Annexions, mobilisation... Poutine choisit l'escalade

Guerre en Ukraine : la résistance de Kiev déjoue le scénario d'une attaque éclair

par Maëlane LOAËC
Publié le 28 février 2022 à 16h57
JT Perso

Source : TF1 Info

Les forces russes ont montré des signes de faiblesse ces dernières heures : la résistance de la capitale ukrainienne contrecarre leurs plans.
Mais les autorités russes ont appelé la population civile à fuir Kiev, signe que l'armée de Vladimir Poutine pourrait attaquer bien plus violemment encore la ville.

Elle a tenté de "à plusieurs reprises" de prendre d'assaut la capitale, en vain : lundi, Kiev a indiqué avoir repoussé toutes les attaques de l'armée russe survenues dans la nuit, tandis que le couvre-feu en place une grande partie du week-end a été levé lundi à 8 heures GMT. Bien que la ville ait été visée dans la nuit par trois tirs de missiles russes, dont un a été détruit, la situation dans la capitale est "sous contrôle", ont assuré les autorités ukrainiennes au cinquième jour de l'offensive russe. 

Moscou n'avait jamais fait état officiellement d'offensive sur la capitale ukrainienne, mais les forces ukrainiennes résistent depuis plusieurs jours au nord et au nord-est à une attaque de l'armée russe, venue depuis la Biélorussie voisine. Dans la capitale d'environ trois millions d'habitants, des barricades de fortunes gardées par des volontaires armés, bandeaux jaunes aux bras, ont été érigées dans les rues. Mais le spectre d'une attaque de grande ampleur menace toujours la ville.

Une offensive qui patine, plus difficile que prévu

Des civils volontaires prennent aussi part au combat. "Les habitants ont démantelé la colonne des forces aéroportées russes près de Bucha dans la région de Kiev", est-il indiqué en légende de la photo partagée dans le Tweet ci-dessous, montant des civils debout sur un véhicule russe. La résistance ukrainienne a donc douché les espoirs du dirigeant russe. "Poutine espérait certainement parvenir très rapidement, peut-être en quatre jours, à prendre Kiev tout en préservant ses nombreux monuments historiques, pour y installer un gouvernement à sa botte", explique Pierre Servent, consultant défense pour TF1 et LCI. "Pour l'instant, ça ne fonctionne pas."

L'armée russe est par ailleurs confrontée à des problèmes de logistique. Le Général Christian Quesnot, ancien chef d'état-major particulier, a indiqué sur LCI que "les forces russes ont des difficultés d'approvisionnement en pétrole pour les chars et les véhicules", certaines images ayant beaucoup circulé montrant même un char russe tombé en panne sur une autoroute. 

Une attaque de grande ampleur pourrait encore se préparer

Mais le camp russe dispose encore de larges ressources. Le maire de Kiev a appelé sa population à "ne sortir en ville qu'en cas d'absolue nécessité" à cause des fusillades, et a indiqué que neuf civils, 18 combattants et quatre personnes non identifiées avaient été tués dans la capitale depuis le début des combats le 24 février, et qu'au total, 106 personnes ont été blessées, dont 46 civils. "Vladimir Poutine a encore des avantages, notamment des troupes de sabotage et de reconnaissance", relève le Général Christian Quesnot. 

Interrogé sur LCI, le secrétaire général adjoint de l'Otan Camille Grand s'est dit inquiet quant au sort de la capitale, estimant que la Russie pourrait redoubler de violence face à la combativité des forces ukrainiennes dans la ville, tandis que la deuxième ville ukrainienne, Kharkiv, est prise d'assaut ce lundi. Il craint en particulier "le recours à des tactiques militaires plus violentes qu'imaginées". "La disproportion des forces reste très forte, les Ukrainiens se battent très bravement mais face à des forces très supérieures, il ne faut pas porter un jugement définitif sur l'orientation de ce conflit", a-t-il préconisé.

Pour l'heure, des centaines de véhicules russes sont en train d'avancer ce lundi vers la capitale, depuis Ivankiv, à 68 km au nord. Selon le maire de la ville, l'armée russe serait à une vingtaine de kilomètres de Kiev, et a pris sur son passage l'aéroport de Gostomel situé à 25 km de là. Mais en partant, les Ukrainiens avaient détruit les pistes, rendant cet aéroport inutilisable et obligeant les forces russes à se déplacer plus au sud de Kiev, vers la commune de Vasylkiv, où se situe un grand aérodrome militaire ainsi que des réservoirs de carburant. 

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Les forces russes ont appelé les civils à quitter la ville, assurant qu'ils pouvaient le faire "librement", en accusant le pouvoir ukrainien de les utiliser comme "bouclier humain". "Ce genre d'appel signifie souvent que l'on s'apprête à frapper très durement la ville", met en garde Pierre Servent. D'autant que pour peser dans les négociations amorcées en Biélorussie ce lundi entre les deux camps, Vladimir Poutine espère mettre la main sur Kiev et le Donbass, poursuit l'expert. Face à un "esprit ukrainien extraordinaire", il peut aussi faire le choix de couper l'eau en frappant les centrales de traitement d'eau potable et ainsi obliger la population à fuir. "On revient aux guerres de siège médiévales : on ne tire pas sur le donjon, que l'on veut récupérer, mais on affame la population", explique-t-il. 

Le consultant rappelle que "l'on sait quand une guerre commence, mais jamais quand elle se termine", soulignant à titre de comparaison que la campagne américaine menée en Irak en 2003, opposant la première puissance militaire mondiale à une petite armée irakienne assez fragilisée, a duré 40 jours. 


Maëlane LOAËC

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