En difficulté en Ukraine, Poutine choisit l'escalade

Guerre en Ukraine : "Kiev, un berceau spirituel et aussi un objectif stratégique pour Poutine"

Thomas Guien
Publié le 7 mars 2022 à 17h26, mis à jour le 7 mars 2022 à 17h31
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Source : TF1 Info

Vladimir Poutine pourrait ne pas vouloir détruire la capitale ukrainienne en raison de son importance religieuse.
La prise de Kiev permettrait aussi au président russe de reprendre le contrôle de la nouvelle Église orthodoxe ukrainienne, indépendante de la tutelle religieuse de Moscou depuis 2018.

Un conflit dans le conflit. Au-delà des arguments géopolitiques et historiques mis en avant par Vladimir Poutine pour tenter de justifier son invasion de l'Ukraine, un autre paramètre motive le président russe, religieux celui-ci. Car la prise de Kiev permettrait à Moscou de remettre l'Eglise orthodoxe du pays dans son giron. Un objectif qui, peut-être, pourrait éviter que la capitale ne soit détruite.

"Kiev est un lieu important pour les orthodoxes d'Europe orientale, russe ou ukrainien", explique sur LCI ce lundi Antoine Nivière. Selon cet historien, spécialiste de la civilisation russe à l’université de Lorraine, "Kiev est la mère des villes de l'ancienne Rous, la Russie ancienne qui remonte au Xe siècle. La ville comprend un nombre très important de monuments historiques, dont certaines églises et monastères ont été fondées au XIe siècle et sont inscrites au patrimoine mondial de l'Unesco."

En 2018, la fin de 300 ans de tutelle religieuse russe

Difficile, en effet, d'imaginer les missiles russes détruire le monument dédié au prince de Kiev Vladimir, lequel ordonna en 988 le baptême de son peuple. Ou encore la Laure des Grottes de Kiev, ce monastère fondé au XIe siècle qui accueille le siège de l'Église orthodoxe ukrainienne rattachée au patriarcat de Moscou. "Kiev représente un berceau spirituel, un patrimoine culturel et religieux d'une importance première pour les Ukrainiens mais aussi un objet stratégique pour Poutine", abonde Antoine Nivière. En particulier depuis 2018.

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Cette année-là, après plus de 300 ans de tutelle religieuse russe, l'Ukraine s'est en effet dotée d'une Église indépendante de Moscou. Néanmoins, la branche loyale au Patriarcat de Moscou, qui avait perdu une partie de ses fidèles après une précédente crise avec la Russie en 2014, dispose toujours d'un nombre considérable de paroisses et d'une certaine influence. Or, depuis le début de l'invasion russe, plusieurs de ses prêtres ont publié une vidéo exigeant de rompre tout lien avec l'Église russe, dont le patriarche Kirill n'a pas condamné l'invasion de l'Ukraine. 

"Le métropolite de Kiev Iepifani - qui dirige l'église orthodoxe autonome d'Ukraine - était jusqu'à présent sous l'autorité de Kirill, le patriarche de Moscou", relève Antoine Nivière. Si Iepifani a condamné l'intervention militaire dès son début, ce n'est pas le cas de Kirill : le 27 février, il a qualifié dimanche les opposants à Moscou en Ukraine de "forces du mal" qui veulent briser l'unité historique entre les deux pays. Dimanche, il s'en est pris à l'Occident qui, selon lui, "organise des campagnes de génocide contre les pays qui refusent d'organiser des gay pride."


Thomas Guien

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