Dmitri Medvedev affirme que l'armée russe a recruté un demi-million de soldats l'an dernier.
Ce qui aurait permis à la Russie de rétablir "l'intégralité" de son armée "dans les délais prévus".
Une version remise en question par Londres.

Depuis presque deux ans, les combats font rage en Ukraine. Si des villes tombent quand d'autres résistent au prix de longues batailles, toutes engendrent des pertes militaires colossales. D'un côté comme de l'autre de la ligne de front, les armées cherchent désespérément des soldats à recruter. Mais tandis que Kiev débat d'une nouvelle loi sur la mobilisation, Moscou assure avoir rétabli "l'intégralité" de son armée "dans les délais prévus".

Des recrues jeunes ou pauvres, et inexpérimentées

Au total, l'armée russe aurait recruté plus de 500.000 personnes, selon une déclaration de Dmitri Medvedev le 11 janvier dernier. D'après les précisions apportées par le vice-président du Conseil de sécurité de Russie, 420.000 personnes sont entrées dans l'armée sous contrat en 2023 et 80.000 autres se sont portées volontaires. Des effectifs suffisants pour produire de nouveaux soldats pour le front, alors que l'Ukraine affirme avoir besoin de 450 à 500.000 hommes pour continuer à lutter contre l'invasion de son voisin.

Un rythme de recrutement qui n'est pas contredit par le renseignement ukrainien. Dans un entretien accordé au média RBC-Ukraine, Vadym Skibitsky, un haut responsable du ministère de la Défense, a confirmé ce lundi que les forces russes arrivaient à mobiliser la population, prête à "se battre pour de l'argent". Grâce au salaire fou proposé aux volontaires, qui est parfois dix fois supérieur au Smic russe, l'armée moscovite recruterait "1000 à 1100 personnes chaque jour", selon le numéro deux des services de renseignement. Moscou peut ainsi "générer des forces à un rythme égal aux pertes mensuelles", à en croire l'évaluation de l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW). Dans un rapport publié le 11 janvier, ce groupe de réflexion américain estimait que les forces armées russes sont capables d'effectuer des rotations opérationnelles de routine en Ukraine.

Mais avec quel type de soldat ? C'est là toute la question, posée notamment par le ministère britannique de la Défense dans son rapport quotidien publié le lundi 15 janvier. Depuis le printemps dernier, l'armée russe permet aux jeunes de partir sur le front dès leur sortie d'école. De jeunes soldats, inexpérimentés, qui font déjà partie des victimes. D'après le site Mediazona, qui recense en collaboration avec la BBC la liste des soldats russes tués en Ukraine, au moins cinq hommes nés en 2005 sont déjà morts dans le conflit. Par ailleurs, "il est très probable que le recrutement de l'armée russe soit effectué de manière disproportionnée dans les communautés régionales rurales et pauvres de Russie", note le ministère de la Défense. Quitte à les recruter au chantage ? Dans les pages du Washington Post, le père du jeune Andrei affirme que deux mois après le début de son service militaire, son fils "a fait état de pressions exercées pour qu'il signe un contrat" afin d'être envoyé au front. Le jeune homme est mort à 19 ans en Crimée annexée. 

REPORTAGE - Russie : à l'école des patriotesSource : JT 20h WE

De quoi remettre en doute l'idée selon laquelle l'armée de Moscou aurait entièrement fait peau neuve. D'une part, il est "hautement probable" que le chiffre du Kremlin ait été "largement surestimé". D'autre part, les nouvelles recrues ne peuvent pas se substituer à celles décédées sur le front depuis le début de l'invasion russe. 


Felicia SIDERIS

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