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Guerre en Ukraine : les combats sont-ils cantonnés aux villes de Kiev et Kharkiv ?

Publié le 4 mars 2022 à 19h07

Source : JT 20h Semaine

Pour "justifier une vague migratoire considérable", les médias exagèreraient la présence des Russes en Ukraine, selon un site d'extrême droite français.
Selon son argumentaire, les combats seraient limités à deux villes : Kiev et Kharkiv.
La réalité montre pourtant un pays envahi au Nord, au Sud et à l’Est.

Au 9e jour de l’invasion russe en Ukraine, les combats se poursuivent et s’intensifient. Mais la réalité du terrain n’est pas admise par tous. À commencer par le fondateur de Livre Noir, ce site d’information d’extrême droite, qui explique avoir parcouru l’Ukraine et ne pas avoir assisté à "cette fameuse 'guerre totale'" Au contraire, le pays serait épargné par les affrontements et les bombardements à l’exception des villes de Kiev et de Kharkiv (qu’il prononce en russe, Kharkov).

"En expliquant faussement que la majorité du peuple ukrainien risque sa vie, peu importe le lieu, on justifie une vague migratoire considérable sur l’Europe. Alors que dans les faits, en l’état actuel des choses, c’est exagéré", poursuit Eric Tegner, dans deux vidéos postées sur Twitter. 

Pour représenter l’étendue des combats en Ukraine, le meilleur outil reste les cartes. Depuis le début de l’invasion russe, de nombreux spécialistes et médias se sont mis à documenter l’avancée des forces russes par des cartes actualisées. 

Par exemple, le New York Times et Le Monde s’appuient sur les données de l’Institute for the Study of War (ISW), une ONG américaine. À partir de cette source considérée comme fiable, ces deux médias s’évertuent à mettre à jour leur carte de l’évolution de l’invasion russe. D’autres initiatives existent, comme celle du militaire et historien Michel Goya, qui publie chaque jour ses propres cartes du conflit en cours. 

Un constat, d’abord : les forces russes sont présentes à la quasi-totalité des frontières sud, est et nord de l’Ukraine, de la région du Donbass à la capitale Kiev. Parmi les villes déjà contrôlées par l’armée russe, Kherson a été la première grande ville à tomber dans ses mains. Si les images sont rares, il y a peu de chances que cette prise se soit déroulée sans combats. Les villes de Donetsk et Louhansk font, elles, partie de ces territoires déclarés indépendants par Vladimir Poutine : dans la région du Donbass, les affrontements se poursuivent et n’ont d’ailleurs pas commencé il y a une dizaine de jours, mais en 2014, au moment de l’annexion de la Crimée. 

D’autres villes sont le théâtre d’affrontements et de bombardements : Mykolaiv, Marioupol, Zaporijia, Kharkiv, Soumy, Chernihiv et Kiev. Parmi les villes épargnées à ce jour, celle d’Odessa qui borde la mer Noire, mais qui se prépare déjà à une attaque des forces russes. Et puis Lviv, à 70 km de la Pologne, là où se réfugient ceux qui fuient la capitale et où la France a déplacé son ambassade cette semaine.

De Kherson à Marioupol, des combats bien réels

À côté de ces représentations couchées sur le papier, les combats sont documentés et illustrés par les journalistes et les civils sur place. Ces derniers jours, plusieurs villes ukrainiennes ont été bombardées et ont fait l’objet d’un traitement médiatique.  

De manière non exhaustive, il y a ces images de la BBC de Borodyanka, à 50 km de Kiev. Ou la centrale nucléaire de Zaporijia, la plus grande d’Europe, touchée par des tirs russes. Ou encore Marioupol, qui se retrouve encerclée par les chars et les blindés russes, comme le partagent nos correspondants sur le terrain. Dans la ville, des civils ont perdu la vie. Une petite fille victime d’un bombardement russe a d’ailleurs fait la Une du magazine Times, le 1er mars dernier.

Cela dit, les images diffusées à la télévision ou sur les réseaux sociaux ne peuvent montrer qu’une réalité partielle du conflit. Avec des journalistes pouvant à peine se déplacer dans le pays, il parait difficile d’avoir une vue d’ensemble des combats en cours. Et puis, la majorité des images parvenant au monde entier proviennent des Ukrainiens, puisque les images du camp russe se font rares depuis le début du conflit. Elles commencent tout juste à être diffusées, comme l’a relevé le correspondant du Monde à Moscou, Benoit Vitkine. 

Cette capture d'écran prise le 4 mars 2022 par l'autorité nucléaire de Zaporizhzhia montre une vue large de la centrale ukrainienne pendant l'attaque avec des tirs d'obus par les forces russes.
Cette capture d'écran prise le 4 mars 2022 par l'autorité nucléaire de Zaporizhzhia montre une vue large de la centrale ukrainienne pendant l'attaque avec des tirs d'obus par les forces russes. - ZAPORIZHZHIA NPP / ESN / AFP

L’analyste Michel Goya a résumé la situation sur Twitter par "l’effet Diagoras" : "Ce ne sont pas forcément dans les lieux où il y des journalistes et des images qu’il se passe les choses les plus importantes. Par ex. surreprésentation de ce qui se passe à Kiev (explosions), sous-estimation des combats très importants ailleurs". On peut donc dire avec certitude que les combats ne se cantonnent pas à Kiev et à Kharkiv : des villes comme Marioupol ou Kherson ont été le théâtre de bombardements. Tout est documenté, mais la réalité de ces affrontements n’est représentée que par des images partielles et souvent focalisées sur la capitale, au détriment d’autres villes. Les cartes établies par des acteurs fiables permettent de se représenter plus justement la situation sur place.

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Caroline QUEVRAIN

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