Annexions, mobilisation... Poutine choisit l'escalade

Ukraine : la présidente géorgienne critique "cette frange d'hommes politiques qui ont tout pardonné à la Russie"

M.L
Publié le 2 mars 2022 à 15h32
JT Perso

Source : TF1 Info

Sur LCI, la présidente de la République de Géorgie Salomé Zourabichvili a fustigé mercredi des comportements complaisants à l'égard de Moscou "très choquants et très égoïstes" selon elle.
Des attitudes "ayant pour résultat ce que l'on voit aujourd'hui" sur le front ukrainien, a-t-elle estimé.

Si elle n'a pas tari d'éloges quant à la fermeté récemment adoptée par l'Union Européenne face à l'invasion russe en Ukraine, la présidente géorgienne a aussi fustigé une politique européenne longtemps accommodante selon elle avec le pouvoir du Kremlin. "Ces attitudes ont amené et forgé le Poutine d'aujourd'hui, celui qui opère ces destructions. Il n'y aurait pas eu ce sentiment qu'une partie des Européens sont prêts à tout lui passer, il se serait peut-être arrêté avant", a estimé sur LCI mercredi Salomé Zourabichvili.

La dirigeante géorgienne, à la tête de ce pays d'environ 3,7 millions d'habitants depuis 2018, a notamment écorné le discours de certains candidats à la présidentielle, sans les nommer. Elle a critiqué "une forme scandaleuse" d'admiration à l'égard de Vladimir Poutine, avant l'invasion de l'Ukraine. Marine Le Pen et Eric Zemmour, se sont en effet retrouvés dans l'embarras depuis le début de l'offensive russe, après s'être montré élogieux quant au pouvoir russe. 

"Ils sont aussi responsables de ces destructions"

"Il y a cette frange d'hommes politiques qui ont tout pardonné à la Russie, tout expliqué même quand il n'y avait pas d'explications, au moment de la guerre en Géorgie et l'attaque en Crimée. Avec des régimes autoritaires de ce genre, plus on cède, plus on encourage l'appétit", a-t-elle ajouté, dénonçant des comportements "très choquants, très égoïstes, ayant pour résultat de ce que l'on voit aujourd'hui". "Ils sont aussi responsables de ces destructions", a-t-elle tranché sans ciller.

En août 2008, des affrontements ont éclaté entre les troupes géorgiennes et des séparatistes soutenues par les forces de Moscou dans la petite Ossétie du sud, tandis que la Russie et la Géorgie s'opposaient de longue date sur les ambitions de la petite ex-république soviétique du Caucase de rejoindre l'Union européenne et l'Otan. Cette "guerre éclair" a fait en cinq jours à peine plus de 800 morts, 1700 blessés et 120.000 déplacés. 

Un accord de paix négocié par le président français Nicolas Sarkozy a abouti à l'époque au retrait des troupes russes, mais Moscou a reconnu l'indépendance des régions séparatistes d'Ossétie du sud et d'Abkhazie et y maintient depuis une forte présence militaire. Salomé Zourabichvili a confirmé que son pays est toujours soumis à une "pression continue" de la part du Kremlin, notamment à cause de la présence de bases militaires en territoire occupé.

"Je crois que le moment où on est arrivé aujourd'hui et je vais le dire très directement c'est la conséquence de l'égoïsme européen, l'égoïsme des populations européennes pendant des années. Nous avons eu quatre conflits avec la Russie et jamais il y a la solidarité qu'il y aurait dû y avoir", avait-elle déjà dénoncé sur France Inter lundi. 

Elle appelle l'EU à "ouvrir les bras" à l'Ukraine, mais aussi la Géorgie et la Moldavie

La dirigeante géorgienne a toutefois salué la sévérité adoptée dorénavant par l'Union Européenne, qui a déployé un arsenal de sanctions pour protester contre l'invasion russe. "L'Europe s'était autoconvaincue qu'il fallait être complaisant avec la Russie pour essayer de l'apaiser, mais la fin de cette tentative, c'est l'Ukraine", a-t-elle estimé sur LCI. "Les Européens se retrouvent ensemble, avec des évolutions frappantes ; la France n'est plus celle des années précédentes, lorsqu'elle faisait passer le message de ne pas trop chagriner la Russie", a notamment relevé Salomé Zourabichvili. 

La posture de l'Europe n'est pas "offensive", elle n'entre pas en guerre contre la Russie, mais elle "montre qu'elle ne cèdera pas", a-t-elle ajouté, soulignant la "détermination" des dirigeants européens et leur "fermeté complète". "Il y a une nouvelle fenêtre qui s'ouvre, une vraie porte ouverte", a-t-elle également salué, suite aux signaux positifs envoyés par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a déclaré qu'elle était favorable à une adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne. "À long terme, ils sont avec nous en fait. Ils sont des nôtres et nous les voulons avec nous", a-t-elle affirmé dans une interview à Euronews dimanche - même si une procédure rapide semble difficile à réaliser

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Salomé Zourabichvili les a ensuite appelés à poursuivre sur cette voie, enjoignant l'Europe à enclencher "l'étape suivante" en "ouvrant les bras" à l'Ukraine, mais aussi la Moldavie et son propre pays en les intégrant comme "membres complets", les trois États ne disposant pour l'heure que du statut d'un "trio d'associés". "N'oubliez pas que la Géorgie est là, qu'elle peut être exposée", se situant au bord de la mer Noire, une mer "extrêmement importante" pour le continent, a-t-elle ajouté. Avant de lancer : "Notre sort est lié à celui de l'Europe et celui de l'Europe au nôtre"


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