. Jeudi, le président américain Joe Biden s'est déclaré prêt à défendre "le moindre pouce de territoire" de l'Otan. Si Vladimir Poutine a des vues sur les frontières de l'enclave de Kaliningrad, le conflit prendrait alors une autre dimension. "Si Kaliningrad avait l'intention de poser des pressions aux frontières, nous entrerions dans quelque chose de gravissime", avertit Carole Grimaud Potter.

Pour se rendre au sein de l'enclave, "les troupes russes passent par la voie maritime et non terrestre", poursuit-elle. "Elles ne pourraient pas passer par le corridor, protégé par l'Otan, sans gravement provoquer l'Occident. Les Russes le savent très bien. Toutefois, nous ne pouvons pas mettre de côté les volontés de la Russie de récupérer des zones tampons. Nous serions alors dans une autre configuration puisque les pays baltes et la Pologne font partie de l'Otan. Et l'article 5 donne l'autorisation aux pays alliés de défendre le pays attaqué."

Un conflit armé impossible ?

Une situation d'autant plus complexe que l'enclave russe dispose d'une force de frappe non négligeable. En décembre dernier, la ministre allemande de la Défense assurait que les forces russes mobilisées à Kaliningrad étaient "dix fois supérieures au bataillon déployé" par l'Otan dans la base militaire lituanienne de Rukla, non loin de la frontière.

Vladimir Poutine voit également d'un mauvais œil l'appartenance des pays baltes à l'Otan. "Ils abritent une population russophone importante", explique Carole Grimaud Potter. "Dans les demandes de la Russie adressées à l'Otan récemment, il était question que la situation en Europe revienne à celle de 1997, soit avant l'intégration des pays baltes dans l'Otan."

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De là à se servir de l'enclave de Kaliningrad pour faire pression sur l'Europe et les États-Unis ? "Cette zone est trop stratégique pour que la Russie la mette en danger", tempère la spécialiste du monde russe. "Dans la presse lettone ou lituanienne, les tentatives d'influence russe sont dénoncées depuis des années. Aujourd'hui, il peut toujours y avoir des tentatives de déstabilisation, mais un conflit armé conventionnel comme en Ukraine, il y a très peu de risques."


Idèr Nabili

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