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Les ressortissants d’origine africaine sont-ils discriminés à la frontière polonaise ?

Caroline Quevrain
Publié le 2 mars 2022 à 19h13
Les ressortissants d’origine africaine sont-ils discriminés à la frontière polonaise ?

Source : WOJTEK RADWANSKI / AFP

Les témoignages ne manquent pas sur les obstacles rencontrés par des ressortissants africains voulant quitter l’Ukraine.
L’ONU a relevé l’existence de discriminations aux abords des trains et aux postes-frontières.

Au 6e jour de l’invasion russe, 874.000 personnes avaient déjà pu fuir l’Ukraine pour se réfugier dans des pays limitrophes, d’après le décompte du Haut commissariat aux réfugiés (HCR). Parmi eux, on compte des ressortissants étrangers, venus de pays africains et pour la plupart étudiants en Ukraine. Or, d’après de nombreux témoignages obtenus sur place ces derniers jours, l’accueil réservé à ces derniers ne serait pas le même qu’aux citoyens ukrainiens.

Sur Twitter, sous le hashtag #AfricansinUkraine, plusieurs vidéos rapportent des scènes de confusion sur des quais de gare bondés, où des étrangers sont empêchés de monter à bord de trains partant vers l’ouest. À la frontière polonaise, qui concentre la moitié des demandes d’accueil, des expatriés d’origine africaine relatent des heures d’attente pour passer les postes-frontières, contrairement à des ressortissants ukrainiens qui auraient eu la priorité. 

Parmi les témoignages circulant dans la presse et sur les réseaux sociaux, tous font état de discriminations à l’encontre des ressortissants étrangers. La plupart des vidéos très relayées semblent sourcées : elles sont souvent publiées par des journalistes présents sur place ou des personnes se disant victimes de ce traitement différencié. Par exemple, un journaliste français relaye une vidéo filmée par un jeune homme marocain et diffusée sur Tik Tok. Il raconte : "Nous sommes réunis, les Marocains, les Arabes et les Noirs, et de l'autre côté, les ukrainiens. Un bus arrive toutes les 15 min pour les récupérer et nous toutes les 4h et ils choisissent qui va monter. Les frontières ne sont pas loin, elles sont à 100 m à peu près…"

Des centaines d'étrangers, principalement des étudiants d'Afrique, d'Asie et du Moyen-Orient, font la queue depuis des jours, dans l'espoir de se rendre en Pologne, mais affirment que les forces frontalières ukrainiennes leur refusent le droit de passer. - EMMANUEL DUPARCQ / AFP

Sur Twitter, un journaliste de CNN narre le périple de sa sœur, originaire de la Sierra Leone, pour atteindre la Pologne depuis Kiev. Cette dernière lui a notamment raconté, vidéo à l’appui, que deux files d'attente auraient été créées à la frontière, "l'une pour les Blancs, l'autre pour tous les autres" et que "seuls les Ukrainiens étaient autorisés à franchir la frontière. Des milliers de personnes ont été forcées de dormir dehors dans le froid". Une autre vidéo relate des faits similaires avec des étrangers mis en joue par la police ukrainienne pour éviter leur passage. "Certains ont dormi ici 2 jours sous ce froid torride, tandis que beaucoup sont repartis à Lviv", peut-on lire en légende, ci-dessous.

Ces séquences, largement partagées, ont provoqué l’indignation de plusieurs responsables politiques de pays africains, comme le ministre des Affaires étrangères du Togo qui a appelé au "respect de la dignité humaine", et la réaction officielle de l’Union Africaine (UA). Dans un communiqué, l’organisation s’est dite "particulièrement préoccupée par les informations rapportées selon lesquelles les citoyens Africains, se trouvant du côté Ukrainien de la frontière, se verraient refuser le droit de traverser la frontière pour se mettre en sécurité".

De son côté, le Haut commissariat aux réfugiés documente régulièrement la situation sur place. Rapportant des "kilomètres de files d’attente à la frontière du côté ukrainien" et "jusqu'à 60 heures" d'attente, le HCR s’est dit "conscient des difficultés rencontrées par certains ressortissants de pays tiers cherchant à entrer en Pologne". En conférence de presse, le Haut commissaire Filippo Grandi a quant à lui mentionné des actes isolés, assurant qu'il ne s'agissait "pas de politiques d'État". Pour autant, la Pologne nie toute discrimination à l'entrée de son territoire. La chancellerie du Premier ministre a assuré que le pays admettait "les citoyens de différents pays conformément aux procédures en vigueur", appelant le public à ne pas diffuser de "désinformation". 

Mais d’après notre correspondante sur place, les faits de discriminations ou de violences, s’ils sont avérés, se sont tous déroulés côté ukrainien, au moment de l’enregistrement pour passer la frontière. Tenus pour responsables, les Ukrainiens se défendent eux aussi d'entreprendre une sélection. "Afin d'accélérer le processus et de permettre à un plus grand nombre de personnes de traverser, le gouvernement a simplifié au maximum la procédure de passage de la frontière. En raison de l'augmentation du nombre d'individus qui traversent, les gens doivent rester dans de longues files", s’en est par exemple expliqué Andriy Demchenko, porte-parole des gardes-frontières ukrainiens, au média CNN. "Cependant, je peux affirmer que tout se passe conformément à la loi. Il n'y a absolument aucune division par nation, citoyenneté ou classe à la frontière."

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